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Nous vous proposons dans cette rubrique études & documents qui permettent, en complément des actes du colloque consacré à la revue, de feuilleter quelques pages de la riche histoire d'Europe...
Etudes
Documents (à venir)
Etudes & documents
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J.L Leutrat - Allocution d'ouverture
H. Béhar - Les tables d'Europe
M.C. Bouju - Europe & ses éditeurs
P.E. Robert - Europe, 1934-1939 : les voyages en URSS
N. Racine - Commémorations d'écrivains entre les deux guerres
M. Collot - Supervielle l'européen
N. Raoux - Quand Europe s'ouvrait à "l'autre Allemagne"
J.Y. Guérin - Rédacteur en chef Jean Cassou
A. Roche - La critique littéraire & ses présupposés dans Europe dans les années 30
H. Meschonnic - Europe pour la poésie, la poésie pour Europe aujourd'hui
C. Dobzynski - Un regard intérieur
Actes
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Tables de la revue (1923-2000)
Une petite histoire d'Europe (en préparation)
Actes
du colloque Europe, une revue de culture internationale, 1923-1998 
Tables
de la revue (1923-2000) 
Quelques pages d'histoire
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Albert Camus Octobre 1999
Regards sur l'homme, lecture de l'oeuvre
À l'heure des bilans sur la pensée
et la littérature en notre fin de siècle, il n'est pas
aisé de définir la place singulière qu'occupent
Camus et son uvre. Près de quarante ans après sa
mort, il reste étonnamment présent dans la sensibilité
et la réflexion contemporaine. Il ne se passe guère de
semaines sans qu'une émission de radio ou de télévision,
un article de presse, une déclaration publique d'un politique,
d'un écrivain, d'un philosophe ne contiennent une référence
à l'uvre, le rappel d'une prise de position, une allusion,
plus ou moins précise, à l'homme ou à ses écrits
[1]. La publication, en 1994, du Premier Homme - ce
roman dont Camus transportait le manuscrit inachevé au moment
de sa mort dans un accident de voiture, le 4 janvier 1960 - a été
salué comme un événement capital dans le monde
littéraire et auprès du grand public. Le roman, qui tient
de la quête des origines, de l'autobiographie et du récit
d'enfance, mais aussi de la fresque historique revisitée par
l'imaginaire, porte témoignage sur une Algérie disparue,
sur une population "sans héritage" et finalement sans
avenir ; dans son inachèvement même, ce texte ému
et émouvant, où Camus laisse s'exprimer, avec lyrisme
et ferveur, le plus profond de son être, est habité d'une
espérance et d'une inquiétude où nous pouvons reconnaître
les nôtres. À travers cette uvre ultime, qui continue
et renouvelle celles qui l'ont précédée, Camus
demeure un acteur de notre modernité.
On peut cependant le qualifier d'"auteur classique", puisqu'il est étudié au collège, au lycée et à l'université. Il y lieu, bien sûr, de se réjouir de cette reconnaissance ; et l'accueil fait à l'uvre, par les enseignants, les étudiants, les lycéens - je l'atteste directement - montre qu'elle n'a rien perdu de son pouvoir de séduction et d'ébranlement. Ses jeunes lecteurs actuels, comme leurs prédécesseurs, sont sensibles à l'humanisme, sans mensonge ni illusions de leur auteur, à sa conscience exigeante, à son refus des dogmes absolus et des doctrines fanatiques ; ils lui sont reconnaissants de préserver, envers et contre tout, le goût du bonheur, de plaider, malgré tout, pour une certaine innocence de l'homme, pour un monde solidaire ; et, par là, de les aider à vivre. Mais il y a également quelque chose d'inquiétant dans cet engouement institutionnel. Pour un peu, cela donnerait raison rétrospectivement au pamphlet de Jean-Jacques Brochier qui, dès 1970, voyait en Camus un "Philosophe pour classes terminales" ! On sait que le propos était de dénigrement systématique : au "naufrage" (sic) qu'était l'uvre de ce "pantin moraliste" (sic) n'échappaient à grand peine que Noces, Caligula et la Chute. "Péché de jeunesse", reconnaîtra Brochier lui-même, bien plus tard. Si pourtant il me paraît intéressant de rappeler ce tissu d'outrances, d'erreurs et de mauvaise foi, c'est qu'il s'en prenait à un Camus idole des "bien-pensants", et soutien de "l'ordre établi". Et que ce "malentendu" est encore possible. Dans la quasi unanimité que rencontrent l'homme et l'uvre actuellement - en dépit de quelques irréductibles, pour qui la notion de "nature humaine" ou l'introduction de la morale dans la politique restent inadmissibles - il y a un risque de récupération intellectuelle et morale : celui de transformer Camus en écrivain ou en penseur "politiquement correct" - ce qu'il n'a jamais été. Les articles et polémiques d'Alger républicain ou du Soir républicain [2], entre 1938 et 1940, affirmaient déjà le courage du jeune journaliste s'opposant au tout puissant maire d'Alger, défendant avec fougue et rigueur les victimes du système colonial - qu'il s'agisse du reportage, à contre-courant, sur la "Misère de la Kabylie", ou d'une campagne de presse pour défendre un agent technique injustement accusé. En pleine guerre, Le Soir républicain répète, jour après jour, qu'il est "au service de la vraie paix" ; l'attitude de son rédacteur en chef, c'est-à-dire Albert Camus, vaudra au journal d'être supprimé, et à son responsable de devoir chercher un emploi ailleurs qu'en Algérie. Faut-il rappeler les années de la résistance - dont Camus lui-même ne souhaitait pas parler, pensant que les meilleurs combattants de l'ombre, comme son ami René Leynaud, y avaient laissé leur vie ? Ou les prises de position de Combat, dans l'immédiate après-guerre, qui tentaient d'insuffler un nouvel état d'esprit à la politique ? S'il est devenu banal, depuis l'effondrement du régime soviétique, de constater que "Camus a eu raison contre Sartre" dans sa dénonciation du totalitarisme, de saluer sa lucidité prémonitoire dont faisait preuve L'Homme révolté, en 1951, et de reconnaître justifiée la méfiance qui a toujours été celle de Camus à l'égard de la sacralisation de l'Histoire, on ne saurait oublier le rejet dont ce livre, en particulier dans les milieux de gauche, a été l'objet, l'incompréhension qui l'a accueilli, parce qu'il allait à l'encontre des idées reçues et des prudences requises en temps de "guerre froide". Contrairement aux reproches que, d'un côté comme de l'autre, on a faits à Camus sur ce que l'on a appelé son "refus de s'engager" au moment de la guerre d'Algérie, j'estime, pour ma part, qu'il n'y avait nulle démission, nulle lâcheté à tenter un appel à la trêve civile, à refuser toute parole qui pouvait être prise pour un encouragement aux actions meurtrières, à affirmer, tout ensemble, son amour pour l'Algérie, son désir de justice pour tous, sa fidélité à sa communauté. Les Chroniques algériennes, les pages sur "L'Algérie déchirée" n'ont pas été lues ; sans doute, le pays dont Camus se réclamait - "J'ai choisi mon pays, j'ai choisi l'Algérie de la justice, où Français et Arabes s'associeront librement [3]" - n'était qu'une utopie ; il y avait pourtant un certain réalisme à concevoir que "vivre en hommes libres", c'est vivre "comme des hommes qui refusent à la fois d'exercer et de subir la terreur [4]". La condamnation du terrorisme garde sa tragique actualité. Et certaines convictions n'ont rien perdu de leur vigueur. Presque au hasard, je citerai telle phrase d'Actuelles I, en 1948 : "Il n'y a pas de raison au monde, historique ou non, progressive ou réactionnaire, qui puisse me faire accepter le fait concentrationnaire [5]" ; ou la remarque finale de Rieux, porte-parole, en l'occurrence, de son créateur, décidant de "dire simplement ce qu'on apprend au milieu de fléaux, qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser [6]". Ou encore : "Dans le monde de la condamnation à mort qui est le nôtre, les artistes témoignent pour ce qui dans l'homme refuse de mourir [7]". Le florilège pourrait être long. Mais ces convictions n'ont de valeur que dans leur incessante confrontation à ce qui vient les démentir. Elles sont le résultat d'une vigilance permanente, à l'opposé de l'aveuglement et du conformisme. La confiance en l'homme et la force de créer sont continuellement à reconquérir ; la quête du bonheur, de l'innocence, de l'amour est toujours à recommencer. Les divinités qui habitent Tipasa, le secret enfoui dans une vallée d'oliviers, la plénitude du silence ne sont pas toujours ni immédiatement accessibles Et la pensée de Midi n'est pas un juste milieu fait de compromis, mais une tension continue, lucide et périlleuse, "périssable et généreuse", comme l'amour. En temps de peste, Tarrou disait avoir compris que "tout le malheur des hommes venait de ce qu'ils ne tenaient pas un langage clair" ; mais à cause de cette clarté même, dans sa conception et son écriture, l'uvre est exposée à un processus de déformation et de schématisation dont Maurice Blanchot a depuis longtemps dénoncé le mécanisme : "Parce qu'il s'exprime avec netteté, on veut enfermer Camus dans l'affirmation visible où il parvient. Parce qu'il est sans équivoque, on lui attribue une vérité sans ambiguïté. Parce qu'il dit extrêmement ce qu'il dit, on l'arrête, on l'immobilise en cette extrémité, mais s'il parle en faveur de la claire limite, on le réduit à cette parole limitée et sans ombre." [8] Le Mythe de Sisyphe affirmait déjà le refus de "l'uvre qui prouve, la plus haïssable de toutes, ( ) qui le plus souvent s'inspire d'une pensée satisfaite". Loin d'être satisfaite, la pensée de camus est constamment remise en question, elle est approfondissement, recherche ; son "évolution se fait selon une sorte de spirale où (elle) repasse par les mêmes chemins sans cesser de les surplomber [9]". Cette image rend bien compte de l'unité profonde de l'uvre, dans ses préoccupations, et de la diversité de ses formes : il y a loin du lyrisme passionné de Noces, de L'Été ou du Premier Homme, à la sécheresse laconique de certaines pages de L'Étranger, ou à la monotonie de la description des jours de peste. Mais il s'agit de la poursuite d'une même interrogation sans fin sur le rapport de l'homme au monde - c'est-à-dire, selon le vocabulaire camusien, à la société, à l'histoire, mais aussi à la nature -, sur sa relation à autrui et à lui-même, équilibre précaire entre la solitude et la solidarité, aussi vitales l'une que l'autre. Thème unique, si l'on veut. Et parce que ce thème, sous ses multiples aspects, est d'ordre éthique, on peut être tenté d'en faire une lecture simplificatrice et édifiante. Cette apparente simplicité est trompeuse, et ne saurait dissimuler l'ambiguïté de la création littéraire, et en particulier romanesque, et la multiplicité d'interprétations auxquelles elle peut s'ouvrir. Quel sens a le destin de Meursault ? N'y a-t-il pas une part secrète du personnage qui nous échappe encore ? Quelle signification revêt le discours de Clamence, qui, convoquant la Bible ou la Divine Comédie, reste pourtant celui d'"un héros de notre temps" ne sachant plus lui-même s'il montre son visage nu ou ses masques successifs ? L'aventure de Rieux et des siens se laisse plus aisément cerner ; mais que symbolise ce "bacille de la peste qui ne meurt ni ne disparaît jamais" ? Que nous disent les personnages des nouvelles de L'Exil et le Royaume ? Et, d'ailleurs, que signifie ce titre plus énigmatique encore que L'Étranger ou La Chute ? En quelle résonance est-il avec L'Envers et l'Endroit ? Le "royaume" est-il sur terre, ici et maintenant, dans la fraternité des hommes, ou est-il communion intense et fugitive avec la nuit o le désert, dans un au-delà de l'être à peine entrevu, un paradis que nous ne connaissons que par nos nostalgies ? Si, par les exigences de la forme dramatique, qui reste très "classique", en dehors de la tentative "à l'espagnole" de L'État de siège, le théâtre est plus démonstratif, il n'est pas univoque ni manichéiste. Et, comme l'ensemble de l'uvre, les pièces supportent des regards différents. Dans sa présentation d'Herman Melville, en 1952, Camus disait son admiration pour ses livres, qui "sont de ceux, exceptionnels, qu'on peut lire de façons différentes, à la fois évidents et mystérieux, obscurs comme le plein soleil et pourtant limpides comme une eau profonde. L'enfant et le sage y trouvent également nourriture". On peut en dire autant de l'uvre même de Camus. À l'instar de Melville, et poussé par son propre sens du réalisme symbolique, il a "construit ses symboles sur le concret, non dans le matériau du rêve", il a "inscrit" ses mythes "dans l'épaisseur de la réalité et non dans les nuées fugitives de l'imagination [10]" : sur une plage d'Algérie écrasée de soleil, dans une ville séparée du monde par une invasion meurtrière, au bord de Zuyderzee Et nous a proposé, à travers les personnages nés de son "imagination", mais doués d'une "épaisseur" charnelle incontestable, une mythologie de l'homme moderne - qui atteint une portée atemporelle et universelle.*Pour peu qu'on les considère sans a priori, ni la pensée, ni l'uvre - ni l'homme - ne se laissent réduire à quelque rassurante image d'Épinal, porteuse de certitudes politiques, philosophiques ou morales. Il n'y a pas "une" lecture de Camus, encore moins un seul modèle de relecture ; les textes rassemblés ici le prouvent, dans leur diversité d'approches, qu'ils portent sur l'homme dont "la voix nous manque", comme le dit si bien Elie Wiesel, qu'ils analysent une uvre, visitent les lieux où elle se situe, en dévoilent quelque aspect mal connu, ou la mettent en relation avec d'autres univers littéraires. Ces textes, qui sont loin d'aborder tous les problèmes, ne cherchent pas à apporter de conclusions définitives ; ils n'ont d'autre prétention que de proposer des regards attentifs sur une des créations majeures de notre siècle, dont les apports essentiels et les interrogations continuent à résonner dan la conscience contemporaine. Jacqueline LÉVI-VALENSI 1 Dans son Bulletin
d'information, exclusivement diffusé auprès de ses membres,
la Société des études camusiennes recense régulièrement
ces mentions. Secrétariat : P. Le Baut, 10, avenue Jean Jaurès,
92120 Montrouge. Présidente : J. Lévi-Valensi, 50, bd.
Jules-Verne, 80000 AMIENS.
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