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Déjà parus
Quelques couvertures (en préparation)
Gustave Roud (en préparation)
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Nous vous proposons dans cette rubrique études & documents qui permettent, en complément des actes du colloque consacré à la revue, de feuilleter quelques pages de la riche histoire d'Europe...
Etudes
Documents (à venir)
Etudes & documents
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J.L Leutrat - Allocution d'ouverture
H. Béhar - Les tables d'Europe
M.C. Bouju - Europe & ses éditeurs
P.E. Robert - Europe, 1934-1939 : les voyages en URSS
N. Racine - Commémorations d'écrivains entre les deux guerres
M. Collot - Supervielle l'européen
N. Raoux - Quand Europe s'ouvrait à "l'autre Allemagne"
J.Y. Guérin - Rédacteur en chef Jean Cassou
A. Roche - La critique littéraire & ses présupposés dans Europe dans les années 30
H. Meschonnic - Europe pour la poésie, la poésie pour Europe aujourd'hui
C. Dobzynski - Un regard intérieur
Actes
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Tables de la revue (1923-2000)
Une petite histoire d'Europe (en préparation)
Actes
du colloque Europe, une revue de culture internationale, 1923-1998 
Tables
de la revue (1923-2000) 
Quelques pages d'histoire
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Paul Celan Janv.-fév. 2001
Pour Paul Celan Pour quiconque, et particulièrement pour qui écrit des
vers, l’abord de la poésie de Paul Celan, même en
traduction et sous forme parcellaire et fragmentaire, est bouleversant.
Celan représente la réalisation de ce qui ne semblait
pas possible : non seulement écrire de la poésie après
Auschwitz mais écrire « dans » ces cendres, parvenir
à une autre poésie en fléchissant cet anéantissement
absolu, et tout en se maintenant en quelque sorte dans l’anéantissement.
Celan traverse ces espaces ensevelis avec une force, une douceur et
une âpreté que l’on n’hésiterait pas
à qualifier d’incomparables. Mais dans sa progression à
travers les obstacles de l’impossible, il engendre une éblouissante
moisson de découvertes qui ont compté de façon
décisive pour la poésie de la deuxième moitié
du XXe siècle et pas seulement en Europe, alors même qu’elles
sont exclusives, impénétrables, sidéralement inabordables
et non susceptibles d’imitation. Toutes les herméneutiques
s’en trouvent remises en question, alors même qu’elles
attendent impétueusement et qu’elles prescrivent une telle
crise. Il existait d’autres possibilités, d’autres attitudes,
face à des problèmes et à des situations analogues,
même si elles n’étaient pas si nécessairement
extrêmes, que les nombreux adeptes de la poésie expérimentale
de notre époque ont essayées, pleins de motivation. Leur
prémisse était de considérer des données
telles que l’expérience celanienne comme incluses en quelque
sorte dans une sorte de sphère. Une sphère à investir
du dehors, à démonter et à « profaniser [3]
» (profaner) en la fissurant, dans le heurt avec une série
d’attitudes psychiques et surtout de codes qui lui soient profondément
étrangers, empruntés à tous les domaines de la
science (ou méscience) actuelle. Il s’agissait en substance
de démonter, d’attaquer de l’extérieur ce
« mode de monde », pour cueillir jusqu’aux plus improbables
possibilités d’instaurer un rapport différent entre
histoire et parole poétique. Pour Celan, cela a été
un problème qui s’est présenté sans cesse,
qu’il percevait pleinement, mais devant lequel il ne pouvait pas
ne pas se sentir obscurément empêché, en dépit
de ses connaissances sans bornes, en particulier linguistiques, et malgré
sa capacité d’ardente symbiose avec d’autres mondes
de poésie et d’expériences (il suffirait de rappeler
son fervent et complice rapport avec le fantôme de Mandelstam).
Et bien que tout son travail ait eu lieu en contact étroit avec
les formes les plus diverses d’expériences poétiques,
y compris avec les plus « profanisantes », contact favorisé
par sa volonté d’avoir Paris comme ville d’élection
pour son existence quotidienne, il avait établi sa demeure exclusive
dans l’enchaînement fidèle à une Parole qui,
de plus, s’engendrait dans sa maternelle / assassine langue allemande. Il ne reste plus qu’à écouter ce que dit Nelly Sachs en mémoire de Celan : « Celan béni par Bach et par Hölderlin, béni par les Hassidim », et à en tirer les arguments d’une sincère et pieuse gratitude pour laquelle tout notre siècle devrait lui accorder tribut. Un tribut qu’aurait aussi dû lui accorder quelqu’un qui, bien que l’admirant et disposant de tous les titres pour être près de lui au sommet du partage du savoir, l’ensevelit sous la plus déconcertante intermittence d’attitudes et de discours, le blessa en commettant peut-être la pire de ses fautes très significatives : il s’agit de Heidegger. Ainsi, sur le poème de Celan intitulé « Todtnauberg » (le village de montagne où le philosophe venait d’ordinaire se retirer et où Celan se rendit en 1967 avec un « espoir aujourd’hui / dans le cœur / pour la parole / à venir / d’un homme de la pensée [4] »), pèse quasiment la sensation d’une déception définitive. Même si l’on sait peu de choses sur les détails d’un entretien dans lequel les problèmes fondamentaux de la poésie eurent sans doute une place, Celan ne pouvait pas ne pas nourrir l’espoir d’entendre prononcer par le philosophe une franche désapprobation envers le génocide commis ou bien quelque déclaration de remords pour avoir gardé le silence vis-à-vis de ce génocide. Mais il n’en fut rien. Dans les très beaux et mystérieux mots du poème transparaissent un Heidegger fermé sur lui-même, presque à la limite de l’autisme, et un Celan enveloppé d’un angoissant désarroi. Reste la sensation d’une scission, d’une stridence, et comme d’une dernière trahison commise par toute une culture aux dépens du poète confiant et innocent qui avait tout osé dans son écriture pour se placer au-delà du désespoir absolu, sans pouvoir toutefois l’admettre, et qui finit par en périr. Reste la sensation d’une fracture au cœur de la culture allemande, ou plutôt de celle de l’Europe entière, qui malheureusement, même aujourd’hui, en des temps qui s’orientent vers une nouvelle cohabitation entre les hommes, projette encore les traces inconsumables d’une ombre. Andrea ZANZOTTO N. B. « Pour Paul Celan » a été publié
dans le quotidien Corriere della Sera (Milan) du 27 mai 1990, puis dans
le recueil de textes et entretiens Aure e disincanti del Novecento letterario,
Milan, Mondadori, 1994, p. 345-349. 1. Le terme fughe renvoie aussi bien à « fuites »
qu’à « fugues ». Avec le terme italien strette,
Zanzotto joue sur l’ambivalence entre « étreinte
» (ou « resserrement ») et « strette »
(la « partie d’une fugue qui précède la conclusion
et dans laquelle le sujet et la réponse se poursuivent avec des
entrées de plus en plus rapprochées »). (N.d.T.)
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