Repères biographiques
1885
Le 17 avril, naissance à Rungstedlund, au nord-est de l’île
de Seeland, de Karen Christentze Dinesen. Son père, l’officier
Wilhelm Dinesen (1845-1895) a notamment participé, dans les rangs
de l’armée française, à la guerre de 1870
contre la Prusse. En 1872, il a vécu comme chasseur parmi les
Indiens du Wisconsin. Propriétaire terrien, écrivain,
parlementaire, il a épousé en 1881 Ingeborg Westenholz,
fille d’un riche armateur. Karen a une sœur aînée,
Inger, née en 1883. Naîtront ensuite Ellen (1886), Thomas
(1892) et Anders (1894).
1895-1898
Le 28 mars 1895, Wilhelm Dinesen se suicide par pendaison à Copenhague.
Il était atteint depuis longtemps de syphilis et ne s’était
jamais soigné. Aidée par sa mère et sa sœur
Bess, Ingeborg assume désormais seule l’éducation
de ses enfants. Les fillettes ne vont pas à l’école.
Une gouvernante se charge de leur instruction. Les enfants grandissent
dans milieu exclusivement féminin, marqué par l’esprit
du protestantisme unitarien. Karen dessine et écrit des poèmes,
des pièces de théâtre, des histoires.
1899
Après l’incendie de la ferme du domaine, Ingeborg Dinesen
et ses filles s’installent pour six mois en Suisse. Karen est
scolarisée dans un établissement francophone.
1902-1906
Karen veut devenir peintre. Elle suit des cours à l’Académie
des Beaux-Arts de Copenhague.
1907-1909
En août 1907, sous le pseudonyme d’Osceola, elle publie
sa première nouvelle (« Les deux solitaires ») dans
la revue littéraire Tilskueren. D’autres récits
sont bientôt acceptés par des revues, mais ils n’attirent
guère l’attention. Karen en est affectée et délaisse
l’écriture. Elle fréquente les milieux aristocratiques
et s’éprend du baron suédois Hans Blixen-Finecke,
qui est son cousin au deuxième degré et le frère
jumeau de son futur mari. Cette passion n’est pas réciproque.
Karen rompt brutalement et pour longtemps toute relation avec les cercles
aristocratiques.
1910-1912
En proie à l’ennui et au désespoir, elle séjourne
deux mois à Paris avec sa sœur Inger (1910), puis s’installe
à Rome chez son amie d’enfance Daisy Grevenkop-Castenskiold
(1912). Le 23 décembre 1912, elle se fiance au baron Bror Blixen-Finecke.
1913-1914
En dépit de son ignorance en matière d’agriculture
et de comptabilité, Bror décide d’acquérir
une ferme et une plantation de café en Afrique orientale anglaise.
Karen rejoint Bror à Mombasa le 14 janvier 1914 et se marie le
jour même avec lui. Elle s’installe dans sa nouvelle demeure,
non loin de Nairobi. Peu de temps après le mariage, elle doit
consulter un médecin et apprend qu’elle est atteinte de
syphilis. Il lui faut suivre un traitement au mercure. Lorsque la Première
Guerre mondiale éclate, Karen et Bror sont injustement accusés
d’être pro-allemands, alors qu’ils prennent une part
active à l’effort de guerre des Alliés.
1915
Karen Blixen est obligée de retourner au Danemark pour raisons
médicales. Elle est hospitalisée pendant trois mois.
1916-1918
Novembre 1916 : retour en Afrique. Le couple s’installe dans une
nouvelle ferme. Bror s’avère incapable de s’occuper
de l’exploitation agricole. Janvier 1917 : suicide de Daisy Grevenkop-Castenskiold
à Londres où son mari est ambassadeur du Danemark. Avril
1918 : au cours d’un dîner à Nairobi, Karen Blixen
fait la connaissance du pilote anglais Denys Finch Hatton.
1919-1921
Karen séjourne un an et demi au Danemark. Bror demande le divorce.
Ils se séparent en 1921 et divorceront en 1925. De retour au
Kenya, Karen s’occupe de la plantation avec son frère Thomas,
Bror étant écarté de la direction de la Karen Coffee
Corporation.
1923
Thomas Dinesen retourne au Danemark. Karen Blixen gère seule
la ferme. Elle écrit un essai sur le mariage.
1925
Karen Blixen a quarante ans. Elle passe huit mois à Rungstedlund.
Son poème « Ex Africa », écrit en 1915, est
publié dans Tilskueren. Elle rencontre l’éminent
critique danois Georg Brandes.
1926-1927
Elle prend la douloureuse décision de ne pas garder l’enfant
qu’elle attend de Denys Finch Hatton. Sa pièce pour marionnettes
La Vengeance de la vérité, écrite quand elle était
jeune fille, est publiée au Danemark. Elle songe de nouveau à
être écrivain et commence les premières ébauches
des Sept contes gothiques. En janvier 1927, sa mère la rejoint
au Kenya et séjourne quelques mois à la ferme.
1928-1931
Novembre 1928 : Karen Blixen rencontre le Prince de Galles en visite
officielle au Kenya. De mai à décembre 1929, elle retourne
à Rungstedlund au chevet de sa mère malade. La crise mondiale
aggrave les difficultés économiques de la plantation.
Karen Blixen doit vendre sa ferme en mars 1931. Elle est ruinée.
Elle prend soin de garantir l’avenir de ses employés noirs
avant de retourner définitivement au Danemark. Le 14 mai 1931,
Denys Finch Hatton meurt dans un accident d’avion au Kenya.
1932-1935
Karen Blixen écrit un cycle de contes — en anglais —,
transmet son manuscrit à des éditeurs en Grande-Bretagne
et aux Etats-Unis et, sous le pseudonyme d’Isak Dinesen, les Sept
contes gothiques sont finalement publiés par Robert Haas à
New York en février 1934. L’édition danoise paraît
l’année suivante sous le titre Syv fantastiske fortællinger.
1936
Elle écrit La Ferme africaine qui paraît en 1937 et connaît
un succès mondial. En France, le livre est publié chez
Gallimard en 1942.
1939
Mort d’Ingeborg Dinesen, mère de Karen Blixen.
1940
Le quotidien danois Politiken charge Karen Blixen de passer un mois
à Londres, un mois à Paris et un mois à Berlin,
dans la perspective de publier ses reportages. Elle séjourne
à Berlin du 7 mars au 2 avril. À son retour, le Danemark
est occupé par l’Allemagne nazie. Les voyages à
Londres et à Paris sont annulés. Ses articles sur l’Allemagne
de Hitler seront publiés en 1948 dans la revue Heretica. (En
français, « Lettres d’un pays en guerre »,
dans Essais, traduits par Régis Boyer, Éditions des Femmes
et 10 /18).
1942
Les Contes d’hiver sont publiés au Danemark et en Grande-Bretagne.
1943-1945
Accablée par les événements, elle cherche un dérivatif
à son angoisse et écrit pour se divertir Les Voies de
la vengeance, roman publié à Copenhague en 1944 sous le
pseudonyme de Pierre Andrezel. En 1945, Clara Svendsen (Clara Selborn)
devient sa secrétaire et le restera de manière presque
ininterrompue jusqu’à la mort de l’écrivain.
1946
Bror Blixen meurt en Suède dans un accident de voiture. Depuis
quelques années, Karen Blixen est assaillie par des douleurs
de plus en plus violentes et décide de subir une opération
de la colonne vertébrale. Elle reçoit à Rungstedlund
de jeunes écrivains et intellectuels, en particulier le groupe
de la revue littéraire Heretica (1948-1953).
1950-1951
Causeries très écoutées à la radio danoise.
Elle commence une collaboration avec le magazine américain Ladies’
Home Journal qui publie « Le dîner de Babette » et
d’autres nouvelles des Anecdotes du destin. Mai 1951 : voyage
à Rome et en Grèce.
1956-1957
Nouvelle opération de la colonne vertébrale, suivie d’une
opération d’un ulcère de l’estomac six mois
plus tard. Karen Blixen est pratiquement invalide. Il lui est très
difficile de s’alimenter, son poids descend parfois au-dessous
de 35 kilos, mais dès que sa santé le lui permet, elle
continue son œuvre d’écrivain. Son nom est mentionné
parmi les candidats les mieux placés pour le Prix Nobel, mais
il ne lui sera pas décerné. En 1957, elle publie simultanément
au Danemark, en Suède, en Grande-Bretagne et aux États-Unis
ses Derniers contes (traduits en français sous le titre Nouveaux
Contes d’hiver). Voyage à Rome, Paris et Londres en novembre-décembre
1957.
1958
Création de la Fondation Rungstedlund, institution à laquelle
reviendront désormais les droits d’auteur de l’écrivain
et dont la mission sera de restaurer et préserver sa maison natale,
avec ses soixante hectares de jardin et sa forêt, véritable
sanctuaire pour les oiseaux. Karen Blixen fait une causerie à
la radio pour évoquer l’histoire de Rungstedlund, annoncer
cette initiative et demander aux auditeurs de s’y associer en
envoyant une somme modique (une couronne danoise) à la Fondation.
Plus de quatre-vingt mille personnes répondent à son appel.
Publication des Anecdotes du destin au Danemark, en Grande-Bretagne
et aux Etats-Unis. (On regrette que l’édition française
ait renoncé au titre original, préférant Le Dîner
de Babette, qui est, depuis le film de Gabriel Axel, la plus célèbre
des cinq nouvelles du livre. À propos d’adaptation cinématographique,
signalons qu’une autre des Anecdotes du destin a fait l’objet,
en 1968, pour la télévision française, d’un
film admirable d’Orson Welles : Une histoire immortelle, avec
Jeanne Moreau, Roger Coggio, Norman Eshley, Fernando Rey et Orson Welles
lui-même. À la fin de sa vie, le cinéaste avait
le projet de réaliser un autre film inspiré des deux contes
de Karen Blixen où apparaît le personnage de Pellegrina
Leoni : « Les Rêveurs » et « Échos ».
Faute de financements, il ne tourna que quelques scènes, vingt
minutes en tout.
1958-1961
Voyages à Amsterdam (1959) aux Etats-Unis (1959) et en France
(1961). Karen Blixen publie Ombres sur la prairie (1960). Brèves
hospitalisations.
1962
Le 7 septembre, Karen Blixen meurt à Rungstedlund à l’âge
de 77 ans. Sa nouvelle posthume « Ehrengarde » est publiée
l’année suivante (traduction française dans Les
Chevaux fantômes et autres contes).