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Emmanuel Bove

Nov.-Déc 2003

 

Repères biographiques

À Marie-Claude

1898
20 avril : Naissance d’Emmanuel Bobovnikoff (Bove) à Paris, 123, boulevard de Port-Royal. Père russe, sans profession ni revenus définis. Mère luxembourgeoise, domestique.

1905-1910
Scolarisation irrégulière. Études à l’École alsacienne (classe de 9e), rue d’Assas. Dès l’âge de 14 ans, décide qu’il sera romancier. Il n’aura pas d’autre activité régulière, si ce n’est, pour des raisons matérielles, celle de journaliste.

1910-1913
Son père, sans quitter tout à fait sa mère, vit avec une riche Anglaise, Emily Overweg. Emmanuel habite Genève en compagnie du couple et de Victor, son demi-frère. Léon, son frère, vit avec leur mère dans une situation précaire. Emmanuel partage épisodiquement leur existence. L’opposition entre ces milieux joue un rôle déterminant dans l’œuvre de Bove. Attachement d’Emmanuel à Emily et influence de celle-ci. Poursuit ses études au lycée Calvin de Genève.

1914
Lorsque la guerre éclate, les revenus d’Emily sont bloqués en Angleterre. Situation difficile pour la famille.

1915
Mai : Emmanuel est envoyé en pension en Angleterre, où il achève ses études, notamment à l’île de Wight et à Southend on Sea. Octobre : Mort du père de Bove (tuberculose). Emily s’installe à Menton avec Victor. Situation financière toujours plus difficile, d’autant plus qu’après la guerre le capital d’Emily aura perdu toute valeur. Elle peint, tâche de subvenir aux besoins de sa famille en vendant ses tableaux.

1916
Avril : Retour d’Emmanuel à Paris. Il y occupe divers emplois précaires : conducteur de tramway, garçon de café, manœuvre chez Renault, chauffeur de taxi, etc. Il ne s’agit pas seulement de subsister mais d’accumuler des expériences qui lui serviront, pense-t-il, pour ses romans. Vit seul et misérablement, à Paris et à Marseille. Puis à Versailles, avec sa mère et son frère Léon. Du vivant du père, les ressources étaient déjà très épisodiques. Après sa mort, elles deviennent plus qu’aléatoires. Expulsions fréquentes de la famille des logements qu’elle occupe.

1917
Mai : Arrestation sous Clemenceau. Un mois de prison à la Santé. Motif : un patronyme douteux et des revenus incertains.

1918
Avril : Service militaire. Fait ses classes jusqu’en novembre, à Guingamp. Affecté ensuite à Troyes. La durée du service était alors de trois ans. Ne participe donc pas à la guerre. C’est durant cette période qu’il rencontre celle qui deviendra sa première femme.

1921
Avril : Libéré de ses obligations militaires. Rappelé en mai-juin pour l’occupation de la Rhur. Emplois divers : inspecteur dans les assurances, courtier en publicité... Décembre : Épouse Suzanne Vallois. Enseignante, milieu aisé. Le change favorable incite le couple à aller vivre en Autriche. Installation à Tulln, dans la banlieue viennoise. L’existence s’y révèle moins facile que prévu.

1922
Mai : Naissance de leur fille Nora. C’est en Autriche que Bove commence ses premiers livres : Mes amis, et certaines nouvelles de Henri Duchemin et ses ombres. À ses débuts, il écrira également de nombreux romans populaires sous le pseudonyme d’Emmanuel Valois. « J’ai commencé par une centaine de milliers de lignes de romans populaires. J’en faisais cent lignes à l’heure, huit cents lignes par jour, c’est-à-dire un volume en dix ou douze jours. Un travail absolument étranger à celui de l’écrivain. C’est comme si j’avais, à cette époque, exercé un autre métier. » (Interview à Candide, février 1928.) Octobre : Bove rentre seul à Paris, habite rue Berthollet.

1923
Mars : Retour de sa femme en France. Vivent à Paris, Blaye, Mareuil-en-Brie. Bove achève Mes amis. Débuts dans le journalisme (Service des faits divers au journal Le Quotidien). Envoie au journal Le Matin un premier texte, Nuit de Noël (qui deviendra Le Crime d’une nuit). La nouvelle est remarquée par Colette, alors directrice des contes du journal. Elle propose à Bove de le publier dans la collection qu’elle dirige chez Ferenczi. Bove lui apporte Mes amis.

1924
Février : Naissance de leur fils Michel. Juin : La parution de Mes amis chez Ferenczi & fils, est un succès. Article enthousiaste de Sacha Guitry dans Candide et quelques voix au Femina.

1925
Habite La Ferté-sous-Jouarre, puis Paris. Rupture avec sa première femme, dont il divorcera en 1930. Liaison avec Henriette de Swetschine, jusqu’en 1927. Production débordante dans les années qui suivent.

1926-1927
Rilke souhaite connaître l’auteur de Mes amis, le rencontre lors de son dernier séjour à Paris. Bove habite Paris, puis Bécon-les-Bruyères. Écrit abondamment, entre autres dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés, au Dôme, etc. Jusqu’à la guerre, collabore parallèlement à divers journaux : Le Quotidien, Détective, Le Journal, Paris-Soir, Marianne, Vendredi et Regards. Reportages (notamment les faits divers) et feuilletons. Subvient dans la mesure du possible aux besoins de son premier foyer et à ceux de sa mère et de son frère Léon. L’irrégularité de ses revenus provoque de fréquentes tensions. Parution de son deuxième livre, Armand, Émile-Paul frères, ainsi que Bécon-les-Bruyères chez le même éditeur et Un soir chez Blutel, Lucien Kra. Écriture de La Coalition.

1928-1929
Rencontre Louise Ottensooser, qu’il épousera en 1930. Famille de banquiers, fortunée et mondaine. Bove est alors introduit dans les milieux artistiques. Novembre : Prix Figuière. Habite à Paris, Bandol et Sanary. Période la plus féconde de l’écrivain. En 1928 : Parution de La Coalition. Un père et sa fille, nouvelle publiée au Sans Pareil. La mort de Dinah, Éditions des Portiques ; Cœurs et visages, Éditions de France ; Henri Duchemin et ses ombres, nouvelles, Émile-Paul frères ; L’amour de Pierre Neuhart, La Revue européenne, n° 11. En 1929 : Une Fugue, Éditions de la Belle Page, Petits contes, « Les Losanges », n° 5, Les Cahiers libres, Dans La Revue européenne des nouvelles : Monsieur Thorpe (n° 5 et 6), Une illusion (n° 12).

1930
Avec Louise en Angleterre. Leur unique enfant y meurt à la naissance.
Un malentendu, nouvelle, Fayard.

1931-1935
Mai : Retour en France. Jusqu’à la guerre, Louise et Emmanuel habiteront Paris, Compiègne (1931-1936) puis le Cap-Ferret (Gironde). Durant toute cette période, on dispose de peu de documents de première main sur la vie de Bove. Il semble qu’elle se confonde avec son œuvre. 1931 : Journal écrit en hiver, Émile-Paul frères. 1932 : Un Raskolnikoff, nouvelle, Plon ; Un célibataire, Calmann-Lévy. 1933, deux romans policiers : La Toque de Breitschwanz et Le Meutrre de Suzy Pommier, Émile-Paul frères. 1934 : Le Beau-Fils, Grasset. 1935 : Le Pressentiment, Gallimard ; L’Impossible Amour, parution en feuilleton dans Paris-Soir.

1936
Bove est gravement malade (pleurésie).

1937
Mort de la mère de Bove. Adieu Fombonne, Gallimard.

1939
La Dernière Nuit (roman écrit en 1927, ici suivi de nouvelles), Gallimard.

1940
Mars : Mobilisé comme travailleur militaire. Affecté à une fonderie dans le Cher. Démobilisé en juillet. Durant les deux années qui suivent, il se réfugie avec sa femme dans la région lyonnaise, puis à Dieulefit (Drôme) et au Cheylard (Ardèche). Ils espèrent gagner Londres via l’Afrique du Nord. En dépit des sollicitations, Bove refuse à cette époque de faire publier ses livres dans la France occupée.

1942
Mars : Mort d’Emily.
Le couple arrive en Afrique du Nord, une semaine avant le débarquement (8 novembre), et habite Alger pendant deux ans. Bove y écrit ses trois derniers romans (Le Piège, Départ dans la nuit, Non-Lieu). Contacts avec André Gide, Saint-Exupéry, Max-Pol Fouchet, le peintre Albert Marquet, Philippe Soupault, l’éditeur Edmond Charlot, Jean Gaulmier. Il fait partie du Comité national des écrivains.
C’est à Alger que l’auteur contracte la maladie qui l’emportera : « Bove menait une vie presque crépusculaire. Quelquefois il portait la main à son visage, non tant pour étouffer une quinte de toux que pour escamoter une grimace provoquée par la douleur. À l’apercevoir dans la rue, toujours pâle et émacié, on avait le sentiment qu’il allait disparaître, que demain il n’allait plus être parmi nous aux réunions de la revue Fontaine, de Renaissance, de L’Arche, des Cahiers antiracistes. Il s’absentait souvent pour des séjours à l’hôpital mais ne parlait pas de son mal. » (Enrico Terracini)

1944
Octobre : Retour en France.

1945
En mai, publication de son roman Le Piège chez Pierre Trémois, suivi en juin par Départ dans la nuit, Éditions Edmond Charlot.
13 juillet : Décès à Paris à l’âge de 47 ans, 59, avenue des Ternes. « Monsieur Emmanuel Bove est décédé ce matin, vers 8 h, de cachexie et défaillance cardiaque faisant suite à une série d’accès palustres suraigus. » (Docteur Louis Pictet). Inhumé au cimetière du Montparnasse, dans le caveau de la famille Ottensooser. Emplacement de la sépulture : 25e division israélite, 27e ligne Est, n° 1 Sud.

1946
Publication posthume de Non-lieu, Robert Laffont.


Je tiens à remercier Marie-Claude Cousse, la femme de Raymond Cousse, qui m’a soutenu et encouragé pendant toutes mes années de recherche consacrées à Bove. Qu’elle trouve ici l’expression de mon amitié, au terme de ce travail qui lui est tout naturellement dédié.

Jean-Luc BITTON


Bibliographie

Jusqu’en 1977 les livres d’Emmanuel Bove étaient introuvables en librairie. À partir de 1977, à l’instigation principale de Raymond Cousse, l’intégralité de l’œuvre a été rééditée.

Adieu Fombonne, avant-propos de l’éditeur, Le Passeur, 1994.
Aftalion Alexandre, postface de Raymond Cousse, Le Dilettante, 1986.
Amour de Pierre Neuhart (L’), Le Castor Astral, 1986 ; « Points » / Seuil, n° P 796, préface de David Nahmias, 2000.
Armand, préface de Christian Dotremont, Flammarion, 1977.
Beau-Fils (Le), Grasset; préface de Alain Clerval, Critérion, 1991 ; Le Passeur, 2000.
Coalition (La) suivi deUn Raskolnikoff, Flammarion, 1986.
Cœurs et Visages, Éditions de France ; préface de Patrice Delbourg, Calmann-Lévy, 1988 ; Le Serpent à Plumes, 2002.
Crime d’une nuit (Le), nouvelle, Yves Rivière éditeur, 1974.
Départ dans la nuit suivi de Non-Lieu, préface de Raymond Cousse, La Table Ronde, 1988 ; « L’ Imaginaire » /Gallimard, 1992.
Dernière Nuit (La), Le Castor Astral, 1987, 1993.
Fiancée du violoniste (La), titre original : La Toque de Breitschwanz, préface de Paul Morelle, Ledrappier, 1987.
Henri Duchemin et ses ombres, sept nouvelles, Flammarion.
Impossible Amour (L’), Le Castor Astral, 1994.
Journal écrit en hiver, Flammarion, 1983.
Mes amis, préface de Jean Cassou, 1977 ; Le Livre de Poche, n° 5370, 1980 ; J’ai lu, n° 1973, 1986. Préface de François Ouellet, Éditions Nota Bene, 2002.
Meurtre de Suzy Pommier (Le), EST, 1987.
Mort de Dinah (La), Le Dilettante, 1992.
Monsieur Thorpe et autres nouvelles, vingt-quatre nouvelles, Le Castor Astral, 1988.
Piège (Le), posface d’Alain Clerval, La Table Ronde, 1986 ; « L’Imaginaire » / Gallimard, 1992
Pressentiment (Le), préface de Raymond Cousse et Jean-Yves Reuzeau, Le Castor Astral, 1991 ; Seuil, 2000.
Un autre ami, Yves Rivière éditeur, 1976.
Un célibataire, Calmann-Lévy, avant-propos de Olivier Barrot, 1987, 1994 ; Presses Pocket, 1989.
Un fait divers inconnu, L’Autodidacte, 1986.
Un soir chez Blutel, suivi de Un père et sa fille, Une fugue et Bécon-les-Bruyères, préface de Raymond Cousse, Flammarion, 1984.

Emmanuel Bove, Romans, comprend : Mes amis, Armand, Bécon-les-Bruyères, Un soir chez Blutel, La Coalition, Henri Duchemin et ses ombres, Cœurs et visages, Journal écrit en hiver, Le Piège, édition J.-L. Bitton, Flammarion, 1999.

Ouvrages non édités du vivant de Bove
Un homme qui savait, La Table Ronde, 1996, « La Petite Vermillon » / La Table Ronde, n° 56.
Mémoires d’un homme singulier, lettre-préface de Marcel Arland, Calmann-Lévy, 1994.
Un caractère de femme, préface de J.-L. Bitton, Flammarion.

Pour une bibliographie exhaustive (éditions originales, livres d’art, livres rares ou écrits sous pseudonymes et articles divers, journal intime et correspondance…) voir La Vie comme une ombre, par Raymond Cousse et Jean-Luc Bitton, avec la collaboration de Jean-Yves Reuzeau, préface de Peter Handke, Castor Astral, 1994. On y trouvera aussi la liste des spectacles adaptés des œuvres de Bove (théâtre, danse, cinéma), celle des films ou émissions de télévision sur Bove, et celle des travaux universitaires.

Autres ouvrages consacrés à l’œuvre d’Emmanuel Bove ou inspirés par celle-ci :

Tombeau d’Emmanuel Bove, Gilles Vidal, préface de Jean-Yves Reuzeau, L’Incertain, 1993.
Emmanuel Bove, Carnets d’une fugue, David Nahmias, préface d’Alex Besnainou, postface de Jean-Yves Reuzeau, frontispice de Götting, Le Castor Astral, 1998.
D’un Dieu l’autre : l’altérité subjective d’Emmanuel Bove, François Ouellet, éditions Nota bene (Québec), 1998.
Emmanuel Bove : Mes amis et Le Piège, Revue 20-50, n° 31, juin 2001, Lille III.
Lire Emmanuel Bove, sous la direction de Sophie Coste et Dominique Carlat, Presses Universitaires de Lyon, 2002.
Emmanuel Bove (1898-1945), site Internet très complet réalisé et administré par Jean-Luc Bitton. http://www.emmanuel-bove.net


FONDS D’ARCHIVES

Les archives d’Emmanuel Bove (manuscrits, carnets, correspondance, documents biographiques et iconographiques, etc.) ont été rassemblées par Jean-Luc Bitton et déposées à l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine (IMEC), 9, rue Bleue, 75009 Paris / Abbaye d’Ardenne, 14280 Saint-Germain-la-Blanche-Herbe. Site Internet : http://www.imec-archives.com

 

« Il eût fallu qu’une curiosité bien étrange s’emparât des hommes futurs et les poussât à faire des recherches dans les registres d’état civil, pour que la trace de sa personne émergeât de l’abîme. »
Emmanuel Bove, La Méditation interrompue (texte inédit inachevé).

 

Numéro disponible à la vente au prix de 18,30 €

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