Repères biographiques
1903
21 février : naissance au Havre. Son père, Auguste Queneau,
est comptable colonial, sa mère, Joséphine Mignot, plus
âgée que lui, est « mercière », au 47
rue Thiers. Queneau, fils unique, y habite jusqu’à la fin
1920. Le commerce est plutôt florissant.
1908
Entrée au petit lycée du Havre. Il y fait toutes ses études
primaires et secondaires. Souvent primé, il est généralement
bon élève, non sans quelques moments difficiles.
1913
Il commence à écrire. Ses premières œuvres
seront détruites.
1914
15 avril : début de son journal, qu’il tiendra bon an mal
an toute sa vie. Il est aujourd’hui presque entièrement
publié. 14 mai : il fait sa première communion, avec ferveur,
avant de renoncer au catholicisme le 1er août 1918 et de faire
scandale en annonçant en 1920 à ses parents qu’il
est athée. La question religieuse taraudera pourtant Queneau
à plus d’une période de sa vie.
1915
On a gardé trace de ses écrits, qui se multiplient : il
aborde aussi bien le genre romanesque que la fiction historique (Histoire
de la Lusapie) ou le théâtre, tout en se passionnant pour
la chimie, les sciences naturelles et les langues étrangères.
1916
Tout en fréquentant assidûment les cinémas avec
son père, il s’adonne à son goût déjà
prononcé des listages, dans des domaines variés : collections
de géologie, paléontologie, conchyliologie ; liste des
œuvres d’Aristote ; révision de l’Histoire de
l’Égypte de Maspero. Il invente l’« avion Queneau
».
1917
18 août : il écrit un poème visionnaire, «
Les Derniers Jours », qui semble correspondre à une crise
spirituelle. Il a déjà suffisamment écrit pour
établir la bibliographie de ses œuvres. À la fin
de l’année, il découvre les mathématiques,
science qu’il mettra toute sa vie au plus haut et qu’il
pratiquera à un niveau professionnel.
1918
Il lit énormément. Dès 1917, il établit
la liste de ses lectures et garde cette habitude sa vie durant.
1919
4 juillet : première partie du baccalauréat, avec latin
et grec. Il apprend à jouer aux échecs et au billard.
Il écrit de nombreux poèmes.
1920
10-13 juillet : deuxième partie du baccalauréat, en philosophie.
Il termine ses études havraises en beauté, avec différentes
récompenses locales. À la fin de l’année,
ses parents vendent leur fonds de commerce pour accompagner leur fils
qui doit poursuivre ses études à Paris. Ils achètent
une maison en banlieue, à Épinay-sur-Orge. Ils seront
enterrés, ainsi que Queneau, dans le vieux cimetière de
Juvisy-sur-Orge.
1921
Queneau s’est inscrit à la Sorbonne en philosophie. 6 janvier
: il s’abonne à Littérature, revue fondée
en 1919 par les futurs surréalistes, Aragon, Breton, Soupault.
Juillet : il échoue à son examen et commence à
noter ses rêves. 7 novembre : réinscription à la
faculté des lettres. 5 décembre : il étudie Leibniz
et découvre René Guénon, qui va le marquer.
1922
Ses études ne sont pas brillantes. Après avoir rasé
sa moustache en 1921, il porte des lunettes. 1er août-26 septembre
: voyage en Angleterre, dont on trouvera des traces dans son œuvre.
5 novembre : il s’inscrit à la faculté des sciences,
parallèlement à ses études de lettres.
1923
Il suit des cours de mathématiques. Juin-juillet : il échoue
encore à ses examens. Il ressent à la campagne ses premières
crises d’asthme. Cette « ontalgie » ne sera guérie
ou surmontée que pendant la guerre. 26 novembre : il se réinscrit
en faculté des sciences. Il se plonge dans Fantômas qu’il
relira quatre fois jusqu’en 1928 (il y a trente-deux volumes).
1924
Juillet : il réussit passablement deux certificats : histoire
générale de la philosophie et psychologie. Il rencontre
Pierre Naville, Michel Leiris, Philippe Soupault et André Breton.
Il participe désormais aux réunions et aux activités
des surréalistes.
1925
15 avril : première publication : un récit de rêve
dans le n° 3 de La Révolution surréaliste. Il en publie
un autre dans le n° 5. 16 novembre : il est incorporé dans
le 46e régiment d’infanterie à Paris pour rejoindre
le 3e régiment de zouaves à Constantine.
1926
16 avril : il reçoit à posteriori son diplôme de
licencié ès lettres. Il fait mouvement en Algérie
puis au Maroc, en guerre. Il suit par correspondance de septembre 1926
à avril 1927 un cours d’anglais commercial. Grâce
à sa connaissance de l’anglais, il aura une approche directe
de la littérature anglo-saxonne, fera des traductions et même
trouvera enfin un emploi chez Gallimard, en 1938.
1927
Mars : retour du régiment. Il est malheureusement sans emploi,
et fait des « petits boulots », entre autres au Comptoir
National d’Escompte de Paris, dont on trouve l’écho
au début de son premier roman, Le Chiendent. Il s’installe
à Paris en juillet. Il fréquente assidûment les
surréalistes et publie son premier poème, « Le tour
de l’ivoire », toujours dans La Révolution surréaliste.
Mais il fréquente à la même époque le groupe
de la rue du Château, entre autres Prévert.
1928
Janvier : il participe aux « Recherches sur la sexualité
» menées par les surréalistes. Février-mai
: « La grande misère ». 28 juillet : il épouse
Janine Kahn, sœur de Simone Breton, et s’installe square
Desnouettes. Sa situation matérielle est meilleure, mais il souffre
de ne pas gagner sa vie.
1929
Juin : Queneau se fâche avec Breton. 5 août-27 octobre :
voyage au Portugal. Il lit Joyce.
1930
Janvier : il participe au tract contre Breton avec un poème injurieux
: « Dédé ». Il commence une étude sur
les fous littéraires à la Bibliothèque Nationale
et se lie pour quelques années avec Georges Bataille.
1931
Il collabore à La Critique sociale de Boris Souvarine, jusqu’en
1933. C’est l’organe du Cercle communiste démocratique.
Février : placier en nappes en papier. Il ne parvient pas à
trouver un emploi.
1932
Il commence une psychanalyse. Elle se poursuivra, avec deux analystes
différents, Madame Lowska et le docteur Borel, et quelques interruptions,
jusqu’en 1942. 22 juillet-19 novembre : séjour en Grèce,
capital — il y écrit presque entièrement son premier
roman, Le Chiendent. La découverte de la langue démotique
est une illumination : on peut faire de la littérature avec la
langue de tous les jours.
1933
Le Chiendent, Gallimard. Désormais tous ses ouvrages seront publiés
chez cet éditeur, à quelques exceptions près (nous
ne signalons que les exceptions). La machine à créer est
lancée. De 1933 à 1939, il va suivre les cours de Kojève
et Koyré sur Hegel à l’École pratique des
hautes études, et les cours sur la gnose et le manichéisme
de Charles-Henri Puech. Il publiera en 1947 les cours de Kojève
: Introduction à la lecture de Hegel.
1934
Gueule de pierre.
21 mars : naissance de son fils, Jean-Marie. Il rencontre Henry Miller,
avec lequel il échangera une correspondance.
1935
Il est « converti » par la lecture d’un livre anodin,
L’Inde secrète, de Paul Brunton. Sa période «
mystique » dure jusqu’en 1940.
1936
Les Derniers Jours.
Juin : il déménage à Neuilly, rue Casimir-Pinel,
où il restera jusqu’à sa mort. 23 novembre : il
collabore à L’Intransigeant avec une chronique quotidienne
: « Connaissez-vous Paris ? », jusqu’au 26 octobre
1938. Il y prend beaucoup de plaisir.
1937
Janvier : il perd sa mère.
Odile.
Chêne et chien, roman en vers, Denoël.
1938
Janvier : il entre au comité de lecture des éditions Gallimard,
comme lecteur d’anglais. Mais la guerre va l’obliger à
chercher de nouveau un emploi.
Les Enfants du limon. Il injecte dans ce roman ses recherches sur les
fous littéraires, qui n’avaient pas trouvé d’éditeur.
1939
Un rude hiver.
5 juin : il trouve un emploi de professeur à l’École
nouvelle de Neuilly. 24 août : incorporé, se retrouve à
Fontenay-le-Comte puis à La Roche-sur-Yon, et est démobilisé
en juillet 1940 (Voir Journal 1939-1940, Gallimard, 1986).
1940
Juillet- septembre : il se réfugie avec sa femme et son fils
à Saint-Léonard de Noblat, où il rencontre le peintre
Élie Lascaux et où il fera la connaissance de Georges-Emmanuel
Clancier et de sa femme, Anne. De retour à Paris, il doit se
contenter de son emploi de professeur à l’École
nouvelle.
1941
Les Temps mêlés.
14 janvier : il participe à la lecture du Désir attrapé
par la queue de Picasso, chez les Leiris. Il joue le rôle de l’Oignon.
Il devient secrétaire général des Éditions
Gallimard.
1942
Pierrot mon ami.
Fin août : il a terminé les premiers Exercices de style.
1943
Les Ziaux. C’est son premier recueil poétique. Une nouvelle
édition paraîtra en 1948.
Il fréquente à Paris Camus, Picasso, Jean Lescure, Jean
Tardieu, Prassinos, Desnos. Rencontre à cette époque de
François Le Lionnais, un scientifique passionné de mathématiques
mais aussi de littérature, qui deviendra son ami et avec lequel
il fondera l’Oulipo.
1944
Loin de Rueil.
En passant, Barbezat, Lyon. C’est sa seule pièce de théâtre
jouée (1947).
Il collabore à des publications clandestines, est en septembre
membre du Comité national des écrivains issu de la Résistance.
Bien qu’il ne se soit pas directement engagé dans un réseau,
à notre connaissance, probablement pour protéger sa famille,
et qu’il soit resté à Paris pendant l’Occupation,
Queneau a toujours soutenu la résistance aux Allemands. Il est
cette même année sous-directeur des services littéraires
de la radio.
1945
30 mai : il reçoit une carte de journaliste professionnel. Juin
: première lettre de Boris Vian à Queneau. Il sera l’un
de ses rares vrais amis, avec François le Lionnais.
1946
Il entame sa période « Saint-Germain-des-Prés »
(il est grand amateur de jazz) et expose en décembre des gouaches.
Il a failli un moment se détourner de la littérature au
profit de la peinture. Il a laissé un assez grand nombre de gouaches,
mais il semble abandonner définitivement cet art en 1952.
1947
Exercices de style. Cette œuvre subira des changements jusqu’à
sa dernière édition en 1973. Dès 1949, avec la
mise en scène d’Yves Robert à la Rose rouge, puis
en 1954 avec le disque des frères Jacques, l’œuvre
rencontre un succès qui ne fera que grandir, en France comme
à l’étranger.
On est toujours trop bon avec les femmes, sous le pseudonyme de Sally
Mara.
Bucoliques, poèmes.
Ses activités se multiplient, il s’intéresse au
cinéma, écrit des scénarios. Il publie plusieurs
nouvelles (À la limite de la forêt, Une trouille verte).
Ses « textes courts » seront repris dans l’édition
posthume de Contes et propos (1981).
25 octobre : mort de son père.
1948
Saint Glinglin. C’est la refonte de Gueule de pierre et des Temps
mêlés.
L’Instant fatal, poèmes.
Il devient membre de la Société mathématique de
France.
1949
11-26 février : exposition de gouaches et d’aquarelles
à la galerie Artiste et Artisan, 31 rue de Seine à Paris.
18 juin : Juliette Greco popularise « Si tu t’imagines »,
poème de L’Instant fatal, musique de Kosma, qui devient
la chanson la plus populaire de l’année. Il s’engage
publiquement à plusieurs reprises en faveur des « opprimés
» ou censurés, politiques ou intellectuels.
1950
Petite cosmogonie portative. C’est un moderne De Natura rerum,
en alexandrins. L’édition en coll. Poésie / Gallimard
de 1969 sera expurgée.
Bâtons, chiffres et lettres. Recueil d’articles. Une nouvelle
édition revue et augmentée paraîtra en 1965.
Journal intime, sous le pseudonyme de Sally Mara, éditions du
Scorpion. Queneau réunira en 1962 les deux œuvres publiées
sous le nom de Sally Mara sous le titre Les Œuvres complètes
de Sally Mara, sous son nom cette fois.
11 février : entrée au Collège de ‘Pataphysique.
Il deviendra Satrape. Des États-Unis où il s’est
rendu en compagnie de Roland Petit il ramène un ballet, La Croqueuse
de diamants, représenté en septembre au Théâtre
Marigny. On ne compte plus le nombre de ses apparitions publiques, interventions,
signatures, protestations, activités cinématographiques.
Cela n’arrange pas ses finances, toujours dans un état
lamentable.
1951
12 mars : élu membre de l’Académie Goncourt. Il
fait désormais partie du tout-Paris.
1952
Si tu t’imagines, poèmes. C’est la réunion
des principaux recueils poétiques déjà parus et
réorganisés. Une nouvelle édition paraîtra
en 1968.
Le Dimanche de la vie.
28 février : élu à l’Académie de l’Humour.
1953-1954
Toujours actif, il voyage (comme tous les ans, souvent en Italie) mais
ne publie rien d’important. À la fin de 1954, il accepte
de diriger l’Encyclopédie de la Pléiade. Ses soucis
financiers s’allègent. Le premier contrat avait été
signé dès 1945, pour l’Histoire des sciences.
1955-1957
Ses activités cinématographiques sont particulièrement
nombreuses. Il est membre du jury du Centre national de cinématographie
et du Festival de Cannes. 26 décembre 1955-26 janvier 1956 :
il accompagne Bunuel au Mexique pour le tournage de La Mort en ce jardin,
dont il a écrit les dialogues. Il est invité en URSS comme
membre de l’Académie Goncourt à la fin de 1956.
Il se rend à Moscou, Leningrad, Tachkent et Samarcande.
1958
Sonnets, Hautefeuille. Le Chien à la mandoline, Temps mêlés
(Verviers). Ces deux recueils poétiques seront réunis
dans Le Chien à la mandoline, en 1965, chez Gallimard.
1959
Zazie dans le métro. Sa conception remonte à la fin de
la guerre. 31 octobre : Prix de l’humour noir pour ce roman. 28
novembre : première adaptation du roman par Olivier Hussenot
aux Trois-Baudets.
1960
4 avril : tournage du film de Louis Malle, Zazie dans le métro.
4-12 septembre : une Décade de Cerisy est consacrée à
Queneau. De cette rencontre naîtra l’Oulipo, Ouvroir de
littérature potentielle, toujours bien vivant. L’université
commence à s’intéresser à son œuvre.
Jean Queval lui consacre un livre.
1961
Cent mille milliards de poèmes. Dix sonnets, dont chaque vers
peut se combiner à n’importe quel autre vers (à
la même place) des autres sonnets, suffisent à générer
ce chiffre astronomique. Une vie entière ne suffirait pas pour
lire tous les sonnets potentiels.
14 mars : adaptation de Loin de Rueil en comédie musicale, par
Maurice Jarre et Roger Pillaudin, au T.N.P.
1962
Entretiens avec Georges Charbonnier.
1963-1964
Bords, Hermann. Articles consacrés essentiellement aux mathématiques
et à l’Encyclopédie.
1965
Les Fleurs bleues.
Il a des problèmes de santé, doit cesser de boire de l’alcool.
7 octobre : tournage du Dimanche de la vie, avec Jean Herman (Vautrin).
1966
Une histoire modèle. C’est une tentative pour penser mathématiquement
l’histoire.
1967
Il commence la publication de trois recueils poétiques : Courir
les rues (1967), Battre la campagne (1968), Fendre les flots (1969).
Son nom figure dans le Nouveau Petit Larousse 1968. « Un conte
à votre façon » est publié dans Les Lettres
nouvelles (juillet-septembre). C’est un texte « combinatoire
» qui fera école.
1968
Le Vol d’Icare. C’est son dernier roman, une fiction qui
prend pour objet la création romanesque.
1970-1971
Il démissionne de l’Académie Goncourt.
1972
18 juillet : mort de Janine Queneau. Il en est très affecté.
1973
Le Voyage en Grèce. C’est un recueil d’articles,
anciens pour la plupart.
1975
Morale élémentaire. Ce dernier recueil poétique
est particulièrement original, par les contraintes employées
: création d’une forme fixe d’une part, Yi-King de
l’autre. Certains y voient le sommet de l’œuvre de
Queneau. Pendant ces dernières années, Queneau participe
régulièrement aux séances de l’Oulipo. Décembre
: publication du cahier de L’Herne qui lui est consacré.
1976
6 mars : sa dernière publication a pour sujet une application
des mathématiques à la littérature : « Les
fondements de la littérature d’après David Hilbert
» (Bibliothèque oulipienne). 25 octobre : mort de Raymond
Queneau.
Claude DEBON
N.B. André Blavier avait, pour le numéro
Queneau d’Europe en 1983 établi une copieuse chronologie.
Elle commençait par ces mots : « La biographie de Queneau,
c’est — essentiellement — sa bibliographie. »
Celle-ci, plus succincte, prend le même parti. On dispose désormais
d’une biographie très documentée : Michel Lécureur,
Raymond Queneau. Biographie. Les Belles Lettres / Archimbaud, 2002.
On peut également se référer à l’Album
Raymond Queneau (Gallimard, 2002) richement illustré. La bibliographie
des œuvres de Queneau et des œuvres sur Queneau est accessible
sur le site de Ch. Kestermeier, souvent cité dans les articles
de ce numéro. Il existe une Association des Amis de Valentin
Brû, fondée par Claude Rameil, du nom du héros du
Dimanche de la vie. Elle publie un périodique du même nom.
Secrétariat de rédaction : avbqueneau@wanadoo.fr
On peut obtenir des informations au Centre de Documentation Raymond
Queneau, fondé à Verviers par André Blavier : http://www.queneau.net/