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Raymond Queneau

Avril 2003

 

Repères biographiques

 

1903
21 février : naissance au Havre. Son père, Auguste Queneau, est comptable colonial, sa mère, Joséphine Mignot, plus âgée que lui, est « mercière », au 47 rue Thiers. Queneau, fils unique, y habite jusqu’à la fin 1920. Le commerce est plutôt florissant.

1908
Entrée au petit lycée du Havre. Il y fait toutes ses études primaires et secondaires. Souvent primé, il est généralement bon élève, non sans quelques moments difficiles.

1913
Il commence à écrire. Ses premières œuvres seront détruites.

1914
15 avril : début de son journal, qu’il tiendra bon an mal an toute sa vie. Il est aujourd’hui presque entièrement publié. 14 mai : il fait sa première communion, avec ferveur, avant de renoncer au catholicisme le 1er août 1918 et de faire scandale en annonçant en 1920 à ses parents qu’il est athée. La question religieuse taraudera pourtant Queneau à plus d’une période de sa vie.

1915
On a gardé trace de ses écrits, qui se multiplient : il aborde aussi bien le genre romanesque que la fiction historique (Histoire de la Lusapie) ou le théâtre, tout en se passionnant pour la chimie, les sciences naturelles et les langues étrangères.

1916
Tout en fréquentant assidûment les cinémas avec son père, il s’adonne à son goût déjà prononcé des listages, dans des domaines variés : collections de géologie, paléontologie, conchyliologie ; liste des œuvres d’Aristote ; révision de l’Histoire de l’Égypte de Maspero. Il invente l’« avion Queneau ».

1917
18 août : il écrit un poème visionnaire, « Les Derniers Jours », qui semble correspondre à une crise spirituelle. Il a déjà suffisamment écrit pour établir la bibliographie de ses œuvres. À la fin de l’année, il découvre les mathématiques, science qu’il mettra toute sa vie au plus haut et qu’il pratiquera à un niveau professionnel.

1918
Il lit énormément. Dès 1917, il établit la liste de ses lectures et garde cette habitude sa vie durant.

1919
4 juillet : première partie du baccalauréat, avec latin et grec. Il apprend à jouer aux échecs et au billard. Il écrit de nombreux poèmes.

1920
10-13 juillet : deuxième partie du baccalauréat, en philosophie. Il termine ses études havraises en beauté, avec différentes récompenses locales. À la fin de l’année, ses parents vendent leur fonds de commerce pour accompagner leur fils qui doit poursuivre ses études à Paris. Ils achètent une maison en banlieue, à Épinay-sur-Orge. Ils seront enterrés, ainsi que Queneau, dans le vieux cimetière de Juvisy-sur-Orge.

1921
Queneau s’est inscrit à la Sorbonne en philosophie. 6 janvier : il s’abonne à Littérature, revue fondée en 1919 par les futurs surréalistes, Aragon, Breton, Soupault. Juillet : il échoue à son examen et commence à noter ses rêves. 7 novembre : réinscription à la faculté des lettres. 5 décembre : il étudie Leibniz et découvre René Guénon, qui va le marquer.

1922
Ses études ne sont pas brillantes. Après avoir rasé sa moustache en 1921, il porte des lunettes. 1er août-26 septembre : voyage en Angleterre, dont on trouvera des traces dans son œuvre. 5 novembre : il s’inscrit à la faculté des sciences, parallèlement à ses études de lettres.

1923
Il suit des cours de mathématiques. Juin-juillet : il échoue encore à ses examens. Il ressent à la campagne ses premières crises d’asthme. Cette « ontalgie » ne sera guérie ou surmontée que pendant la guerre. 26 novembre : il se réinscrit en faculté des sciences. Il se plonge dans Fantômas qu’il relira quatre fois jusqu’en 1928 (il y a trente-deux volumes).

1924
Juillet : il réussit passablement deux certificats : histoire générale de la philosophie et psychologie. Il rencontre Pierre Naville, Michel Leiris, Philippe Soupault et André Breton. Il participe désormais aux réunions et aux activités des surréalistes.

1925
15 avril : première publication : un récit de rêve dans le n° 3 de La Révolution surréaliste. Il en publie un autre dans le n° 5. 16 novembre : il est incorporé dans le 46e régiment d’infanterie à Paris pour rejoindre le 3e régiment de zouaves à Constantine.

1926
16 avril : il reçoit à posteriori son diplôme de licencié ès lettres. Il fait mouvement en Algérie puis au Maroc, en guerre. Il suit par correspondance de septembre 1926 à avril 1927 un cours d’anglais commercial. Grâce à sa connaissance de l’anglais, il aura une approche directe de la littérature anglo-saxonne, fera des traductions et même trouvera enfin un emploi chez Gallimard, en 1938.

1927
Mars : retour du régiment. Il est malheureusement sans emploi, et fait des « petits boulots », entre autres au Comptoir National d’Escompte de Paris, dont on trouve l’écho au début de son premier roman, Le Chiendent. Il s’installe à Paris en juillet. Il fréquente assidûment les surréalistes et publie son premier poème, « Le tour de l’ivoire », toujours dans La Révolution surréaliste. Mais il fréquente à la même époque le groupe de la rue du Château, entre autres Prévert.

1928
Janvier : il participe aux « Recherches sur la sexualité » menées par les surréalistes. Février-mai : « La grande misère ». 28 juillet : il épouse Janine Kahn, sœur de Simone Breton, et s’installe square Desnouettes. Sa situation matérielle est meilleure, mais il souffre de ne pas gagner sa vie.

1929
Juin : Queneau se fâche avec Breton. 5 août-27 octobre : voyage au Portugal. Il lit Joyce.

1930
Janvier : il participe au tract contre Breton avec un poème injurieux : « Dédé ». Il commence une étude sur les fous littéraires à la Bibliothèque Nationale et se lie pour quelques années avec Georges Bataille.

1931
Il collabore à La Critique sociale de Boris Souvarine, jusqu’en 1933. C’est l’organe du Cercle communiste démocratique. Février : placier en nappes en papier. Il ne parvient pas à trouver un emploi.

1932
Il commence une psychanalyse. Elle se poursuivra, avec deux analystes différents, Madame Lowska et le docteur Borel, et quelques interruptions, jusqu’en 1942. 22 juillet-19 novembre : séjour en Grèce, capital — il y écrit presque entièrement son premier roman, Le Chiendent. La découverte de la langue démotique est une illumination : on peut faire de la littérature avec la langue de tous les jours.

1933
Le Chiendent, Gallimard. Désormais tous ses ouvrages seront publiés chez cet éditeur, à quelques exceptions près (nous ne signalons que les exceptions). La machine à créer est lancée. De 1933 à 1939, il va suivre les cours de Kojève et Koyré sur Hegel à l’École pratique des hautes études, et les cours sur la gnose et le manichéisme de Charles-Henri Puech. Il publiera en 1947 les cours de Kojève : Introduction à la lecture de Hegel.

1934
Gueule de pierre.
21 mars : naissance de son fils, Jean-Marie. Il rencontre Henry Miller, avec lequel il échangera une correspondance.

1935
Il est « converti » par la lecture d’un livre anodin, L’Inde secrète, de Paul Brunton. Sa période « mystique » dure jusqu’en 1940.

1936
Les Derniers Jours.
Juin : il déménage à Neuilly, rue Casimir-Pinel, où il restera jusqu’à sa mort. 23 novembre : il collabore à L’Intransigeant avec une chronique quotidienne : « Connaissez-vous Paris ? », jusqu’au 26 octobre 1938. Il y prend beaucoup de plaisir.

1937
Janvier : il perd sa mère.
Odile.
Chêne et chien, roman en vers, Denoël.

1938
Janvier : il entre au comité de lecture des éditions Gallimard, comme lecteur d’anglais. Mais la guerre va l’obliger à chercher de nouveau un emploi.
Les Enfants du limon. Il injecte dans ce roman ses recherches sur les fous littéraires, qui n’avaient pas trouvé d’éditeur.

1939
Un rude hiver.
5 juin : il trouve un emploi de professeur à l’École nouvelle de Neuilly. 24 août : incorporé, se retrouve à Fontenay-le-Comte puis à La Roche-sur-Yon, et est démobilisé en juillet 1940 (Voir Journal 1939-1940, Gallimard, 1986).

1940
Juillet- septembre : il se réfugie avec sa femme et son fils à Saint-Léonard de Noblat, où il rencontre le peintre Élie Lascaux et où il fera la connaissance de Georges-Emmanuel Clancier et de sa femme, Anne. De retour à Paris, il doit se contenter de son emploi de professeur à l’École nouvelle.

1941
Les Temps mêlés.
14 janvier : il participe à la lecture du Désir attrapé par la queue de Picasso, chez les Leiris. Il joue le rôle de l’Oignon. Il devient secrétaire général des Éditions Gallimard.

1942
Pierrot mon ami.
Fin août : il a terminé les premiers Exercices de style.

1943
Les Ziaux. C’est son premier recueil poétique. Une nouvelle édition paraîtra en 1948.
Il fréquente à Paris Camus, Picasso, Jean Lescure, Jean Tardieu, Prassinos, Desnos. Rencontre à cette époque de François Le Lionnais, un scientifique passionné de mathématiques mais aussi de littérature, qui deviendra son ami et avec lequel il fondera l’Oulipo.


1944
Loin de Rueil.
En passant, Barbezat, Lyon. C’est sa seule pièce de théâtre jouée (1947).
Il collabore à des publications clandestines, est en septembre membre du Comité national des écrivains issu de la Résistance. Bien qu’il ne se soit pas directement engagé dans un réseau, à notre connaissance, probablement pour protéger sa famille, et qu’il soit resté à Paris pendant l’Occupation, Queneau a toujours soutenu la résistance aux Allemands. Il est cette même année sous-directeur des services littéraires de la radio.

1945
30 mai : il reçoit une carte de journaliste professionnel. Juin : première lettre de Boris Vian à Queneau. Il sera l’un de ses rares vrais amis, avec François le Lionnais.

1946
Il entame sa période « Saint-Germain-des-Prés » (il est grand amateur de jazz) et expose en décembre des gouaches. Il a failli un moment se détourner de la littérature au profit de la peinture. Il a laissé un assez grand nombre de gouaches, mais il semble abandonner définitivement cet art en 1952.

1947
Exercices de style. Cette œuvre subira des changements jusqu’à sa dernière édition en 1973. Dès 1949, avec la mise en scène d’Yves Robert à la Rose rouge, puis en 1954 avec le disque des frères Jacques, l’œuvre rencontre un succès qui ne fera que grandir, en France comme à l’étranger.
On est toujours trop bon avec les femmes, sous le pseudonyme de Sally Mara.
Bucoliques, poèmes.
Ses activités se multiplient, il s’intéresse au cinéma, écrit des scénarios. Il publie plusieurs nouvelles (À la limite de la forêt, Une trouille verte). Ses « textes courts » seront repris dans l’édition posthume de Contes et propos (1981).
25 octobre : mort de son père.

1948
Saint Glinglin. C’est la refonte de Gueule de pierre et des Temps mêlés.
L’Instant fatal, poèmes.
Il devient membre de la Société mathématique de France.

1949
11-26 février : exposition de gouaches et d’aquarelles à la galerie Artiste et Artisan, 31 rue de Seine à Paris. 18 juin : Juliette Greco popularise « Si tu t’imagines », poème de L’Instant fatal, musique de Kosma, qui devient la chanson la plus populaire de l’année. Il s’engage publiquement à plusieurs reprises en faveur des « opprimés » ou censurés, politiques ou intellectuels.

1950
Petite cosmogonie portative. C’est un moderne De Natura rerum, en alexandrins. L’édition en coll. Poésie / Gallimard de 1969 sera expurgée.
Bâtons, chiffres et lettres. Recueil d’articles. Une nouvelle édition revue et augmentée paraîtra en 1965.
Journal intime, sous le pseudonyme de Sally Mara, éditions du Scorpion. Queneau réunira en 1962 les deux œuvres publiées sous le nom de Sally Mara sous le titre Les Œuvres complètes de Sally Mara, sous son nom cette fois.
11 février : entrée au Collège de ‘Pataphysique. Il deviendra Satrape. Des États-Unis où il s’est rendu en compagnie de Roland Petit il ramène un ballet, La Croqueuse de diamants, représenté en septembre au Théâtre Marigny. On ne compte plus le nombre de ses apparitions publiques, interventions, signatures, protestations, activités cinématographiques. Cela n’arrange pas ses finances, toujours dans un état lamentable.

1951
12 mars : élu membre de l’Académie Goncourt. Il fait désormais partie du tout-Paris.

1952
Si tu t’imagines, poèmes. C’est la réunion des principaux recueils poétiques déjà parus et réorganisés. Une nouvelle édition paraîtra en 1968.
Le Dimanche de la vie.
28 février : élu à l’Académie de l’Humour.

1953-1954
Toujours actif, il voyage (comme tous les ans, souvent en Italie) mais ne publie rien d’important. À la fin de 1954, il accepte de diriger l’Encyclopédie de la Pléiade. Ses soucis financiers s’allègent. Le premier contrat avait été signé dès 1945, pour l’Histoire des sciences.

1955-1957
Ses activités cinématographiques sont particulièrement nombreuses. Il est membre du jury du Centre national de cinématographie et du Festival de Cannes. 26 décembre 1955-26 janvier 1956 : il accompagne Bunuel au Mexique pour le tournage de La Mort en ce jardin, dont il a écrit les dialogues. Il est invité en URSS comme membre de l’Académie Goncourt à la fin de 1956. Il se rend à Moscou, Leningrad, Tachkent et Samarcande.

1958
Sonnets, Hautefeuille. Le Chien à la mandoline, Temps mêlés (Verviers). Ces deux recueils poétiques seront réunis dans Le Chien à la mandoline, en 1965, chez Gallimard.

1959
Zazie dans le métro. Sa conception remonte à la fin de la guerre. 31 octobre : Prix de l’humour noir pour ce roman. 28 novembre : première adaptation du roman par Olivier Hussenot aux Trois-Baudets.

1960
4 avril : tournage du film de Louis Malle, Zazie dans le métro. 4-12 septembre : une Décade de Cerisy est consacrée à Queneau. De cette rencontre naîtra l’Oulipo, Ouvroir de littérature potentielle, toujours bien vivant. L’université commence à s’intéresser à son œuvre. Jean Queval lui consacre un livre.

1961
Cent mille milliards de poèmes. Dix sonnets, dont chaque vers peut se combiner à n’importe quel autre vers (à la même place) des autres sonnets, suffisent à générer ce chiffre astronomique. Une vie entière ne suffirait pas pour lire tous les sonnets potentiels.
14 mars : adaptation de Loin de Rueil en comédie musicale, par Maurice Jarre et Roger Pillaudin, au T.N.P.

1962
Entretiens avec Georges Charbonnier.

1963-1964
Bords, Hermann. Articles consacrés essentiellement aux mathématiques et à l’Encyclopédie.

1965
Les Fleurs bleues.
Il a des problèmes de santé, doit cesser de boire de l’alcool. 7 octobre : tournage du Dimanche de la vie, avec Jean Herman (Vautrin).

1966
Une histoire modèle. C’est une tentative pour penser mathématiquement l’histoire.

1967
Il commence la publication de trois recueils poétiques : Courir les rues (1967), Battre la campagne (1968), Fendre les flots (1969). Son nom figure dans le Nouveau Petit Larousse 1968. « Un conte à votre façon » est publié dans Les Lettres nouvelles (juillet-septembre). C’est un texte « combinatoire » qui fera école.

1968
Le Vol d’Icare. C’est son dernier roman, une fiction qui prend pour objet la création romanesque.

1970-1971
Il démissionne de l’Académie Goncourt.

1972
18 juillet : mort de Janine Queneau. Il en est très affecté.

1973
Le Voyage en Grèce. C’est un recueil d’articles, anciens pour la plupart.

1975
Morale élémentaire. Ce dernier recueil poétique est particulièrement original, par les contraintes employées : création d’une forme fixe d’une part, Yi-King de l’autre. Certains y voient le sommet de l’œuvre de Queneau. Pendant ces dernières années, Queneau participe régulièrement aux séances de l’Oulipo. Décembre : publication du cahier de L’Herne qui lui est consacré.

1976
6 mars : sa dernière publication a pour sujet une application des mathématiques à la littérature : « Les fondements de la littérature d’après David Hilbert » (Bibliothèque oulipienne). 25 octobre : mort de Raymond Queneau.

Claude DEBON

N.B. André Blavier avait, pour le numéro Queneau d’Europe en 1983 établi une copieuse chronologie. Elle commençait par ces mots : « La biographie de Queneau, c’est — essentiellement — sa bibliographie. » Celle-ci, plus succincte, prend le même parti. On dispose désormais d’une biographie très documentée : Michel Lécureur, Raymond Queneau. Biographie. Les Belles Lettres / Archimbaud, 2002. On peut également se référer à l’Album Raymond Queneau (Gallimard, 2002) richement illustré. La bibliographie des œuvres de Queneau et des œuvres sur Queneau est accessible sur le site de Ch. Kestermeier, souvent cité dans les articles de ce numéro. Il existe une Association des Amis de Valentin Brû, fondée par Claude Rameil, du nom du héros du Dimanche de la vie. Elle publie un périodique du même nom. Secrétariat de rédaction : avbqueneau@wanadoo.fr On peut obtenir des informations au Centre de Documentation Raymond Queneau, fondé à Verviers par André Blavier : http://www.queneau.net/



 

 

 

Numéro disponible à la vente au prix de 18,30 €

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