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Pierre Jean Jouve

Nov.-déc. 2004

 

Pierre Jean Jouve

1887
Naissance, le 11 octobre, à Arras. Père assureur. Mère professeur de piano : « des rhizomes très épais m’avaient attaché à elle et à ma sœur » (cette sœur, Madeleine, de deux ans la cadette du poète).

1902
Enfance « dans une ville triste / Entre des murs ». « …j’entendais dans son bureau crier mon père, / Et ma mère pleurer, / Tandis qu’en moi battait la haine ».

1903
Après une pénible opération de l’appendicite, Jouve entre dans une longue période dépressive qu’éclaire la rencontre de Suzanne H…, femme d’un capitaine en garnison à Arras — durable cristallisation érotique.

1905
Bachelier, il entame des études supérieures (Math’ Sup) à Lille, mais découvre surtout Gourmont, Mallarmé et Rimbaud.

1906
Crée la revue Les Bandeaux d’or.

1908
Soigne, pendant six mois, une maladie nerveuse aux bains d’Arve, à Genève.

1909
De retour à Paris, se livre à des « débordements volontairement conduits ». Fait la rencontre d’une jeune femme, Lisbé, qui va inspirer son premier roman. Henri Le Fauconnier réalise un portrait du poète. Publication de sa première plaquette, à peu d’exemplaires, Artificiel.

1910
Pour échapper à la dépendance des toxiques, Jouve est invité à découvrir pendant trois mois l’Italie. Inspiré par ce voyage, il publie un recueil, Les Muses romaines et florentines. Il épouse en octobre Andrée Charpentier, une agrégée d’histoire. Le couple s’installe à Poitiers jusqu’en 1915.

1911
Période marquée par l’influence de Jules Romains et du mouvement unanimiste. En résultent deux recueils, Les Ordres qui changent et Les Aéroplanes ainsi qu’un roman, La Rencontre dans le carrefour..

1912
Un nouveau recueil, Présences.. Se lie avec Jean-Richard Bloch qui habite Poitiers et dont la revue, L’Effort libre, défend un « art social » qui désormais le requiert.

1913
S’adonne à l’écriture théâtrale. Les Deux Forces est publié par Bloch mais ne sera pas monté. Deux autres pièces, Le Soleil de la Cueille et L’Illuminée resteront à l’état de manuscrits. Publication du recueil Parler.

1914
Naissance en mars de son fils, Olivier. Le poète qui n’est pas mobilisable pour raisons de santé, s’engage comme infirmier volontaire à l’Hôtel-Dieu de Poitiers. Entre, dès l’automne, en relations épistolaires avec Romain Rolland.

1915
Jouve, qui a contracté des maladies infectieuses, est contraint de quitter son poste. Il rejoint la Suisse, fin octobre, par l’entremise de Romain Rolland à qui est dédié un poème de son recueil Vous êtes des hommes (N.R.F).

1916
Relations étroites avec Romain Rolland qu’il voit quotidiennement à Sierre. Collaboration à des revues pacifistes (Demain, Les Tablettes). Publication à Genève de Poème contre le grand crime.

1917
Amitié avec Claude Le Maguet, directeur des Tablettes et avec le graveur Frans Masereel qui illustre, en septembre, Danse des morts. Adresse un Salut à la révolution russe, en compagnie de Romain Rolland, Henri Guilbeaux, Marcel Martinet. À la mi-décembre, rencontre à Zurich des écrivains allemands, dont Stefan Zweig.

1918
Publication de Hôtel-Dieu, « récits d’hôpital ». Dans une brochure, Le Défaitisme contre l’homme libre, oppose au marxisme la pensée de Tolstoï. L’armistice le ramène à une poésie plus personnelle, avec Huit Poèmes de la solitude qui trouveront place, l’année suivante, dans le recueil Heures, livre de la grâce.

1920
Publié en janvier à Genève, Heures, livre de la grâce est dédié à Zweig. Jouve s’installe avec sa famille à Florence, en avril. En septembre, paraît, à Paris, le très massif Romain Rolland vivant auquel le poète a travaillé pendant de longs mois.

1921
Ébloui par l’atmosphère florentine, se lance dans une fresque historique qu’il délaisse au profit des poèmes de Toscanes inspirés par la Villa Galileo qu’il a louée à Arcetri et qui forme le décor de la « chambre bleue » sur lequel s’ouvrira son futur roman Paulina 1880. En avril, Blanche Reverchon, psychiatre genevoise, séjourne à la Villa Galileo, de même que Stefan Zweig qui invite Jouve à faire des conférences à Salzbourg. Le poète s’y rend, fin juillet, en compagnie de Blanche Reverchon.

1922
Tragiques, suivi du Voyage sentimental témoigne de la crise sentimentale du poète qui se sépare de sa femme pour voyager avec Blanche et s’installer à Paris avec elle. Les liens se distendent avec Romain Rolland et s’achemineront vers une rupture définitive au début 1927.

1923
S’installe 6 rue Boissonade, à Paris, avec Blanche. Ils y demeureront dix ans. Tandis que Jouve devient, aux éditions Stock, directeur de la collection « Poésie du temps » (où il traduit Cygne de Tagore et Les Sept Mers de Kipling), Blanche Reverchon publie chez Gallimard sa traduction des Trois Essais sur la théorie de la sexualité de Freud.

1924
Publie le recueil Prière. Lié avec le peintre Josef Sima, il se retrouve avec lui à Carona, dans le Tessin. Ces séjours estivaux se renouvelleront au fil des années.

1925
Jouve décide que sa « vita nuova » (liée au reniement de toute son œuvre antérieure) commence avec le recueil Les Mystérieuses Noces, puis le roman Paulina 1880 publié en octobre chez Gallimard et qui manquera de peu le prix Goncourt. En novembre, Jouve épouse Blanche Reverchon (née en 1879).

1926
Nouvelles Noces avec un portrait gravé par Sima.

1927
Le recueil Beau Regard est illustré par Sima. Quant au roman Le Monde désert, il évoque obliquement Baladine Klossowska, rencontrée en 1925 et qu’auréole sa liaison ancienne avec Rainer Maria Rilke.

1928
Un recueil, Noces, et un roman, Hécate.

1929
Le Paradis perdu illustré par Sima. La pièce de Tchekhov, Les Trois Sœurs, est montée au Théâtre des Arts, dans une adaptation de Jouve et de Georges Pitoëff.

1930
La Symphonie à Dieu, illustration de Sima. Poèmes de la folie de Hölderlin, en collaboration avec Pierre Klossowski.

1931
Les Noces (qui rassemble les recueils publiés depuis 1925) et le roman Vagadu, escorté par « Commentaire à Vagadu » publié dans la N.R.F.

1932
Histoires sanglantes.

1933
Publie avec Blanche Reverchon « Moments d’une psychanalyse » dans la N.R.F de mars. Installé 8 rue de Tournon, le poète retrouve par hasard Lisbé sur le boulevard Raspail, là même où eut lieu, vingt-quatre ans plus tôt, leur première rencontre. Fièvre passionnelle et érotique. Le poète découvre en été Soglio et Sils-Maria, dans les Grisons. Il y ébauche une première version (détruite, tout comme la correspondance avec Lisbé) de l’histoire de celle qui deviendra fictivement Hélène. Parution de Sueur de sang avec l’avant-propos « Inconscient, spiritualité et catastrophe ».

1934
Rompt avec Lisbé au printemps. Écrit au cours de l’été « Dans les années profondes » qui trouvera place, l’année suivante, dans La Scène capitale.. Se rend, à la fin de l’été, au Festival musical de Salzbourg dont il deviendra un habitué. Se lie avec Bruno Walter.

1935
La Scène capitale, ultime œuvre romanesque. Version définitive de Sueur de sang.

1936
Nouvelles rencontres avec Lisbé qui, atteinte d’un cancer, meurt en décembre.

1937
Matière céleste. La Tragédie de Roméo et Juliette de Shakespeare (« traduction intégrale par Pierre Jean Jouve et Georges Pitoëff ») est montée au théâtre des Mathurins.

1938
Kyrie.

1939
Quitte Paris le 11 juin. Entend en Auvergne l’appel du 18 juin et y adhère. Séjour à Dieulefit de juillet à novembre. Deux plaquettes chez G.L.M : Ode au peuple et Résurrection des morts.

1941
Après un séjour sur les hauteurs de Cannes, se rend en Suisse en juillet. Habite 2, rue du Cloître à Genève. Publie en Suisse Porche à la nuit des saints.

1942
Publie le fruit de ses derniers travaux sur la musique et sur la poésie, le Don Juan de Mozart et Tombeau de Baudelaire. Le recueil Gloire paraît à Alger.

1943
Défense et illustration. Codirige à Genève la revue Lettres. Rencontres avec Balthus.

1944
Préface des anthologies (Baudelaire, Danton). Processionnal de la force anglaise.

1945
Retour à Paris où il s’installe 7, rue Antoine-Chantin. L’Homme du 18 Juin.

1946
La Vierge de Paris reprend et remanie les recueils publiés depuis 1939.

1947
Un recueil, Hymne et le texte d’une conférence donnée à Oxford et à Londres, Apologie du poète.

1948
Génie.

1949
Diadème

1950
Ode et Commentaires.

1951
Se rend à Salzbourg où est donné le Wozzeck d’Alban Berg.

1952
Langue (lithographies de Balthus, Masson et Sima).

1953
Wozzeck ou le Nouvel Opéra, en collaboration avec Michel Fano.

1954
Traduction des Sonnets de Shakespeare. En Miroir. Journal dans date. Le Mercure de France devient désormais son éditeur attitré.

1955
S’attache à Segalen dont il préface quelques œuvres..

1956
Lyrique.

1957
Mélodrame. Décor de Don Juan avec A.M. Cassandre paraît à Genève.

1958
Inventions.

1959
Exposition Jouve à la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet, avec un catalogue.

1959-1963
Publication en cinq volumes de la version définitive de l’œuvre romanesque.

1960
Proses.

1962
Moires. Traduction de l’Othello de Shakespeare.

1965
Ténèbre.

1966
Grand Prix de poésie de l’Académie française. Docteur honoris causa de l’Université de Bâle.

1964-1967
Édition définitive, en quatre volumes, de l’œuvre poétique.

1967
Numéro spécial « Jouve » de la revue québécoise Liberté.

1969
Version française de la Lulu de Frank Wedekind, à Lausanne.

1972
Cahier de l’Herne consacré au poète. Paulina 1880, film de Jean-Louis Bertucelli

1974
Mort de Blanche Reverchon-Jouve.

1976
Mort, le 8 janvier, du poète.

1980
Premier colloque « Jouve » à Cerisy-la-Salle.

1983
Folie et génie et Sacrifice (Fata Morgana).

1984
Jouve avant Jouve ou la naissance d’un poète (Klincksieck) révèle l’œuvre « reniée » de l’écrivain

1985
Le Monde désert, téléfilm de Pierre Beuchot et Jean-Pierre Kremer.

1987
Publication de l’Œuvre de Jouve, en deux tomes, au Mercure de France. Texte établi et présenté par Jean Starobinski, avec de larges extraits de l’œuvre « reniée » et des inédits.

Daniel LEUWERS

 

 

Numéro disponible à la vente au prix de 18,30 €

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