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Pétrarque

Juin-juillet 2004

 

Repères biographiques

Je veux que mon lecteur, quel qu’il soit, ne pense qu’à moi seul, et non pas aux noces de sa fille, aux nuits qu’il va passer avec sa maîtresse, aux embûches que lui tend son ennemi, au procès dans lequel il est engagé, à sa maison, à sa terre ou encore à son trésor ; et, du moins tant qu’il me lit, je veux qu’il reste en ma compagnie. S’il est préoccupé par ses affaires, qu’il diffère de me lire ; mais quand il entreprendra de le faire, qu’il repousse loin de lui le poids de ses affaires et l’administration de son patrimoine… je ne veux pas qu’il puisse apprendre sans effort ce que moi-même je n’ai pas écrit sans effort.
Lettres familières, XIII 5, 23.


1304
20 juillet : Naissance à Arezzo de Francesco Petrarca, fils de ser Petracco, notaire, et d’Eletta Canigiani. Le père, ami de Dante, avait été exilé de Florence en même temps que ce dernier le 20 octobre 1302 en raison de son appartenance à la faction politique des guelfes blancs. L’arrière-grand-père paternel de Pétrarque, ser Garzo, était écrivain et auteur de « laudes » spirituelles.

1305
La famille s’installe à l’Incisa, bourg situé non loin de Florence.

1307
Naissance de Gherardo, frère du poète auquel il restera attaché toute sa vie.

1311- 1312
La famille séjourne à Pise où certains biographes pensent que le jeune Pétrarque a pu rencontrer Dante. En 1312, le père de Pétrarque trouve un emploi à la cour avignonnaise du pape Clément V (le cardinal gascon Bertrand de Goth, 1305-1314). Après un voyage aventureux que Pétrarque relatera dans la première de ses Lettres familières (1350) et au cours duquel il manqua de périr noyé , la famille s’installe à Carpentras.

1312-1316
Années de formation au latin et à la rhétorique sous la conduite d’un maître italien lui aussi notaire et exilé en Provence, Convenevole da Prato (1270-1338) que Pétrarque évoquera de manière affectueuse dans une des ses Lettres de la vieillesse (XVI, 1) . C’est à Carpentras qu’il fait la connaissance de Guido Sette (futur archevêque de Gênes) qui demeurera son très cher ami toute sa vie.

1316
À la fin de l’année, Pétrarque se rend à l’Université de Montpellier pour y entreprendre des études juridiques qu’il poursuivra jusqu’en 1320.

1318
Mort de la mère de Pétrarque Eletta Canigiani en mémoire de laquelle le poète compose une élégie en vers latins (Breve panegyricum defuncte matri in Epystulae metricae, I 7)

1320
Pétrarque, son frère Gherardo et Guido Sette se rendent à Bologne pour poursuivre des études de droit. Dans cette ville universitaire qui est aussi un berceau de la poésie vernaculaire, il noue des relations, en particulier avec Giacomo Colonna, fils de Stefano Colonna l’Ancien, le célèbre patriarche de cette grande famille de la noblesse romaine, frère du cardinal Giovanni Colonna, et plus tard évêque de Lombez.

1325
Lors d’un bref séjour à Avignon, Pétrarque emploie le premier argent dont il dispose à l’achat d’un manuscrit du De civitate Dei d’Augustin aujourd’hui conservé à la bibliothèque universitaire de Padoue (ms. 1490) et dont la note d’acquisition datée de février 1325 constitue le plus ancien autographe de Pétrarque que nous possédions.

1326
Mort de ser Petracco. Le poète et son frère Gherardo reviennent en Provence.

1327
Le 6 avril (vendredi saint), Pétrarque fait la rencontre de Laure dans l’église Sainte-Claire d’Avignon . Certains biographes s’accordent aujourd’hui à reconnaître dans ce personnage féminin qui deviendra la Dame chantée dans le Chansonnier, une jeune femme de la noblesse avignonnaise, fille d’Audibert de Noves et récemment mariée à Hugues de Sade .

1328
Le 28 mai, à l’âge de 27 ans, l’ami et protecteur de Pétrarque Giacomo Colonna est élevé à l’épiscopat par le pape Jean XXII, pour avoir eu le courage d’afficher sur le portail de l’église romaine de Saint-Marcellin la bulle d’excommunication papale promulguée contre l’empereur Ludovic de Bavière, dont le conflit avec le pape est évoqué par Umberto Eco dans son roman Le Nom de la rose.

1329
Pour des raisons économiques, Pétrarque s’oriente vers la carrière ecclésiastique. Au printemps, il accompagne le nouvel évêque Giacomo au siège de son évêché de Lombez (dans le département actuel du Gers). C’est au cours de ce voyage — évoqué plus tard comme l’un des moments les plus heureux de sa vie — qu’il visitera Toulouse et fera la connaissance de deux de ses plus chers amis : le flamand Louis Santus de Beringen, maître de chapelle du cardinal Giovanni Colonna, que Pétrarque surnommera son Socrate et à qui sont dédiées les Lettres familières, et le romain Angelo Tosetti qu’il nommera son Laelius et à qui il adressera plusieurs de ses lettres . Giacomo le recommande à son frère le cardinal Giovanni dont il devient le chapelain et au service duquel il restera jusqu’en 1347. C’est à cette époque qu’il compose une comédie latine aujourd’hui perdue (Philologia Philostrati) et qu’il commence un travail philologique novateur et de grande ampleur sur le texte de Tite-Live.

1333
Pétrarque effectue un long voyage dans le Nord de l’Europe, à Paris, Gand et Liège. C’est dans cette dernière ville qu’il découvre les manuscrits de deux discours de Cicéron, le Pro Archia et le Ad equites romanos aujourd’hui considéré comme apocryphe. Le voyage se poursuit par Aix-la-Chapelle, Cologne, les Ardennes, puis Lyon et Avignon où Pétrarque fait la connaissance du bibliophile anglais Richard de Bury, auteur du célèbre Philobiblon et ambassadeur à Avignon du roi Édouard III à propos duquel, dans une lettre familière datée de 1352, il évoquera la guerre de Cent ans . Il fait également la connaissance du moine augustin Dionigi da Borgo San Sepolcro qui lui offrira un exemplaire des Confessions de saint Augustin. Pétrarque conserva toute sa vie ce livre qui eut une valeur emblématique en raison de son oscillation constante et souvent déchirante entre philosophie païenne et sagesse chrétienne.

1335
Il reçoit du pape Benoît XII le bénéfice du canonicat de Lombez. Il adresse une lettre (Epystulae, I 2) au pape qui ne sera que la première d’une longue série de requêtes similaires pour obtenir le rapatriement du siège pontifical à Rome. À Avignon, il fait la connaissance d’Azzo da Correggio, oncle du seigneur de Vérone Mastino della Scala qui venait de s’emparer de Parme, et de l’humaniste véronais Guglielmo da Pastrengo. Il assiste efficacement les deux hommes dans leur défense juridique contre les Rossi, anciens maîtres de Parme. Pétrarque noue ainsi des rapports politiques avec la famille des Correggio au pouvoir dans la ville émilienne.

1336
C’est le 26 avril de cette année qu’est située l’ascension réelle ou fictive du mont Ventoux qui inspirera l’une des lettres les plus célèbres de la correspondance de Pétrarque (Fam., IV 1). Cette lettre donnera au rapport du poète avec la spiritualité augustinienne un caractère structurant et emblématique . Au cours de ce même printemps, il fait la connaissance du grand peintre siennois Simone Martini et entame une première ébauche de mise en forme de son Chansonnier. Deux sonnets du Chansonnier (77 et 78) font allusion à une miniature de Laure peinte par Simone Martini qui n’a pas été conservée. À la fin de l’année il entreprend son premier voyage à Rome et prend conscience de la situation désolante dans laquelle les luttes entre les grandes familles (notamment celles des Colonna et des Orsini) plongent la ville et le Latium tout entier. Dans le même temps, l’admiration qu’il témoigne (Fam., II 14, 3) pour la grandeur de la Cité encore perceptible dans ses magnifiques vestiges contribue à ancrer en lui ce « patriotisme romain » qui sera une des constantes de son œuvre tant latine que vernaculaire.

1337
Pétrarque achète une maison à Vaucluse, sur les bords de la Sorgue. Il fait la rencontre de Philippe de Cabassoles, évêque de Cavaillon. Naissance de son fils Giovanni. Début de la composition du De viris illustribus, œuvre d’érudition historique composée de 37 portraits d’hommes illustres de l’Antiquité qui demeurera inachevée et à laquelle il continua à travailler jusqu’en 1366.

1338
Il commence la rédaction de son grand poème épique latin l’Africa, destiné lui aussi à demeurer inachevé (seuls neuf des douze livres canoniques prévus seront composés). Ce poème en hexamètres est basé sur la seconde guerre punique menée contre Carthage par Scipion l’Africain. Le poète pensait que l’Africa lui procurerait la gloire littéraire et il continua à y travailler sa vie durant. C’est aussi en 1338 qu’il commence la composition des Triomphes par le premier d’entre eux, le Triomphe de l’Amour.

1340
Le 1er septembre il reçoit en même temps deux propositions émanant de l’Université de Paris et de la Commune de Rome qui désirent lui conférer la distinction du laurier poétique. Il opte évidemment pour la seconde ville et choisit le patronage du roi de Naples Robert d’Anjou, celui-là même que Dante (Paradis, VIII 147) appelait dédaigneusement « re da sermone » (« roi qui n’est bon qu’au prêche »).

1341
Parti d’Avignon en février, il se rend d’abord à Naples où il est retenu trois jours durant par le roi Robert et fait la connaissance de Barbato da Sulmona et Giovanni Barrili, deux personnalités représentatives du cercle de lettrés de la cour angevine. Ils deviendront tous deux ses correspondants et seront également liés à Boccace. Le 8 avril, il est couronné sur le Capitole et reçoit le Privilegium lauree, distinction qui lui donne le droit d’enseigner l’art poétique et l’histoire, ce qu’il se refusera toujours à faire malgré les nombreuses sollicitations qui lui furent adressées. Son éloge fut prononcé par le patriarche de la famille Colonna, Stefano l’Ancien. Le cérémonial solennel de cette manifestation contribua à établir la stature intellectuelle de Pétrarque qui devint alors une sorte de modèle idéal pour les savants et les lettrés d’Italie et d’Europe. Sur le chemin du retour, il est l’hôte d’Azzo da Correggio à Selvapiana dans la vallée de l’Enza, aux environs de Parme. À l’automne, lui parvient la nouvelle de la mort de son ami et premier protecteur Giacomo Colonna.

1342
Il adresse au roi Robert une lettre en vers (Epystulae metricae, I 13) à l’occasion de la mort de Dionigi da Borgo San Sepolcro qui était devenu le conseiller du monarque. Revenu en Provence à la fin de l’hiver, il poursuit la rédaction des Triomphes. Mort du pape Benoît XII (Jacques Fournier, 1334-1342) auquel succède le 7 mai Clément VI (Roger de Beaufort, 1342-1352) qui nommera successivement Pétrarque ambassadeur du Saint-Siège (1343), protonotaire apostolique (1346) et archidiacre de Parme (1350). Une ambassade de 18 membres de la noblesse romaine conduite par Stefano Colonna le Jeune, fils du patriarche de la famille, se rend à Avignon pour demander au nouveau pape le retour de la papauté à Rome et l’instauration d’une année jubilaire tous les cinquante ans. Pétrarque appuie ces deux demandes dans une de ses lettres en vers (Epystulae metricae, II 5) où, s’adressant au pontife au nom de Rome en une vibrante prosopopée, il le supplie, en tant que « très cher époux » de revenir dans la Ville. Pétrarque obtient un canonicat à Pise et un autre à Migliarino (une localité proche des environs de cette ville) dont il ne pourra cependant jamais profiter des bénéfices. Au cours de l’été, il tente de s’initier au grec sous le magistère de Barlaam, moine calabrais de l’ordre de saint Basile. Le 21 août il entame une première sélection de ses poèmes consignés dans le manuscrit Vaticanus latinus 3196 en transcrivant quatorze pièces (les pièces 31-34, 41-46, 49, 58, 60, 64 et 69 du recueil définitif consigné dans le Vaticanus latinus 3195, auquel Pétrarque mit l’ultime main le 18 juillet 1374, la veille de sa mort).

1343
Au mois de février il apprend la mort de Robert d’Anjou tandis qu’un changement intervient à Rome où un nouveau gouvernement communal fondé sur les corporations et la bourgeoisie citadine prend le pouvoir. Cola di Rienzo est envoyé par Rome en ambassade auprès de Clément VI à Avignon. Fils d’un tenancier de taverne et d’une lavandière, Cola est une sorte de tribun sanguin et charismatique vivant dans le mythe de la Rome antique. Il séduit Pétrarque, lequel verra plus tard en lui l’homme providentiel capable de rétablir la puissance romaine. En avril, le frère de Pétrarque, Gherardo, auquel le poète était très lié, entre dans l’ordre des Chartreux et se retire dans la chartreuse de Montrieux. Naissance du second enfant de Pétrarque, une fille du nom de Francesca. Dans la lettre Posteritati (« à la Postérité »), Pétrarque affirme qu’il n’eut plus de rapport charnel avec les femmes à partir de cette date. Le malaise spirituel consécutif à l’entrée de son frère dans les ordres et à la naissance de sa fille est exprimé dans le sonnet 189 du Chansonnier « Passa la nave mia colma d’oblio » (« Passe ma nef comblée d’oubli »). Il commence la rédaction des Rerum memorandarum libri, dont seuls les quatre premiers livres furent achevés, sorte de recueil des faits et des dits mémorables à l’imitation de l’historien latin Valère-Maxime. En septembre, il part en mission pour Naples et reprend contact avec Giovanni Barrili et Barbato da Sulmona.

1344
Il s’installe à Parme, mais assiste désespéré à l’exacerbation des rivalités et des conflits entre les princes italiens. Azzo da Correggio cède la ville à Obizzo d’Este et s’attire l’hostilité des Visconti de Milan et des Gonzaga de Mantoue. Pétrarque compose à cette occasion la très célèbre chanson 128 dite « All’Italia » du Chansonnier (« Italia mia, benchè ‘l parlar sia indarno » / « Mon Italie, quoique les mots soient impuissants ») dont Machiavel citera l’envoi dans la conclusion de son traité du Prince.

1345
Il est contraint d’abandonner Parme assiégée et de se réfugier à Vérone où il fait la découverte, pour lui capitale, d’un manuscrit des seize livres de la correspondance de Cicéron qu’il recopie aussitôt (Fam., XXI 10). Frappé de découvrir un Cicéron intime, plein d’hésitations et de doutes, loin de l’image idéale qu’il en avait jusqu’alors, il compose une lettre fictive (Fam., XXIV 3) dans laquelle il tance l’écrivain latin. Cette révélation sera sans aucun doute fondamentale pour le pousser à entreprendre lui-même ses grandes œuvres épistolaires. Dans cette même bibliothèque du chapitre de Vérone, il a également accès à un manuscrit de Catulle qui suscitera un grand intérêt chez les poètes humanistes néo-latins des générations postérieures. Après être rentré à Parme, puis revenu à Vérone, il retourne en Provence en passant par le Tyrol et la vallée du Rhône.

1346
Il rédige le De vita solitaria dédié à Philippe de Cabassoles, traité ascétique en deux parties qui s’attache à définir l’idéal d’une sagesse chrétienne. Il compose quelques-unes des pièces qui composeront le Bucolicum carmen, recueil de douze églogues allégoriques qui dissimulent notamment des allusions à la situation politique contemporaine (politique de la papauté, situation du royaume de Naples, action de Cola di Rienzo). Il obtient le canonicat de la cathédrale de Parme.

1347
Année de la chute de Calais aux mains des Anglais. Il compose le De otio religioso qu’il dédie aux chartreux de Montrieux après avoir rendu visite à son frère Gherardo. Dans ce texte dont l’inspiration mystique et ascétique est encore plus forte que dans le De vita solitaria, Pétrarque exprime l’un des traits caractéristiques de sa pensée philosophique qui marquera de son empreinte les penseurs humanistes de la Renaissance : son mépris pour le savoir scolastique, véritable dégradation de l’aristotélisme, stérile et vaniteuse traduction d’une incapacité à embrasser la véritable sagesse qui passe par une démarche introspective et intérieure. Le 20 mai, Cola di Rienzo prend le pouvoir à Rome à la suite d’un soulèvement populaire. Pétrarque lui adresse plusieurs lettres de soutien (cf. la célèbre Hortatoria dans les Epistulae variae, 48) et rompt avec les Colonna (cf. l’églogue « Divortium » in Bucolicum carmen, VIII), emblèmes de cette noblesse romaine responsable de l’abjection dans laquelle est tombée la ville. Mais à la fin du mois de novembre, alors qu’il est en route pour Rome, il apprend la nouvelle de l’échec de l’entreprise de Cola auquel il manifeste alors sa déception (Fam., VII 7). Il commence une première version du Secretum, dialogue fictif en trois journées entre saint Augustin et Pétrarque lui-même, désigné par son prénom de Franciscus, en présence d’une femme d’une lumineuse beauté représentant la Vérité. Ce dialogue constitue une mise à nu des conflits intérieurs les plus intimes qui déchirent l’âme du poète.

1348
La terrible épidémie de peste noire qui va décimer l’Europe éclate au printemps. Pétrarque se trouve à Parme qui est passée sous la domination de Luchino Visconti. Le 19 mai, lui parvient une lettre de son amis Louis de Beringen qui lui apprend la mort de Laure qu’il consigne dans la note marginale déjà évoquée de son manuscrit des œuvres de Virgile (« et in eadem civitate eodem mense Aprili eodem die sexto eadem hora prima, anno autem MCCCXLVIII ab hac luce lux illa subtracta est » / « et dans cette même ville, au cours du même mois d’avril ; en ce même sixième jour et en cette même première heure mais en l’année 1348, cette dame de lumière fut soustraite à la lumière du jour »). Cette même missive l’informe aussi de la mort du cardinal Giovanni Colonna, son ancien protecteur. Il rédige les sept Psaumes pénitentiaux .

1349
L’évêque de Parme Ugolino Rossi à la famille duquel Pétrarque s’était opposé en défendant Mastino della Scala et Azzo da Correggio en 1335, rend difficile son séjour dans cette ville. Pétrarque se rend donc à Padoue, la ville qui deviendra le centre principal de la seconde moitié de sa vie, sur l’invitation du seigneur Giacomo da Carrara. Le 18 avril, il est nommé chanoine de la cathédrale de la ville. Il se rend en Vénétie (Vérone, Trévise, Venise) et dans cette dernière ville fait la connaissance du doge Andrea Dandolo (1343-1354). Plusieurs de ses amis meurent de mort violente, comme Mainardo Accursio assailli par des brigands, ou de la peste comme les hommes d’État Luchino Visconti, Paganino da Bizzozzero et le poète Senuccio del Bene (cf. Fam., VIII 7-9).

1350
Il écrit la lettre d’introduction au recueil des Lettres familières (24 livres en tout) et la première des Epystulae metricae dédiée à Barbato da Sulmona. C’est de cette année qu’on peut dater le sonnet d’introduction au Chansonnier (« Voi ch’ascoltate in rime sparse il suono »). Au mois d’octobre, il se rend à Rome pour le jubilé et sur le chemin du retour fait halte à Florence où il prend contact avec un groupe de jeunes humanistes italiens qui l’admirent et demeureront ses fidèles disciples (Boccace, Zanobi da Strada, Francesco Nelli et Lapo da Castiglionchio qui lui offre un manuscrit des Institutions oratoires de Quintilien). Il se rend à Arezzo pour une visite à sa maison natale et revient à Parme où il apprend la nouvelle de l’assassinat de Giacomo da Carrara, le seigneur de Padoue.

1351
Il séjourne à Padoue auprès de Francesco da Carrara et tente d’empêcher la guerre entre Gênes et Venise (Fam., XI 8). Au mois de mars il reçoit la visite de Boccace qui lui offre une chaire au « Studium » de Florence. Soucieux de préserver son indépendance, Pétrarque décline cette offre. Le 3 mai, il part pour la Provence et reprend la rédaction du De viris illustribus qu’il complète en y ajoutant les biographies de grands hommes antérieurs à Romulus. Il refuse la charge de secrétaire pontifical que lui offre Clément VI et pour se défendre des attaques qui circulent contre lui dans les milieux de la Curie, compose plusieurs de ses lettres sans titre (Sine nomine).

1352
Pétrarque polémique contre les médecins de l’entourage du pape en composant le premier livre de ses Invectivae contra medicum et poursuit la rédaction des Lettres familières et de l’Africa. Il intervient en faveur de Cola di Rienzo qui est emprisonné à Avignon après avoir vainement tenté lors d’un voyage à Prague de convaincre l’empereur Charles IV de Bohème de prendre la tête d’une entreprise politique et eschatologique en faveur de l’Italie (Fam., XIII 6). Le 6 décembre, Clément VI meurt et c’est le cardinal limousin Étienne Aubert qui lui succède sous le nom d’Innocent VI (1352-1362). Le nouveau pontife, bien qu’hostile à Pétrarque, libère Cola di Rienzo afin de s’en servir pour restaurer l’ordre à Rome sous la direction du cardinal espagnol Egide Albornoz.

1353
Il ajoute trois autres livres à ses Invectivae contra medicum et au mois d’avril, prend la décision de quitter définitivement la Provence pour s’installer en Italie. Après avoir rendu une dernière visite à son frère Gherardo à Montrieux, il passe le col du Montegenèvre d’où il adresse un salut solennel à l’Italie (Epystulae metricae, III 24) et vient s’installer à Milan où il accepte l’hospitalité de l’archevêque et seigneur de la ville, Giovanni Visconti, au grand scandale de ses admirateurs florentins, dont Boccace, qui considèrent l’archevêque comme le prototype même du tyran et l’État milanais comme l’antithèse de la « libre » commune de Florence.

1354
Au service de Giovanni Visconti, il se rend à Venise comme ambassadeur pour intervenir en faveur d’une paix entre Gênes et Venise. Il fait la connaissance de Marin Faliero, le doge qui succèdera à Andrea Dandolo en 1354 et sera déposé et décapité un an plus tard pour conspiration contre la République. Il entreprend la rédaction du traité De remediis utriusque fortunae dédié à Azzo da Correggio et qui comprend deux livres comptant respectivement 122 et 131 dialogues dans lesquels la Raison apprend successivement aux quatre protagonistes allégoriques (Joie et Espérance dans le premier livre, Douleur et Crainte dans le second) à rester constants dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. Le 17 octobre il prononce l’oraison funèbre de Giovanni Visconti qui venait de mourir et auquel succèdent ses trois neveux Matteo, Galeazzo et Bernabò. Au mois de novembre, l’empereur Charles IV reçoit Pétrarque à Mantoue.

1355
Charles IV est couronné empereur à Rome le 5 avril, mais à la grande déception de Pétrarque, il quitte la ville peu après. Pétrarque lui adresse une lettre de reproche (Fam., XIX 12). Le poète répond par une invective (Invectiva contra quendam magni status hominem sed nullius scientie aut virtutis) aux attaques fielleuses qu’avait lancées contre lui le cardinal Jean de Caraman, protonotaire apostolique qui s’était pourtant professé son ami dans le passé.

1356
Toujours au service des Visconti, il se rend à Prague au mois de mai et à son retour séjourne un mois à Bâle. Il est nommé comte palatin par l’empereur et noue des rapports avec Pandolfo Malatesta, seigneur de Rimini et condottiere au service des Visconti. Il compose une seconde rédaction du Chansonnier comprenant cette fois 171 compositions (les actuelles pièces 1-142 et 264-292 auxquelles il faut ajouter une ballade — « Donna mi vène spesso nella mente » — qui fut par la suite écartée).

1357
Il passe l’été dans le monastère chartreux de Garegliano où il corrige le Triomphe de l’Amour. À l’automne, il achève le Bucolicum carmen et retouche le De otio religioso.

1358
Il rédige l’Itinerarium syriacum pour Giovanni Mandelli, condottiere de famille noble, originaire de Côme et lié aux Visconti. Mandelli l’avait invité à se joindre à lui pour un pèlerinage en Terre Sainte. Pétrarque, se livrant à une description géographique et historique des différentes étapes de cet itinéraire, conseille notamment à Mandelli de ne pas manquer d’aller voir les fresques peintes par Giotto dans la chapelle du palais royal de Castelnuovo à Naples (fresques aujourd’hui perdues). Il fait la connaissance à Padoue d’un étrange et fantasque personnage, Leonzio Pilato (1310-1366), érudit calabrais qui traduira en latin l’Iliade et l’Odyssée. Pétrarque et Boccace l’inciteront vainement à œuvrer à l’instauration des études grecques en Italie.

1359
Il reçoit la visite de Boccace à Milan et s’entretient avec lui au sujet de Dante. On possède un écho de ces discussions et du jugement que Pétrarque porte sur son grand prédécesseur dans la lettre familière XXI 15 adressée à Boccace. Il commence l’élaboration de la première forme qui nous soit conservée du Chansonnier, celle dite « Chigi », du nom du manuscrit Vaticano Chigiano L.V. 176 qui a été transcrit par Boccace et dans lequel le recueil est divisé en deux parties comprenant respectivement 163 et 41 compositions.

1360
Dans sa nouvelle demeure de San Simpliciano, non loin de Milan, Pétrarque accueille son fils Giovanni avec lequel il s’est réconcilié après de nombreuses brouilles. Il voyage de nouveau à Padoue et Venise. Il achève la première rédaction du De remediis. En décembre, il se rend en mission auprès du roi de France Jean II le Bon libéré de sa captivité par les Anglais à la suite du traité de Brétigny.

1361
Le discours qu’il prononce le 13 janvier devant la cour de France (Collatio coram illustri domino Iohanne Francorum rege) obtient un très grand succès et Pétrarque renoue avec l’humaniste français Pierre Bersuire, traducteur de Tite-Live qu’il avait connu près de trente ans auparavant (Fam., XXII 13). Revenu à Milan en mars, il adresse une lettre à l’empereur (Fam., XXIII 2) pour lui demander de rétablir le siège de la papauté à Rome. Pour échapper à l’épidémie de peste il quitte Milan pour Padoue et apprend la mort durant l’été de son fils Giovanni et de Louis de Beringen. Il entreprend la confection d’un nouveau recueil épistolaire dédié à Francesco Nelli qu’il surnomme son « Simonide » : les Lettres de la vieillesse (Seniles).

1362
Au mois de mai, Pétrarque quitte Milan pour Padoue. Il écrit à Boccace (Sen., I 5) pour le dissuader d’abandonner l’étude des classiques à la suite d’une crise spirituelle. Au mois de septembre, Pétrarque s’installe à Venise où il prend demeure au palais Molin sur le quai des Esclavons. Il écrit au chancelier Benintendi Ravagnani (Epistulae variae, 43) pour lui faire part de son intention de léguer sa bibliothèque à la république de Venise. Au mois d’octobre, Innocent VI meurt et c’est le bénédictin Guillaume de Grimoard, abbé de Saint-Victor à Marseille qui est élu sous le nom d’Urbain V (1362-1370). Pétrarque fondera de grands espoirs en partie exaucés sur l’action de ce pape à qui il écrivit la très longue Lettre de vieillesse VII 1 ainsi que trois autres missives (Sen., IX 1; XI 1 et 12). À la fin de l’année, il apprend la mort de celui qui avait été son premier protecteur laïc, Azzo da Correggio.

1363
Boccace séjourne pendant trois mois à Venise où il est l’hôte de Pétrarque. Le poète apprend la mort de trois de ses plus chers amis : Angelo Tosetti (son « Laelius »), Francesco Nelli (son « Simonide ») et Barbato da Sulmona. Il travaille à la rédaction du Triomphe de la Renommée. Il séjourne à Pavie à l’invitation des Visconti et rend visite à sa fille Francesca, son gendre Francescuolo da Brossano et sa petite-fille Eletta.

1364
Après un séjour à Bologne, il se rend dans le Casentin à l’invitation du comte Roberto da Battifolle. Il prend à son service le copiste Giovanni Malpaghini de Ravenne, un élève de Donato Albanzani, qui commence à transcrire les Lettres familières. À l’automne, il se rend aux thermes d’Abano pour y soigner un accès de gale.

1365
Il séjourne à Pavie jusqu’à la fin de l’année. Le faux bruit de sa mort se répand et le prive d’un bénéfice à Carpentras qu’Urbain V voulait lui accorder.

1366
Donato Albanzani lui apprend la nouvelle de la mort de Leonzio Pilato. Sa fille et son gendre prennent demeure chez lui et Francesca donne naissance à un fils, le petit Francesco. Il achève la transcription du De vita solitaria dont il envoie le manuscrit à Philippe de Cabassoles. Giovanni Malpaghini commence la transcription du Chansonnier dans le manuscrit Vaticanus latinus 3195. Cet état comprend les actuelles pièces 1-120, 122-178, 180-190 pour ce qui est de la première partie, et 264-318 pour la seconde. Le frontispice du manuscrit porte le titre latin que Pétrarque voulut donner à son recueil : Francisci Petrarche laureati poete rerum vulgarium fragmenta. Pétrarque termine la composition du De remediis et du Bucolicum carmen. À la fin de l’année, il est de retour à Venise.

1367
Le poète se trouve à Padoue lorsque brusquement Giovanni Malpaghini lui annonce son intention d’abandonner son service. Malpaghini se met en route pour la Provence, mais s’arrête à Pavie, chez le gendre de Pétrarque Francescuolo da Brossano où Pétrarque le retrouve. Malpaghini se remet à son service pour une brève période. C’est en se rendant de Venise à Pavie par voie fluviale que Pétrarque rédige son invective De suis ipsius et multorum aliorum ignorantia contre quatre jeunes averroïstes de l’université de Padoue qui l’avaient accusé d’ignorance. En juin, Urbain V part pour l’Italie et s’installe d’abord à Viterbe, puis fait son entrée triomphale à Rome le 26 octobre, mais la mort d’Albornoz sera suivie de désordres qui convaincront bientôt le pape de revenir sur sa décision. De retour à Venise à la fin de l’année, Pétrarque y poursuit la confection du Chansonnier en ajoutant au Vaticanus latinus 3195 les actuelles pièces 179 et 191-198 pour la première partie et 319-321 pour la seconde.

1368
Nouvelle lettre à Urbain V (Sen., IX 1) pour l’encourager à ne pas quitter Rome. Mort de son petit-fils Francesco. Giovanni Malpaghini l’abandonne définitivement. Revenu à Padoue, il achève la rédaction du De viris illustribus qu’il dédie au seigneur de la ville Francesco da Carrara, auquel il fournit les sujets pour les fresques de la salle des Géants. Il accompagne Francesco da Carrara à Udine pour y rencontrer l’empereur Charles IV. Il assiste à Milan aux noces de la fille de Galeazzo Visconti, Violante. Il songe à s’installer définitivement à Padoue où Francesco da Carrara lui fait don de la petite propriété d’Arquà dans les monts Euganéens : Pétrarque se fit construire en ces lieux une modeste demeure. Il se lie d’amitié avec l’humaniste Lombardo della Seta et le médecin Giovanni Dondi dell’ Orologio. Il reçoit une nouvelle visite de Boccace.

1369
Dernier séjour à Pavie. Il se met en route pour Rome à la demande du pape. Il est victime d’une fièvre qui altère gravement sa santé.

1370
Le 4 avril il rédige son testament en prévision de son départ imminent pour Rome. En chemin, à Ferrare, il est frappé par une syncope et doit revenir à Padoue (Sen., XI 17). En septembre, les cardinaux français parviennent à convaincre le pape de rentrer à Avignon, malgré les objurgations de sainte Brigitte de Suède. Urbain V meurt trois mois après son retour le 19 décembre et c’est le cardinal Pierre Roger de Beaufort Turenne qui lui succède sous le nom de Grégoire XI (1370-1378), lequel rétablira définitivement la papauté à Rome le 17 janvier 1377, réalisant ainsi de façon posthume le grand dessein que Pétrarque avait formé.

1371
Pétrarque reprend la rédaction de sa lettre Posteritati qui forme à elle seule le XVIIIe et dernier livre des Lettres de la vieillesse. Sur la suggestion du prieur des Camaldules Giovanni degli Abbarbagliati, il ajoute un appendice (l’Addictio romualdiana) à son De vita solitaria.

1372
Mort de Philippe de Cabassoles auquel il avait le projet de rendre visite à Pérouse où ce dernier était légat pontifical. La guerre éclate entre Padoue et Venise et le poète doit quitter Arquà pour se réfugier à Padoue. Dans son manuscrit de Virgile, il écrit les mots suivants : « Heu, prope iam solus sum ! » / « Hélas ! Désormais je reste presque seul ! » Achèvement de l’état dit « Malatesta » du Chansonnier dont Pétrarque avait envoyé copie à Pandolfo Malatesta (cf. Epistulae variae, 9 et Sen., XIII 11) — on en possède un manuscrit apographe de la fin du XVe siècle (Laurenziano 41, 17). Cet état comprend dans un ordre quelque peu altéré presque toutes les pièces de l’état définitif et des séquences 244-263, 344-350, 357-358 et 360-365.

1373
En réponse à un écrit anti-italien de Jean de Hesdin dirigé contre la seconde lettre adressée par Pétrarque à Urbain V (Sen., IX 1), le poète rédige l’Invectiva contra eum qui maledixit Italiae. Il donne une traduction latine de la nouvelle X, 10 du Décameron de Boccace (la célèbre nouvelle de Griselidis). Il revient à Arquà après la fin du conflit entre Venise et Padoue. Il apporte de nouvelles corrections au Triomphe de l’Amour. Il réorganise à nouveau le Chansonnier selon la forme dite « Queriniana », du nom de l’apographe de la fin du XIVe siècle conservé dans la « Biblioteca Queriniana » de Brescia (ms. D II 21). Il écrit une dernière lettre à Boccace qui constitue une sorte de testament spirituel (Sen., XVII 2).

1374
Le 15 janvier il commence la rédaction du Triomphe de l’Éternité. Il envoie au jeune moine augustin Luigi Marsili de Florence le manuscrit des Confessions qu’il avait lui-même reçu quarante ans auparavant d’un autre augustin, Dionigi da Borgo San Sepolcro. Il travaille encore à la mise en ordre du Chansonnier en donnant une numérotation spécifique aux trente et une dernières pièces pour indiquer leur place dans le recueil final.
Pétrarque mourut dans la nuit du 18 au 19 juillet, la veille de son soixante-dixième anniversaire. Ses amis le retrouvèrent le matin, le front appuyé sur une biographie de César qu’il était en train de rédiger , alors que sa main s’était arrêtée sur un renvoi aux lettres de Cicéron. — C’est ainsi que le représente une toile du peintre lucquois Gualtiero De Bacci Venuti (1857-1938) intitulée La morte di Petrarca et conservée à la « casa Petrarca » d’Arezzo.

Frank LA BRASCA


 

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