Nous écrire
Le numéro du mois
Déjà parus
Quelques pages d'histoire
Galerie virtuelle
L'Association des Amis
Abonnement & commande

 

Moteur de recherche
Nous écrire

 

Wittgenstein

Octobre 2004

 

Quelques feuillets de pensée dans le sac à dos de Wittgenstein

Comme bon nombre d’amateurs de littérature autrichienne, j’ai d’abord approché Wittgenstein le philosophe à travers la lecture de Thomas Bernhard l’écrivain. La façon qu’a Bernhard de s’approprier la vie et la pensée de Wittgenstein en une mystification géniale a redonné corps tant à l’homme qu’à l’œuvre. Mais Bernhard a fait plus : il a pris le sac à dos de Wittgenstein et ramené ses pensées dans son pays. Ce faisant, il est devenu l’un de ses proches héritiers.
Né en 1889 dans l’une des familles les plus riches et les plus cultivées de Vienne, Ludwig Wittgenstein n’a pourtant apparemment rien de commun avec Thomas Bernhard, enfant illégitime, né en 1931, dans un milieu populaire et rural. Le premier est philosophe et le second est écrivain. On peut cependant disposer les choses autrement et prêter attention à certains traits de leur vie et de leur œuvre — l’obsession du suicide, le refus de l’héritage, l’exil de la pensée, l’écoute intensive de la musique, les maisons, la question de la limite. On peut alors considérer au contraire que ces deux hommes ont partagé l’essentiel : un même désespoir, une même ambition et une même exigence.
Comme Ingeborg Bachmann, Bernhard redécouvrit Wittgenstein dans les années 60, à une époque où l’Autriche de l’après-guerre voulait encore tout ignorer de sa modernité. Ce penseur exilé, autodidacte, marginal et juif devint plus qu’une référence savante pour cette génération d’écrivains, eux-mêmes isolés dans une Autriche amnésique et conservatrice. Ils firent de Wittgenstein le modèle de l’intellectuel autrichien et de son œuvre un legs de la modernité autrichienne. Bachmann lui consacra dans les années 50 plusieurs émissions radiophoniques et tenta en vain d’inciter les éditions Suhrkamp à publier son œuvre intégrale. Dans La Trentième Année (1961) et Malina (1971), l’écrivain se livre à une confrontation poétique avec la pensée de Wittgenstein. C’est dans ces mêmes années que Bernhard Leitner entreprend de sauver la maison construite par Wittgenstein dans les années 20 à Vienne. C’est également dans ces mêmes années que Thomas Bernhard entame de façon souterraine son dialogue littéraire avec Wittgenstein, avec la parution de sa nouvelle Marcher (1971), dialogue qui deviendra officiel avec la parution du Neveu de Wittgenstein (1983).
Thomas Bernhard possédait dans sa bibliothèque un exemplaire du Tractatus et des Recherches philosophiques. Bon nombre de ses déclarations attestent de sa fascination pour la philosophie en général et pour la vie et l’œuvre de Wittgenstein en particulier. Il concède dans l’un de ses entretiens avec Sepp Dreisinger aimer fraternellement Wittgenstein et aimer ses phrases, pour la beauté de leur construction et leur effet bénéfique sur l’imagination. « La philosophie, on ne devrait l’écrire qu’en poèmes », déclarait Wittgenstein. Comme celle de Wittgenstein, toute l’œuvre de Thomas Bernhard peut être lue comme l’appropriation d’une forme de pensée qui est en même temps un style de vie et un style d’écriture. « Se frotter à la philosophie, à ce qui est écrit — confie-t-il dans son monologue filmé Trois jours — est la chose la plus dangereuse, surtout pour moi. » Et c’est dire. Toute l’œuvre de Bernhard peut être également lue comme la traduction littérale de l’injonction du philosophe : « Philosopher, c’est détruire le philosophe qui est en nous. »
Citons, par exemple, dans le dernier volet de l’autobiographie Un enfant, ces propos du grand-père — que Bernhard définit comme son « véritable philosophe » —, propos qui rappellent très fortement la préface du Tractatus : « Et si dans toute la vie nous recevions sans interruption les réponses à des questions et si nous avions finalement trouvé les réponses de toutes les questions, en fin de compte, nous n’aurions quand même pas beaucoup avancé, ainsi parlait mon grand-père. » Bernhard use tout au long de son œuvre de la référence à Wittgenstein sur un mode tantôt comique tantôt tragique qui démythifie à sa manière l’image du philosophe intouchable à la pensée absconse. « Une pensée en avais-je une fondée sur des faits en avais-je une d’une réelle valeur la mère la noyait dans la soupe », s’exclame la sœur de Ludwig dans Déjeuner chez Wittgenstein. Ce maniement ludique et ostentatoire du vocabulaire philosophique de Wittgenstein, cette façon d’en reprendre les termes, ici les faits et la valeur, pour les faire fonctionner dans le contexte ordinaire voire trivial de la conversation peut s’apparenter à une traduction grotesque de ce que Wittgenstein avait lui-même défini comme un jeu de langage.
Le 2 mars 1971, Thomas Bernhard écrivait à Hilde Spiel : « Je vous ai promis un article pour votre Ver Sacrum — “quelque chose sur Ludwig Wittgenstein”, voilà ce que vous me demandez, et je retourne cette idée dans ma tête depuis deux semaines […] et la difficulté d’écrire quelque chose sur la philosophie de Wittgenstein, qui est avant tout poésie, puisque selon moi il s’agit, dans le cas de Wittgenstein, d’un intellect (CERVEAU) poétique de part en part, par conséquent d’un CERVEAU philosophique et non d’un philosophe — cette difficulté est extrême. C’est comme s’il me fallait écrire quelque chose sur moi-même (phrases !), et c’est chose impossible. C’est un état de culture et d’histoire du cerveau qui ne se laisse pas décrire. La question n’est pas : écrire sur Wittgenstein. La question c’est : suis-je Wittgenstein, ne serait-ce qu’un instant, sans le détruire, lui (W.) ou moi (B.) ? À cette question je ne peux pas répondre, par conséquent, je ne peux pas écrire sur Wittgenstein […] il est la pureté de Stifter, la clarté de Kant réunies en UN, et le plus grand depuis (et avec) Stifter. Ce que nous n’avons pas eu de Novalis, cet Allemand, nous le trouvons à présent en Wittgenstein — et encore une phrase : W. est une question à laquelle il ne peut y avoir de réponse […]. Ainsi, je n’écris pas sur Wittgenstein, parce que je ne peux pas, mais parce que je ne peux pas lui apporter de réponse, par quoi tout s’explique de soi-même. »
Dans un style iconoclaste, qui mêle à la fois la rhétorique épistolaire ordinaire, le ton sentencieux des propositions du Tractatus et le style dialogué des Recherches, Bernhard s’adonne dans cette lettre à une parodie du style de pensée wittgensteinien à partir de l’expression « écrire sur Wittgenstein » : le « voir comme » (écrire sur Wittgenstein / être Wittgenstein), la question de la certitude (suis-je Wittgenstein), le langage privé (écrire sur moi-même). Ce que souligne également ce jeu, c’est le caractère dangereux de l’entreprise qui consiste pour un écrivain à écrire sur Wittgenstein, son impossibilité tragique (sans le détruire, lui ou moi) et son non-sens comique (tout s’explique de soi-même). Mais ne pas écrire sur Wittgenstein ne veut pas dire ne rien écrire sur Wittgenstein. C’est le faire autrement : en le considérant comme un héritage (ce que nous n’avons pas eu de Novalis, nous le trouvons en Wittgenstein), par comparaisons (la pureté de Stifter, la clarté de Kant, le plus grand depuis — et avec — Stifter) et à partir d’une conception stylistique de son œuvre (la philosophie de Wittgenstein est avant tout poésie). C’est donc à travers une activité, et non une réflexion, que Bernhard va donner une réponse effective à la demande d’Hilde Spiel d’écrire quelque chose sur Wittgenstein. Le roman Corrections (1975) marque la confrontation véritable de Bernhard avec Wittgenstein et transforme la question de l’écriture sur Wittgenstein en un héritage littéraire.
Lire Corrections, c’est d’abord immédiatement percevoir comme un air de famille entre trois personnages qui se ressemblent entre eux et qui ressemblent à d’autres : le narrateur à Bernhard, Roithammer à Wittgenstein, Höller à Stifter. Bernhard dispose ces personnages fictifs dans un même paysage géographique et culturel (la roche, la rivière, la vallée, le suicide, la musique, la mathématique). Wittgenstein parlerait d’un « album de famille ». Il superpose ces images et les oppose pour faire apparaître en quoi ils se ressemblent (la construction d’une maison / œuvre) et en quoi ils diffèrent par certains aspects (le franchissement de la limite). « La saisie des aspects », dirait Wittgenstein. L’impression de cet air de famille ne peut bien entendu surgir que s’il est basé sur un minimum de traits en commun dans la biographie et l’œuvre de chacun des personnages réels. Il y a ensuite ce qui relève de l’imagination créatrice, du jeu fictif qu’un écrivain peut inventer à partir de cette réalité. Roithammer / Wittgenstein se tue dans une clairière et le Narrateur / Bernhard se retrouve alors avec tous les feuillets de la pensée de son ami d’enfance dans un sac à dos. Que faire d’une telle pensée ? La classer ? L’éditer ? Ou bien s’en faire l’héritier ? La ramener dans sa mansarde ? Écouter sa leçon, la comprendre comme une musique ? Bernhard donne à son récit la forme d’une correction, mouvement consubstantiel à la forme de pensée de Wittgenstein, mouvement par lequel la pensée renonce à ses illusions et reconnaît le non-sens de ses propositions. Comme Wittgenstein, Bernhard décloisonne sans les confondre les frontières entre la philosophie et la littérature. Surgit alors un air de famille, « des relations de papier » entre des « cerveaux » « philosophiques, poétiques de part en part ».

Lorsqu’en 1975, Bernhard publie son roman Corrections, la notoriété du philosophe Ludwig Wittgenstein, de même que la diffusion et la connaissance de son œuvre, sont loin d’être ce qu’elles sont devenues aujourd’hui. C’est à peu près à cette même période que paraît en France Le Mythe de l’intériorité, troisième ouvrage de Jacques Bouveresse consacré à la pensée de Wittgenstein qui servira de référence à toute une génération de chercheurs. En France comme en Autriche, la réception de Wittgenstein sera assez tardive et s’opérera d’abord en dehors puis en marge de l’institution philosophique. Il faut dire que dans ces deux pays, et pour des raisons différentes, la tâche à accomplir est âpre : du fait de l’emprise en France de la métaphysique allemande et de Heidegger, et en raison de la reconnaissance tardive en Autriche d’une tradition philosophique autrichienne, due en partie au tabou de l’exil massif des intellectuels et des artistes en 1938. Reconnaître Wittgenstein, c’est non seulement accepter de corriger radicalement sa manière de concevoir et de pratiquer la philosophie mais c’est également accepter l’héritage d’une tradition philosophique distincte de la tradition allemande et qui a été anéantie en 1938 par le nazisme.
Il faut donc attendre les années 80 et la redécouverte en France comme en Autriche de la modernité viennoise, grâce notamment à Vienne fin de siècle, l’ouvrage de l’historien américain de la culture Carl E. Schorske, pour que l’on commence à reconstituer le contexte social et culturel de cette effervescence scientifique et artistique, et pour que l’on restitue à Wittgenstein l’exigence éthique de toute une époque : cette façon dont des gens aussi différents que Freud, Loos, Schönberg, Kraus, Musil ou Wittgenstein ont vécu l’éclatement de leur monde sous l’effet du progrès, et, sans faire preuve d’aucune sentimentalité, avec précision et exactitude, se sont eux-mêmes révolutionnés. En France, les années 80 sont essentiellement marquées par un regain de traduction des textes de Wittgenstein. Avec la parution des Remarques sur la philosophie de la psychologie ou encore des Remarques sur les couleurs, des pans entiers d’une philosophie qui ne s’est jamais cantonnée à la seule question du langage mais s’est également confrontée à la question des états mentaux, de la subjectivité ou encore au champ visuel sont ainsi rendus accessibles, sans pour autant faire immédiatement l’objet de l’exploration systématique que mèneront par la suite des philosophes comme Christiane Chauviré ou Sandra Laugier. De même, la publication des Remarques mêlées, recueil de notes et d’aphorismes de Wittgenstein sur les valeurs, la civilisation, la culture ou encore la parution toute récente de ses Carnets secrets, carnets de route du jeune Wittgenstein aux prises avec l’écriture de son Tractatus, a dévoilé la parenté de sa recherche philosophique avec une recherche esthétique. Pourtant, là encore, il faudra attendre pour que son style philosophique, indissociable de sa relation intime à l’art, notamment à l’écoute et à la pratique de la musique, s’impose comme la caractéristique d’une écriture philosophique. Une autre résistance a entravé jusqu’à ces dernières années la pleine réception de la pensée de Wittgenstein en France. Il s’agit de la distinction voire de l’opposition virulente entre la philosophie dite « continentale » et la philosophie dite « anglo-saxonne » ou « analytique », courant auquel la philosophie autrichienne, Wittgenstein y compris, a été longtemps rattachée du fait de l’émigration en Angleterre ou aux États-Unis de ses derniers représentants. Ramener la pensée de Wittgenstein chez elle, comme le proposait le scénario fictif de Thomas Bernhard, nécessitait donc non seulement de pouvoir la resituer dans la tradition bannie de son lieu d’origine mais d’être également capable de la détacher du mode de pensée qu’elle avait inspiré dans ses territoires d’accueil. En un mot, il fallait autant rompre avec la métaphysique allemande qu’avec le positivisme anglo-saxon, et même éloigner Wittgenstein de la plupart des idées du Cercle de Vienne (voir l’article de Jean-Jacques Rosat). Et pratiquer sa pensée plutôt que chercher à l’annexer.

Ce numéro d’Europe montre qu’en ce début de XXIe siècle, et sous l’impulsion de travaux pionniers, notamment ceux de Jacques Bouveresse en France et de Stanley Cavell puis de Cora Diamond aux États-Unis, les études wittgensteiniennes ont pris un tournant méthodologique qui permet d’éclairer différemment les textes de Wittgenstein et de donner un sens nouveau à cette lecture (cf. la lecture du Tractatus par Pierre Hadot ou celle des Recherches philosophiques par Stanley Cavell). Nous publions ici une lettre inédite de Ludwig Wittgenstein à Arvid Sjögren que nous a confiée Cecilia Sjögren, sa fille, dans laquelle Wittgenstein écrit à propos de la religion : « Le chemin naturel pour moi, qui du reste, dans mon cas, a mené bigrement peu loin, passe par la pensée. Mais ce n’est tout de même pas le chemin qui pourrait être le meilleur. » Pour Wittgenstein, le chemin qui passe par la réflexion n’est pas meilleur que celui qui passe par une action ou par un mode de vie. Il est forcément difficile et frustrant par les renoncements qu’il exige de la part de celui qui pense (cf. Jacques Bouveresse). Le travail de la pensée est pour Wittgenstein autant une activité de clarification des concepts qu’il est un travail sur soi-même. Il nécessite de la part du philosophe qu’il se libère de sa propension à expliquer et à théoriser, pratiques qui détournent le langage de son fonctionnement ordinaire. Cette tension entre la vie de tous les jours et la philosophie, cette invitation à se transformer soi-même pour penser différemment apparente la philosophie de Wittgenstein à la tradition antique de l’exercice spirituel (cf. Arnold Davidson). Mais, au terme de ce chemin, celui qui pense devra qui plus est « jeter l’échelle » sur laquelle il vient de monter, reconnaître comme dépourvues de sens les phrases qu’il a lues (cf. James Conant). Une fois le corps du texte rejeté, celui qui pense peut alors se livrer à des exercices d’imagination pratique (cf. Emmanuel Bourdieu) ou encore au souvenir d’expériences absolues (cf. Emmanuel Halais). Ces nouvelles lectures s’appliquent également aujourd’hui à des écrits de Wittgenstein longtemps inexplorés, comme ceux qui abordent la question de la subjectivité (cf. Sandra Laugier et Layla Raïd) ou les mathématiques (Christiane Chauviré). Elles ouvrent des perspectives de recherche tout à fait novatrices quant à la manière non psychologique mais anthropologique de penser le sujet ou les objets mathématiques. Posture épistémologique qui n’est pas sans affinité avec le travail mené par Pierre Bourdieu dans le champ des pratiques sociales (cf. Bruno Ambroise). Conversion du regard qui n’est pas étrangère à son amitié avec Piero Sraffa (cf. Jean-Pierre Potier et Jean-Baptiste Para).
Il importait également de montrer que Wittgenstein n’était pas l’homme d’un seul chemin et qu’il s’était risqué sur d’autres voies pour accéder à la compréhension du langage, celle de notre langage ordinaire, de l’art ou de la religion (cf. Jacques Bouveresse). Wittgenstein ne fit pas que penser la philosophie comme une clarification de la grammaire du langage, il l’expérimenta en adoptant de nouveaux modes de vie. La période de sept années (1921-1928) qui sépare la publication du Tractatus du retour de Wittgenstein à Cambridge fut longtemps cantonnée à de simples événements biographiques dont on a négligé la portée dans son œuvre. De 1921 à 1925, il est instituteur et rédige un Dictionnaire à l’usage des enfants des écoles primaires. De 1926 à 1928, il est architecte et construit la maison de sa sœur Margaret. Il accumule ainsi un savoir pédagogique et artistique qui guidera ses réflexions ultérieures, par exemple sur les jeux de langage chez l’enfant (cf. Jean-Philippe Narboux) ou sur la délimitation de l’espace et la grammaire des couleurs (cf. Bernhard Leitner).
Depuis une quinzaine d’années, grâce notamment à la biographie de Ray Monk, Le Devoir de génie, on connaît mieux la personnalité tourmentée de Wittgenstein. Sa solitude affective, son exil en Angleterre et en Norvège et le don de tout son héritage familial ont longtemps masqué les liens étroits et permanents qui le liaient à sa famille. Nous publions ici plusieurs extraits d’un ouvrage non encore traduit d’Ursula Prokop ainsi qu’une lettre inédite que nous a confiée Thomas Stonborough, le petit-fils de Margaret, la sœur de Wittgenstein, de sept ans son aînée. Ces nouveaux documents permettent de mieux cerner l’univers contradictoire de cette grande famille viennoise de la bourgeoisie juive éclairée. Mais ils jettent surtout un éclairage particulier sur les liens affectifs et intellectuels qui unirent par-delà l’exil Ludwig à Margaret, sa sœur préférée. Femme indépendante, passionnée de littérature, de psychologie et de philosophie, sensibilisée aux mathématiques et à la physique, Margaret a joué un rôle non négligeable dans la formation et l’expression de la sensibilité littéraire et artistique de son frère. Très connus en Autriche pour leur rôle de mécènes, les Wittgenstein se distinguaient également par un talent musical exceptionnel. Pour cette famille liée aux Schumann et à Brahms, la musique se cantonnait toutefois essentiellement à la grande époque du romantisme allemand et autrichien (cf. Jacques Bouveresse). Moderniste résigné, Wittgenstein partagera néanmoins avec certains de ses contemporains comme Schönberg des interrogations communes sur le langage musical (cf. Antonia Soulez).
D’une façon générale, ce numéro brise l’image traditionnelle du philosophe théoricien et propose un « retour à l’ordinaire ». Wittgenstein apparaît également comme l’auteur d’une écriture philosophique capable de dialoguer autant avec des écrivains, comme Thoreau ou Dostoïevski, qu’avec des philosophes comme Plotin ou Kierkegaard.
Ce qu’il nous a légué, c’est une œuvre philosophique qui se lit. Comme toute grande philosophie, c’est une langue qui permet à ceux qui la pratiquent d’articuler leurs exigences envers le monde, envers les autres et envers eux-mêmes. Comme toute grande œuvre, il ne faut pas craindre de ne pas la comprendre. Comme le disait Wittgenstein de la poésie de Trakl, il est également « beau d’en admirer le ton », en amateur.
Je tiens à remercier toutes celles et ceux qui ont bien voulu témoigner dans ce numéro de leurs activités de recherche et livrer les résultats de leurs travaux les plus récents. Je remercie tout particulièrement Christiane Chauviré et Sandra Laugier pour leur encouragement et leur collaboration active à l’élaboration de ce numéro. Toute ma gratitude va enfin à Françoise et Thomas Stonborough ainsi qu’à Cecilia Sjögren pour m’avoir confié des documents inédits qui perpétuent à leur manière l’héritage de Wittgenstein.

Christine LECERF


 

 

Numéro disponible à la vente au prix de 18,30 €

Commander

 

 

 

© Europe & Atelier Alternet