Repères
biographiques
1828
Naissance de Jules Verne à Nantes, le 8 février. Son père,
Pierre Verne, est avoué. Sa mère, Sophie née Allotte
de la Fuyë, descend d’une vieille famille écossaise.
L’admiration de Verne pour Walter Scott, et des romans comme Les
Indes noires ou Le Rayon vert, témoigneront assez de son attachement
à ses racines maternelles. D’autre part, quoi qu’on
puisse penser d’un très hypothétique « progressisme
» de l’idéologie vernienne, il convient de ne jamais
oublier que Verne est et restera, fondamentalement, un Breton, un royaliste,
un catholique.
1829
Naissance de Paul, frère de Jules. En tant qu’aîné,
Jules Verne verra sa vocation de capitaine au long cours contrarié
par son père, qui veut un successeur à son étude.
C’est donc le frère cadet qui sera marin, et l’on
peut supposer que l’écriture des Voyages extraordinaires
sera comme une compensation à cette frustration adolescente.
1833-1845
Études à l’Institution de Mme Sambin, puis au collège
Saint-Stanislas, puis au petit séminaire, puis au collège
royal : stricte éducation religieuse, pendant laquelle se forgera
l’esprit de fantaisie et de dérision qui ne cessera par
la suite de parcourir, souterrainement, l’œuvre de l’écrivain.
En outre, une petite anecdote mérite d’être relevée
: Mme Sambin est la veuve d’un capitaine disparu en mer et dont,
depuis des années, elle espère le retour ; or quatre des
romans futurs de Verne seront des récits de télémachie,
à commencer par Les Enfants du capitaine Grant. Une autre anecdote
relève, elle, de la pure fiction pseudo-biographique : si le
jeune Jules a effectivement éprouvé un tendre sentiment
pour sa cousine Caroline Tronson, jamais il n’a commis de fugue
à bord d’un trois-mâts — la Coralie —
en tentant de se faire engager comme mousse, et ce, pour rapporter à
Caroline un collier de corail !
1847-1848
Pour se conformer aux volontés de son père, Jules part
étudier le Droit à Paris. En son absence, la cousine Caroline
se marie. Se marie aussi, le 19 juillet 1848, la jeune Herminie Arnault-Grossetière,
à qui il avait écrit plus d’un poème passionné.
Dans ce second cas, il y a eu réellement traumatisme affectif,
dont témoigne la stupéfiante « lettre de la fiancée
froide », adressée par le jeune homme à sa mère
le 30 juillet. Et dans les Voyages à venir, un motif triangulaire
deviendra récurrent, mettant en scène le jeune homme aimant,
la jeune femme folle ou disparue ou supposée morte, et le monstrueux
rival triomphant.
1849-1856
Tout en poursuivant ses études de Droit à Paris, Verne
se détourne du « droit » chemin. La vocation littéraire
s’impose, qu’il saura ensuite imposer à son père.
Il fait la connaissance d’Alexandre Dumas fils, puis d’Alexandre
Dumas père. Pendant plusieurs années, il se croit prédestiné
à l’écriture théâtrale ; il écrit
de nombreuses comédies en vers ou en prose, et aussi des livrets
d’opérette. Certains de ces essais, comme La Mille et Deuxième
Nuit, Monna Lisa ou Monsieur de Chimpanzé, anticipent étonnamment
sur les grandes œuvres à venir. Verne est même un
temps secrétaire du Théâtre lyrique. Mais parallèlement
une autre vocation se développe. Le goût de Verne pour
la vulgarisation scientifique, la fréquentation d’amis
nantais polytechniciens, l’essor des progrès technologiques
et des explorations géographiques de l’époque, la
révélation d’une modernité venue des États-Unis
par le biais des écrits novateurs d’Edgar Poe (la lecture
du Mille-deuxième conte de Schéhérazade traduit
en 1856 par Léon de Wailly sera, à notre avis, décisive),
autant d’incitations à s’essayer à une nouvelle
forme d’écriture romanesque. Dès 1851, il collabore
à la très chrétienne revue Le Musée des
Familles, dans laquelle paraîtront ses premiers récits
d’importance : Les Premiers navires de la marine mexicaine et
Un Voyage en ballon. En 1854, ce sera la version originale de Maître
Zacharius. Alors qu’il demeure le dernier célibataire du
cercle des « Onze sans femme » (sic) fondé en 1849
avec des amis, il fait connaissance, lors du mariage d’Auguste
Lelarge, de la sœur de la mariée, Honorine. C’est
le 17 mai 1856.
1857
Le 10 janvier, Jules Verne épouse Honorine de Viane, jeune veuve
mère de deux filles. Mariage d’amour, mariage de convenance,
mariage de résignation ? Si Verne, quoi qu’on en ait dit,
n’a pas été un misogyne, ses romans seront très
vite marqués par une réelle misogamie. En outre, on ne
peut se défaire du sentiment que s’il épouse une
femme déjà nantie de deux enfants, c’est parce qu’ainsi
une bonne partie des obligations paternelles est déjà
accomplie ! Mais il faut vivre, et Verne travaille à la Bourse
comme commis de l’agent de change Eggly. Expérience professionnelle
qui marquera, elle aussi, l’œuvre future.
1861
Le 3 août, naissance du seul et unique enfant de Jules Verne,
Michel (1861-1925). Curieusement, le père est alors en croisière
sur les côtes de la Nor¬vège, avec l’un de ses
plus chers amis nantais, le compositeur Alfred Hignard.
1862
Verne qui se passionne pour la conquête des airs (il est l’ami
de Félix Tournachon, alias Nadar, aéronaute et photographe,
et il s’intéresse de près au projet d’hélicoptère
de Ponton d’Amécourt et de G. de la Landelle, que ce dernier
présentera en mars 1864 dans Le Musée des Familles), voit
le manuscrit de son roman Un Voyage en l’air accepté par
l’éditeur Pierre-Jules Hetzel.
1863
Ledit manuscrit paraît en librairie le 31 janvier, sous le titre
Cinq semaines en ballon. C’est le début, pour le meilleur
et pour le moins bon, d’une liaison éditoriale qui durera
jusqu’à la mort de l’éditeur en 1886, se poursuivra
ensuite avec le fils d’Hetzel jusqu’à la mort de
Verne, et se continuera entre les deux fils, Louis-Jules et Michel Verne,
après 1905, lorsqu’il s’agira de « faire un
sort » aux manuscrits laissés par l’écrivain.
Pour le meilleur et le moins bon : le meilleur, c’est que les
noms de Hetzel et de Jules Verne resteront indéfectiblement liés,
l’éditeur avisé et habile commerçant misant
gros sur son jeune poulain et le hissant à la gloire —
tandis que Verne sera cons¬cient d’avoir rencontré
un infatigable Mentor. Pour le moins bon : qui, avec le recul du temps,
aura le plus apporté à l’autre ? Un chercheur aussi
attentif que le probe et méticuleux Charles-Noël Martin
a bien mis en lumière à quel point les contrats d’édition,
et en particulier le sixième, signé en 1875, se sont avérés
scélérats et spoliateurs pour l’écrivain.
De plus, Verne a plus d’une fois souffert des oukases et des censures
de son zélé employeur. Il ne fait pas de doute que certains
romans peuvent être perçus comme un écho crypté
de ce qui ressem¬ble, dans les dernières années, à
une véritable exaspération rampante. Le personnage du
Docteur Antékirtt (avatar de Mathias Sandorf), en 1885, comme
celui de Schultz, en 1879, dans Les Cinq cents millions de la Begum
— nous pensons pour notre part que le nom de « Herr Schultze
» n’est en fait qu’une déformation caricaturale,
accent tudesque aidant, de « Pierre-Jules Hetzel » —,
l’un et l’autre cassants, autoritaires, tyranniques, ont
à l’évidence un modèle, qu’il ne faut
pas chercher trop loin. Le modèle, c’est celui qui, en
1864, a refusé en termes blessants le manuscrit de Paris au XXe
siècle et, de ce fait, a probablement contraint Verne à
renoncer à toute tentation « anticipatrice » dans
ses romans, qui, jamais plus, ne se situeront « dans le futur
» ; à moins que Édom…
Il n’en reste pas moins que, de 1863 à 1905, la biographie
de Jules Verne pourrait aisément, à quelques dates près,
se confondre avec l’historique de son œuvre.
1864
Malgré la « mise au cabinet » de Paris au XXe siècle,
cette année voit la parution de l’un des quelques chefs-d’œuvre
absolus de Verne : Voyage au centre de la Terre.
1865-1867
Les Enfants du capitaine Grant paraissent en feuilleton dans le Magasin
illustré d’éducation et de récréation.
1867
Avec son frère Paul, voyage et bref séjour aux États-Unis.
En deux semaines il verra New York et les chutes du Niagara, déjà
promues mythe littéraire depuis Chateaubriand ; Verne les évoquera
dans trois de ses romans ultérieurs. L’aller et le retour
se font à bord du plus grand steamer du monde à l’époque
: le Great Eastern. Ce navire-titan servira en 1870 de décor
à un étrange roman d’amour et de folie : Une Ville
flottante. Sans qu’il soit possible de préciser sa date
de rédaction, la nouvelle Le Humbug s’inscrit dans la continuité
directe de ce voyage. C’est cette année 1867 qui voit l’avisé
Hetzel lancer, avec les Voyages et aventures du capitaine Hatteras,
splendidement illustrés par le très visionnaire Riou,
la série des cartonnages poly¬chromes, de la vente desquels,
en termes de droits d’auteurs, Verne sera quasiment exclu.
1869-1870
Parution de Vingt mille lieues sous les mers. L’un des derniers
actes du pouvoir impérial, qui va sombrer le 2 septembre 1870
dans la capitulation de Sedan, sera de conférer la Légion
d’honneur à Jules Verne.
1871
Le 3 novembre, mort du père de Jules Verne, Pierre Verne.
1872
Jules s’installe définitivement à Amiens ; il peut
ainsi profiter à loisir de sa chaloupe, le Saint-Michel, amarrée
au Crotoy. À bien y regarder, c’est aussi une forme de
rupture avec Nantes, sa ville natale.
1873
Parution en feuilleton du Tour du monde en quatre-vingt jours. Immense
succès, en France et à l’étranger. Déjà
couronnée l’année précédente par l’Académie
française pour l’ensemble de son œuvre, Verne peut
se consi¬dérer comme un écrivain consacré.
Peut-être, l’amitié d’Alexandre Dumas fils
aidant, rêve-t-il d’un fauteuil et d’un habit vert
d’Immortel ; mais pour les Quarante, il ne sera jamais qu’un
amuseur à l’usage de la jeunesse.
1874
Parution du Chancellor, l’un des plus extrémistes et des
plus surpre¬nants de ses romans : une véritable épure
de géométrie catastrophique, inspirée de l’épisode
du radeau de la Méduse d’une part, d’autre part des
chapitres les plus atroces du roman d’Edgar Poe, les Aventures
d’Arthur Gordon Pym. Mais Hetzel veille, et le manuscrit est abondamment
censuré. De la même façon, L’Île mystérieuse,
publiée de 1874 à 1875, se voit totale¬ment dénaturé
dans ses significations et dans son dénouement par les soins
du bien-pensant éditeur.
1877
Publication en feuilleton d’Hector Servadac, autre récit
extrémiste : une merveilleuse fantaisie interplanétaire
relevant de la plus pure science-fiction, doublée d’un
insoutenable pamphlet militariste et antisémite. Et pourquoi
Servadac est-il le palindrome de Cadavres ?
Après le Saint-Michel II, Verne achète le Saint-Michel
III, yacht à vapeur de vingt-huit mètres de long, à
bord duquel l’écrivain accomplira plusieurs croisières
en Méditerranée et dans les mers du Nord. Quant au vrai
Michel, il en va tout autrement : son père l’envoie en
maison de redressement.
1878
De même que le général Aupick, beau-père
de Baudelaire, avait cru judicieux d’envoyer le jeune homme en
croisière autour du monde pour lui redresser le caractère,
Verne, par décision judiciaire, fait embarquer son propre fils
vers les Indes. C’est aussi l’année de parution du
premier d’une longue série de « romans à jeunes
gens » : Un Capitaine de quinze ans. Certains exégètes
verniens, à l’affût du moindre signe d’homosexualité
latente ou patente chez Verne, ont beaucoup glosé sur cette collection
de masculines figures juvéniles qui envahit le monde des Voyages
extraordinaires. Les mêmes ont aussi beaucoup fantas¬mé
sur les relations suivies qu’aurait entretenues Verne avec le
jeune Aristide Briand. Légende aussi tenace que celle de la fugue
à bord de la Coralie, et dont les enquêtes minutieuses
de chercheurs de la Société Jules Verne ont démontré
la totale vacuité. Il n’en reste pas moins qu’après
avoir été un fils quelque peu insoumis aux volontés
de Pierre Verne, Jules se trouve à son tour confronté
à la difficulté d’être père. Apparemment,
il n’est pas en état de comprendre, et encore moins d’admettre,
que le seul défaut de Michel soit de trop lui ressembler. Dès
lors il est aisé, pour un lecteur de bonne foi, de suivre tout
au long des années qui vont suivre, et jusqu’à l’apaisé
Testament d’un excentrique, l’évolution régulière
d’une figure qui, c’est un fait, a de plus en plus les traits
de Jules Verne jeune… et de Michel.
1879
Verne a eu cinquante ans l’année précédente.
Est-ce pour cette raison, s’ajoutant aux soucis et aux deuils
intimes, que 1879 voit paraître un véritable diptyque thanatologique
dans lequel, pour la première fois, la tonalité de l’univers
vernien s’assombrit singulièrement ? Les si sous-estimées
Tribulations d’un Chinois en Chine sont hantées par l’obsession
de la mort et du suicide ; et l’admirable Cinq cents millions
de la Begum, réécriture très engagée d’un
brouillon d’André Laurie, met en scène un mégalomane
haineux, inventeur acharné d’armes terrifiantes, sur fond
de solitude, de soliloque et de solipsisme destructeur.
1880-1885
Les cinq premières années de la décennie 80 n’en
correspondent pas moins à une véritable « période
flamboyante ». Au théâtre, Voyage à tra¬vers
l’impossible triomphe. Le Rayon vert, délicieux roman très
féministe, rend un bel hommage à l’Écosse
des aïeux maternels. C’est aussi la trilogie méditerranéenne
Keraban-le-têtu, L’Archipel en feu, Mathias Sandorf ; c’est
la superbe croisière en Méditerranée de 1884, jusqu’à
Tanger, avec visite de l’Italie, et entrevue avec le pape Léon
XIII, au Vatican. Mais c’est aussi en 1884 que paraît l’inquiétant
Frritt-Flacc, tandis que Mathias Sandorf, « remake » avoué
du Comte de Monte-Cristo, multiplie les zones d’ombre et de non-dits.
La dédicace à Alexandre Dumas fils, pourtant, dit assez
que Verne pense toujours à l’Académie française.
1886
Année terrible, où toute la vie de Verne bascule en quelques
semaines. Avant de perdre sa mère Sophie en février 1887,
l’écrivain doit affronter trois événements,
d’inégale importance certes, mais survenant en cascade.
Le 15 février, Verne doit se résoudre à vendre
le très coûteux Saint-Michel III ; le 9 mars, alors qu’il
rentre à son domicile du 2, rue Charles-Dubois, son neveu Gaston,
qui l’attendait au portail, tire sur lui deux coups de revolver.
Une balle pénètre dans le pied gauche, d’où
elle ne pourra jamais être extraite. Verne est dès lors
boiteux à vie. Le 17 mars, mort à Monaco de Pierre-Jules
Hetzel. Verne, bien sûr, ne peut se rendre aux obsèques.
Gaston Verne, déclaré irresponsable, sera interné
; les motivations de cette agression contre son oncle n’ont jamais
pu être éclaircies.
1887
Série de conférences en Belgique et en Hollande, au cours
desquelles Verne donne lecture des Aventures de la famille Raton. Conte
de fées.
1888
Parution en feuilleton de Deux ans de vacances, autre variation sur
le thème de la robinsonnade, après L’Île mystérieuse
et L’École des Robinsons. C’est aussi la question
du pouvoir et de la démocratie qui est mise en scène dans
ce gros volume à la gloire de l’adolescence responsable,
et ce l’année même où Verne se fait élire
conseiller municipal à Amiens — au second tour, vu les
difficultés créées par sa réputation d’orléaniste
fidèle. Il sera réélu par trois fois sans difficultés.
C’est un tournant dans la vie de l’écrivain, et comme
une compensation à l’abandon de tout espoir d’entrer
un jour à l’Académie française. Conseil municipal
assidu et consciencieux, il s’intéresse à l’urbanisme,
aux Beaux-Arts, au théâtre. Dès l’année
suivante est inauguré le cirque muni¬cipal d’Amiens,
édifié grâce à l’opiniâtreté
de M. le conseiller municipal Jules Verne.
1889
Parution de Sans dessus dessous, le plus carnavalesque et le plus autoparodique
de tous les romans verniens. Le plus libre, aussi : face à Louis-Jules
Hetzel, le fils, l’écrivain ne se sent plus sous surveillance.
Mais ce roman reste l’une des plus faibles ventes de la collection.
1892
Publication d’un chef-d’œuvre majeur : Le Château
des Carpathes. Naissance de Jean, son troisième petit-fils, Michel
s’étant considérablement assagi depuis son remariage
en 1886. Ce Jean-Jules Verne, qui sera magistrat à Toulon, fera
paraître en 1973 une fort intéressante et fort partiale
biographie de son grand-père.
1893
Publication de Monsieur Ré-dièze et Mademoiselle Mi-bémol.
1895
L’Île à hélice, surprenant roman qui associe
musique (les protagonistes sont les membres d’un quatuor à
cordes français), utopie et fable politique. La santé
de l’écrivain ne cesse de se détériorer.
Outre les séquelles de la bles¬sure au pied, le diabète,
puis la cataracte vont cumuler leurs effets invalidants. Et pourtant,
l’écrivain ne cesse de travailler. À la lecture
d’une fiche manus¬crite découverte récemment
par M. Gondolo della Riva, et sur laquelle Verne a noté soigneusement
les dates de composition de ses ouvrages entre 1892 et 1903, on est
stupéfait de constater avec quelle énergie l’écrivain
ne s’accorde jamais que quelques semaines de répit entre
l’achèvement d’un roman et la mise en chantier du
suivant.
1896
Face au drapeau. Sombre récit très cocardier, et qui témoigne
de l’an¬goisse de l’époque devant la montée
des périls et la course aux armements. Le chimiste Turpin, inventeur
de la mélinite, se reconnaît (à juste raison !)
dans le personnage du savant fou Thomas Roch, et intente un procès
à l’écrivain. Défendu en justice par Raymond
Poincaré en personne, Verne est relaxé.
1897
Encore un chef-d’œuvre : Le Sphinx des glaces, « suite
» imaginée par Jules Verne aux Aventures d’Arthur
Gordon Pym d’Edgar Poe ; projet caressé depuis 1864, et
concrétisé en associant les données du récit
de Poe et un épisode des Mille et une nuits. Le 27 août,
mort de son frère Paul.
1899
Le Testament d’un excentrique : quand les cinquante États
des États-Unis deviennent les soixante-trois cases du jeu de
l’oie ; et quand Verne s’auto-édifie un tombeau rouge
et or.
1900
Seconde Patrie. Titre symbolique, au seuil du XXe siècle. Là
encore, il s’agit d’une suite. Retour à l’enfance
et à ses rêveries, c’est à l’illustre
Robinson suisse de Wyss que l’écrivain offre l’hommage
d’un vieil homme.
1901
Le siècle nouveau est inauguré par un récit étonnant,
antidarwinien et narquoisement anticlérical : Le Village aérien,
dans lequel deux Français découvrent en plein cœur
de l’Afrique le fameux « chaînon manquant »…
et ce qui s’ensuit.
1904
Un Drame en Livonie (rédigé dix ans plus tôt). Beau
et tragique récit d’erreur judiciaire et de complot politique
sur fond d’oppression étrangère.
1905
Dernier roman publié du vivant de Jules Verne : L’Invasion
de la mer. L’écrivain décède le 24 mars.
Beaucoup de monde aux obsèques, sans un quelconque représentant
ni du gouvernement français ni de l’Académie. Mais,
depuis son yacht impérial, Guillaume II envoie un télégramme
où il exprime son admiration et sa reconnaissance pour le disparu.
Dans les semaines qui suivent, c’est aux fils de jouer : Michel
Verne et Louis-Jules Hetzel entament d’âpres négociations
quant au sort des textes restant à publier. C’est l’histoire,
et l’aventure des œuvres posthumes qui commence.
Jean-Pierre PICOT