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Kierkegaard - Penseurs existentiels des années 30 - Gadenne
Avril 2010

 

Soren Kierkegaard - Penseurs existentiels des années trente - Paul Gardenne (n°972, avril 2010)

Kierkegaard l’avait prédit : « Un jour, non seulement mes écrits,  mais ma vie même et tout le fascinant secret de la machinerie seront minutieusement étudiés. » Ce propos de l’écrivain et penseur danois trouve écho dans l’une des impressions les plus fortes que l’on retire de la fréquentation de son œuvre : le sentiment que la forme de vie entretient chez lui des rapports intenses avec la forme de pensée et qu’un secret s’abrite au cœur du dispositif d’écriture. Kierkegaard n’a pas seulement déplacé les enjeux de la philosophie et ouvert un nouvel espace de pensée, il l’a fait en inventant un « incroyable équivalent de théâtre », comme le notait Gilles Deleuze, et en construisant autour de son propre nom une véritable ruche à pseudonymes. Parce qu’il n’entendait pas s’adresser à un « banc de harengs » anonymes, mais à un lecteur chaque fois unique et réellement existant, et parce que ses écrits ne visent pas pour l’essentiel à communiquer un savoir mais à éveiller un pouvoir — ce qui signifie également qu’ils ne cherchent pas à poser une vérité mais à transformer le rapport à la vérité —, Kierkegaard a donné vie à travers ses pseudonymes à une maïeutique nouvelle qui va de pair avec une stratégie de la communication indirecte. Quels que soient les fruits de la réflexion, dans toute relation à une œuvre, pour Kierkegaard l’important n’est pas seulement ce que le texte dit, mais ce qu’il fait, et ce que nous en faisons. Il esquissa un jour son autoportrait en oie sauvage, par opposition aux oies de basse-cour qui ne connaissent pas la liberté du vol et de la grande migration. Une oie sauvage qui prend cependant le risque de rester auprès des oies domestiques, pour les gagner à leur transformation… Ainsi fut Kierkegaard, avec sa manière inégalable de nous réveiller de nos sommeils dogmatiques, comme le nota Ernst Bloch dans L’Esprit de l’utopie. Dans ce numéro d’Europe, le cahier consacré au « veilleur de Copenhague » est suivi de deux ensembles qui ne prétendent pas s’arrimer au premier pour fixer un triptyque, mais dont les sphères autonomes admettent de l’une à l’autre certains rapports, résonances et transformations, s’agissant d’une part des penseurs existentiels dans la France des années 1930 — c’est-à-dire de l’existentialisme avant Sartre —, et d’autre part du romancier Paul Gadenne.

KIERKEGAARD

Jean-Baptiste Para, Franck Venaille, Vincent Delecroix, Georg Lukács,
André Clair, Hélène Politis, Patricia Desroches, Chiara Piazzesi, Alain Badiou, Gabriel Josipovici, Villy Sørensen, Robert Hullot-Kentor.

PENSEURS EXISTENTIELS DES ANNÉES TRENTE

Monique Jutrin, Michaël Finkenthal, Margaret Teboul, Geneviève Piron,
Bruce Baugh, Toby Garfitt, Nicolas Monseu, Till R. Kuhnle.

PAUL GADENNE

Sophie Balso, Michèle Lesbre, Gilles Ortlieb, Pierre Vilar,
Jean-Yves Tadié, Bruno Curatolo.

CAHIER DE CRÉATION

Meng Ming, Sándor Tatár, Michael Edwards.

 

Numéro disponible à la vente au prix de 18,50 €

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