Nicole
Racine : Commémorations d'écrivains entre les deux guerres
Dès les débuts de son
existence, la revue Europe affirme sa vocation littéraire et
inaugure la tradition des numéros consacrés à des
écrivains. Le premier de ces numéros, publié en
octobre 1923, est consacré à Arthur de Gobineau ; les
suivants prennent plus explicitement la forme d'hommage : en 1928, hommage
à Léon Tolstoï, en 1932, hommage à Goethe,
en 1935, hommage à Victor Hugo. Goethe, Tolstoï, Victor
Hugo : ces écrivains incarneraient ainsi des figures tutélaires
d'intellectuels européens. Ces commémorations s'inscrivent
dans un certain contexte politique et idéologique : l'hommage
à Tolstoï se rattache aux débats des années
vingt sur le pacifisme et la non-violence, la commémoration du
centenaire de la naissance de Goethe, dans le contexte de la montée
du national-socialisme en Allemagne, se veut un hommage à la
tradition de l'humanisme allemand, l'hommage à Victor Hugo a
lieu en période d'avènement du Front populaire. Le premier
de ces numéros spéciaux, consacré à Arthur
de Gobineau, en octobre 1923, est, en revanche, plus difficile à
interpréter.
" Numéro
consacré au Comte de Gobineau ", Europe, n° 9, 1er octobre
1923
C'est en se gardant de tout anachronisme
qu'on aimerait proposer une lecture du numéro que la revue Europe,
qui se réclame du patronage spirituel de Romain Rolland, consacre
dès les premiers mois de son existence à Arthur de Gobineau1.
En ce début des années vingt, les théories de l'auteur
de l'Essai sur l'inégalité des races humaines ne sont
pas encore débattues à la lueur de l'avènement
du nazisme, comme elles le seront une décennie plus tard. Toute
l'uvre de romancier et d'orientaliste de Gobineau, sortie de l'oubli
au début du siècle, commence à renaître :
Les Pléiades et Souvenirs de voyage sont réédités
en 1921, Trois ans en Asie en 1922, grâce à Clément
Serpeille de Gobineau, petit-fils de l'écrivain. Les études
de Jean Gaulmier2, Jean Boissel3, Janine Buenzod4, en éclairant
l'uvre et le contexte dans lequel elle a été écrite,
s'efforcent de faire justice des préjugés faisant de celui-ci
un ancêtre du racisme hitlérien5. Je ne reviendrai pas
sur le fait que les premiers admirateurs de Gobineau, qui ont voulu
lutter contre l'oubli où était tombée son oeuvre
_ le wagnérien Ludwig Schemann, fondateur en 1894 de la "
Gobineau-Vereinigung " en Allemagne, Clément Serpeille de
Gobineau en France au lendemain de la guerre de 1914 _ ont contribué,
en raison de leur propre évolution idéologique, à
entretenir les erreurs d'interprétation sur ses théories
des races humaines. J'aimerais m'interroger moins sur l'uvre que
sur la réception de Gobineau, quarante ans après sa mort,
au moment où paraît l'ensemble que lui consacre Europe.
Riche ensemble de contributions, le numéro d'octobre 1923 a été,
selon Jean Boissel, éditeur des uvres de Gobineau dans
La Pléiade, une étape importante du mouvement de renaissance
de Gobineau6. Il réunit les signatures de Paul Colin, Clément
Serpeille de Gobineau, Élie Faure, Georges Vacher de Lapouge,
Romain Rolland, Kasimir Edschmid, Jacques de Lacretelle, Charles Vildrac,
Jean-Richard Bloch, Vladimir Minorsky. La présence de Georges
Vacher de Lapouge, théoricien de l'eugénisme français,
qui nous semble étrange aujourd'hui, prouve simplement l'extrême
complexité de la référence à Gobineau en
ce début des années vingt, référence d'autant
plus complexe que celle-ci se nourrit principalement d'admiration pour
l'uvre d'écrivain et d'orientaliste de Gobineau. Romain
Rolland, qui s'est peu exprimé sur les théories de l'Essai,
ne cachait pas son admiration pour l'écrivain des Nouvelles asiatiques
(rééditées en 1913), des Pléiades qu'il
mettait au dessus de Stendhal et était grand lecteur de la correspondance
avec Tocqueville (éditée en 1909).
On ignore à qui revient la paternité de l'idée
du numéro, mais on sait que c'est Paul Colin, un des deux secrétaires
de rédaction avec René Arcos, qui l'a mis sur pied7. Son
rôle est attesté par les correspondances, conservées
à la Bibliothèque nationale, qui permettent de lire les
lettres qu'il adressa à Jean-Richard Bloch, à Clément
Serpeille de Gobineau, à Romain Rolland _ on apprend ainsi qu'il
rend visite à ce dernier en Suisse, en juillet 1923. Jean-Richard
Bloch va prendre sa part dans la préparation du numéro
; il écrit à Georges Vacher de Lapouge, ancien bibliothécaire
de l'Université de Poitiers, avec lequel il était entré
en contact, en 1910. On ne sait qui s'est chargé de contacter
Élie Faure ; mais celui-ci, ami de Jean-Richard Bloch avec lequel
il correspond depuis 1920, est un proche de la revue dont il appuie
les initiatives pacifistes et à laquelle il collabore jusqu'à
sa mort en 1937.
Bien que cité dans les bibliographies, le numéro d'Europe
d'octobre 1923 n'a jamais été analysé dans son
ensemble, ni replacé dans le milieu intellectuel qui l'a vu naître.
Pierre-Louis Rey a présenté une passionnante analyse du
texte d'Élie Faure ; Pierre-André Taguieff qui s'intéresse
depuis longtemps à l'évolution des théories de
la race, a étudié dans ses travaux sur l'école
" racialiste " française, les théories de Georges
Vacher de Lapouge, et notamment sa participation au numéro de
19238. J'essayerai de proposer quelques clés de lecture de ce
numéro.
On pourrait d'abord y voir une réaction contre le nationalisme
français en art et en politique car le mouvement de renaissance
de l'uvre de Gobineau, parti d'Allemagne9, est mal vu de la droite
nationaliste française. L'Action française réprouve
les critiques contre la France, l'admiration pour l'Allemagne _ admiration
qui est dans la lignée du romantisme, comme le rappelle Jean
Gaulmier _ et fait de l'uvre une des sources du pangermanisme10.
D'ailleurs Paul Colin dit explicitement, dans son texte d'ouverture,
qu'il s'agit de dégager Gobineau de son annexion " par les
impérialistes français et les pangermanistes ".
Serait-ce trop dire que l'ensemble peut être lu comme une manifestation
de rapprochement franco-allemand ? Une telle intention n'est pas explicitée,
mais la personnalité des collaborateurs, Romain Rolland, Jean-Richard
Bloch, Charles Vildrac, Paul Colin, tous connus pour être des
partisans résolus de la réconciliation franco-allemande,
peut y incliner. Rappelons que Jean-Richard Bloch sera membre, comme
Elie Faure et Charles Vildrac, du Comité de direction pour le
50e anniversaire de la mort de Gobineau, prévu en 1932, Comité
auquel le chef du gouvernement, le radical Edouard Herriot, apportera
sa caution officielle, prévoyant d'en faire une manifestation
de rapprochement franco-allemand11.
Relevons que le seul écrivain allemand à collaborer au
numéro, Kasimir Edschmid, probablement contacté par Colin
(qui est le traducteur de son texte), prend soin, dans son article consacré
à La Renaissance, de dénoncer l'utilisation politique
des théories raciales de Gobineau en Allemagne12.
Le " Numéro consacré au Comte de Gobineau "
s'ouvre par des extraits, publiés pour la première fois
dans une revue française, de " Ce qui est arrivé
à la France en 1870 ", texte écrit par Gobineau à
chaud au cours des semaines qui ont suivi la défaite de la France,
sévère analyse des causes de cette défaite13. Ces
extraits dont Paul Colin souligne la lucidité, ont-ils été
choisis par lui ? En tout cas, la revue Europe en a déjà
publié d'autres fragments, quelques mois auparavant, dès
son premier numéro de février 1923, en particulier des
pages sur la " vanité nationale ", trait caractéristique,
selon Gobineau, de l'histoire française depuis le XVIIe siècle14.
La vision qu'a Gobineau de l'évolution de l'humanité,
empreinte de pessimisme historique, pourrait avoir exercé sur
des écrivains qui se réclament plus ou moins d'une idéologie
révolutionnaire, une séduction qui ne va pas, on s'en
doute, sans une certaine ambiguïté.
Paul Colin, dans l'article qui fait office d'introduction générale,
décrit Gobineau comme un " explorateur ", qui n'hésite
pas " à recréer la science à coup d'intuitions
15 ", un agitateur d'idées, comme Georges Sorel16, et le
voit comme " un précurseur et un révolutionnaire
17 ". La position de Colin devant les théories de l'Essai
sur l'inégalité des races humaines qu'il qualifie d'"
oracles " et de " paradoxes " est d'ailleurs quelque
peu confuse. Enfin, il crédite Gobineau d'être un précurseur
de Nietzsche.
Il est instructif de comparer l'article de Clément Serpeille
de Gobineau, paru en 1923 dans Europe d'où l'antisémitisme
est absent, avec l'article qu'il donne au numéro de La Nouvelle
Revue française de février 1934, consacré à
Gobineau, numéro dont il a été l'artisan18. Dans
cet ensemble de 1934 très ouvert _ on trouve les signatures d'Alain,
Cocteau, Jean Prévost, Thibaudet et un nouvel article d'Élie
Faure _, Serpeille en vient même à justifier l'antisémitisme
hitlérien, antisémitisme dont on rappelle que la pensée
de Gobineau est exempte19. On a là sur le vif un exemple de la
dérive que Clément Serpeille a fait subir aux théories
de Gobineau, sous l'influence du contexte politique des années
trente.
On est surpris aujourd'hui de voir coexister dans ce numéro,
un texte de Georges Vacher de Lapouge, un des pères du racisme
français, du racialisme français comme le dit Pierre-André
Taguieff, adepte d'un darwinisme social, qui se considérait comme
le fondateur de l'école française d'anthropologie sociale,
avec l'historien d'art et essayiste Élie Faure, preuve que la
croyance en la notion de race est générale au début
des années vingt. Si l'auteur de l'Histoire de l'Art20 se montre
sensible à la vision dramatique qu'a Gobineau de l'histoire de
l'humanité, au côté précurseur de sa pensée
par rapport à Nietzsche par exemple, il n'en souligne pas moins
les contradictions et les faiblesses de ses théories. Comme le
remarque Pierre-Louis Rey, Élie Faure accepte sans réserves
la théorie de l'existence de trois races spécifiques,
mais cette spécificité ne suppose pas hiérarchie21.
Ajoutons que le texte d'Élie Faure se termine par un éloge
du " métissage " que Gobineau tenait pour néfaste.
Il est significatif que deux des plus notables collaborateurs de ce
numéro, incarnant à leur façon la ligne morale
d'Europe, Romain Rolland et Jean-Richard Bloch, aient choisi de passer
sous silence les théories raciales de Gobineau : Romain Rolland
aborde la pensée politique de Gobineau sous l'angle de ses relations
avec Tocqueville, Jean-Richard Bloch ne traite que de l'écrivain22.
L'admiration pour l'art de l'écrivain est à la source
de bien d'autres contributions, notamment de celle de Jean-Richard Bloch.
En une longue étude, il s'adonne à une description comparée
des lieux parcourus en Perse par Gobineau et Loti, évoqués
respectivement dans Trois ans en Asie et Vers Ispahan, mettant en parallèle
leurs qualités d'évocation poétique, leur regard
d'amoureux de l'Orient23. C'est d'ailleurs cet article qui a retenu
l'attention de Pierre-Louis Rey, qui le cite à plusieurs reprises
dans son ouvrage, L'univers romanesque de Gobineau24. Cependant j'aimerais
mentionner le texte de Jacques de Lacretelle sur Les Pléiades25,
ne serait-ce que parce qu'il évoque, de façon prémonitoire,
l'influence de Gobineau sur la jeune génération littéraire,
celle qui cherche à reculer les bornes du roman ; et il cite
Mac Orlan, Salmon, Max Jacob, Aragon.
La dernière clé proposée serait de replacer la
redécouverte de Gobineau en ce début des années
vingt dans le mouvement des appels à l'Orient. Dans le prélude
à La Nuit kurde, daté de 1920, Jean-Richard Bloch rappelle
les résonances qu'éveillèrent en lui la lecture
de L'Illustre magicien, " ce conte exalte un des instincts les
plus profonds de l'humanité, encore qu'un des plus étrangers
à l'Occident chrétien. C'est l'instinct de départ
que je veux dire 26 ". Ce n'est d'ailleurs pas un hasard, s'il
tira un livret de cette nouvelle27. Comme le souligne Jean Boissel,
Gobineau est un de ceux qui ont révélé l'Orient
à une Europe qui l'ignorait et montré le chemin d'une
spiritualité asiatique, découverte après lui par
Tolstoï, Romain Rolland, Claudel, René Guénon et
d'autres28.
Enfin citons les mots de l'orientaliste Vladimir Minorsky dont l'article
clôt l'ensemble d'Europe qui conclut ainsi sur l'uvre de
Gobineau orientaliste : " si jamais il a été donné
à de rares Européens d'approcher l'âme de l'Orient,
il est certes de leur nombre 29 ".
Au terme de ce parcours, les diverses clés de lecture proposées
ont-elles permis de rendre compte de la singularité du numéro
consacré à Gobineau dans l'histoire de la revue Europe
? Étant donné la rareté des documents et des témoignages,
il est difficile de répondre à la question qui aujourd'hui
nous paraît cruciale de la réception des théories
de Gobineau. Empruntons à Romain Rolland ces lignes, écrites
dix ans plus tard, le 5 avril 1933, pour dénoncer l'antisémitisme
du régime hitlérien : " L'Hitlérisme se révèle,
aux yeux du monde, l'usurpation du pouvoir sur le grand peuple allemand
par de sauvages illettrés, ou de ratés rancuniers, comme
Goebbels, dont le faible et violent cerveau a été tourné
par les paradoxes à la Gobineau, mal digérés, sur
l'"Inégalité des Races humaines" [...] 30 ".
Ces lignes disent bien qu'aux yeux d'un contemporain la référence
à Gobineau avait radicalement changé depuis le début
des années vingt.
" Numéro spécial consacré
à Tolstoï à l'occasion du centenaire de sa naissance
", Europe, n° 67, 15 juillet 1928
En cette fin des années vingt,
ce numéro, qui prend clairement la forme d'hommage, se place
sous le patronage de Romain Rolland qui, passionné par les penseurs
et mystiques de l'Inde, cherche à réactualiser l'héritage
tolstoïen de la non-violence. Romain Rolland renoue ainsi avec
la vieille admiration qui l'a conduit en 1911 à consacrer une
de ses Vies des hommes illustres à Tolstoï ; il y évoquait
le choc ressenti à la lecture de Guerre et Paix, en 1886, à
l'Ecole Normale31.
Durant la Première Guerre mondiale, l'invocation à Tolstoï
est fréquente chez les admirateurs de l'auteur d'Au-dessus de
la mêlée, familiers du petit cercle d'artistes et d'écrivains
réunis autour de lui en Suisse, Pierre Jean Jouve, René
Arcos, Henri Guilbeaux, Frans Masereel, Stefan Zweig. Pierre Jean Jouve,
dans son Romain Rolland vivant, paru en 1920, rappelle les fréquentes
rencontres à Genève, à partir de 1916, entre Romain
Rolland et le disciple, ami et biographe de Tolstoï, Paul Birukoff,
" le lien vivant entre la minorité européenne en
Suisse et l'âme d'Iasnaïa-Poliana _ et aussi l'âme
tourmentée de la Russie nouvelle 32 ". Jouve met bien en
lumière le sens de ce tolstoïsme entendu comme un message
en faveur de la fraternité et de refus de la violence, joint
à une certaine vision mystique de la Russie. Dans son Journal
des années de guerre, Romain Rolland fait allusion à ses
rencontres avec Birukoff, à leurs échanges sur la pensée
de Tolstoï, sur la révolution russe de février 191733.
Ce n'est pas un hasard, comme le relève René Cheval34,
si Romain Rolland, après avoir salué la révolution
de février dans la revue Demain, le 1er mai 1917 (" À
la Russie libre et libératrice ", texte dans lequel il rappelait
d'ailleurs les excès de la Convention, " dévorant
ses enfants "), célèbrait les vertus de la conscience
libre dans " Tolstoy : L'esprit libre ", texte donné
pour le 1er mai 1917 à la revue d'inspiration pacifiste non violente,
Les Tablettes de Claude Le Maguet35.
On trouve dans les poèmes de Jouve, écrits en Suisse en
1916-1917, cette référence explicite à Tolstoï.
Le recueil de poèmes, Vous êtes des hommes, paru en 1915,
aux éditions de La Nouvelle Revue française, porte deux
citations en exergue, une des Béatitudes, l'autre de Tolstoï
; le recueil Poème contre le grand crime, paru en Suisse en 1916,
emprunte son titre à un traité de Tolstoï et son
ultime poème s'intitule " Tolstoy ". La Danse des morts,
recueil paru en Suisse en 1917, est dédié " À
l'âme de Tolstoy, à Romain Rolland ". Dans Le défaitisme
contre l'homme libre, paru en Suisse en 1918, Jouve rappelle le "
Ressaisissez-vous " de Tolstoï durant la guerre russo-japonaise,
son principe chrétien de refus de la guerre et compare Romain
Rolland à Tolstoï36.
Cette référence à Tolstoï, habituelle chez
un écrivain comme Jouve, dont le pacifisme prend sa source dans
une conception de la non-violence inspirée plus par le christianisme
que par une idéologie révolutionnaire, se retrouve chez
un militant socialiste comme le poète Marcel Martinet qui va
prendre parti pour la révolution bolchevique et adhérer
à la IIIe Internationale. Celui-ci ouvre le premier poème
de son recueil Les Temps maudits (1917), recueil refusé par la
censure française et publié en Suisse, grâce à
Romain Rolland, par une épigraphe empruntée à Tolstoï
: " [...] car ce n'est pas ce que disent ou font les hommes qui
décide de ce qui est bien ou mal, mais mon cur " ;
un autre de ses poèmes, intitulé " Évangile
", s'ouvre par une double épigraphe, empruntée à
Tolstoï et à saint Jean37. Cependant si certains intellectuels
venus au communisme reconnaissent que leur pacifisme révolutionnaire
prend source dans une tradition marquée par l'héritage
chrétien et la non-violence tolstoïenne, il faut ajouter
que l'invocation au tolstoïsme est devenue rare à partir
du début des années vingt38. La controverse entre Romain
Rolland et Henri Barbusse sur " l'indépendance de l'esprit
" qui va diviser les intellectuels " progressistes "
en 1921-1922 tourne justement autour de la question de la place de la
violence dans la révolution et du soutien conditionnel ou non
à l'expérience révolutionnaire russe. On sait que
le noyau fondateur d'Europe appuie Rolland dans sa revendication d'indépendance
vis-à-vis des idéologies et des partis et de refus des
méthodes et de la théorie du communisme russe.
Dès les lendemains de la guerre, Rolland, à la recherche
d'une réponse à la crise de la civilisation occidentale,
tourne ses regards vers l'Asie. Il établit une correspondance
avec Tagore, et partage avec lui l'idée que l'Europe et l'Asie
ne peuvent se sauver l'une sans l'autre. Dès 1922, il étudie
la pensée et l'action de Gandhi alors emprisonné par les
Anglais ; en lui, il pense trouver le lien entre Orient et Occident
et dans la " non-acceptation " _ qu'il distingue de la "
non-résistance " et plus encore du défaitisme _ une
alternative aux méthodes communistes. Propagandiste en Europe
de la pensée et l'action de Gandhi, il donne à la revue
fondée sous son patronage la primeur, en 1923, de son Mahatma
Gandhi, première étude parue en Occident, promise à
un immense succès. De Gandhi, il va parler comme d'un nouveau
Tolstoï, un " Tolstoï asiatique 39 ".
Dans ces conditions, on comprend que Rolland ait suggéré
que la revue Europe célèbre le centenaire de la naissance
de Tolstoï qui a été pour nombre d'écrivains
pacifistes une référence spirituelle majeure. S'ouvrant
par un article de Maurice Parijanine40, le numéro met en exergue
trois grands noms, dans l'ordre, ceux de Stefan Zweig, Romain Rolland
et Paul Birukov. Après le tribut rendu par Zweig au " Dieu
Pan ", extrait de son ouvrage sur Tolstoï, traduit en français41,
" La réponse de l'Asie à Tolstoï " de Romain
Rolland est le texte-clé qui s'attache à réactualiser
le message tolstoïen. Ce texte est un chapitre de la nouvelle édition
de sa Vie de Tolstoï à paraître chez Hachette à
l'occasion du centenaire, ouvrage dans lequel il parle de Gandhi comme
du " Messie de l'Inde consacré par Tolstoï 42 ",
comme de celui qui a repris la grande parole de l'écrivain russe
43.
" À la mort de Tolstoy, nous ne pouvions mesurer encore
le retentissement de sa pensée dans le monde. Le grain était
en terre. Il fallait attendre l'été.
Aujourd'hui, la moisson est levée. Et de Tolstoy a surgi un arbre
de Jessé. Sa parole s'est faite acte. Au saint Jean le Précurseur
de Iasnaïa-Poliana a succédé le Messie de l'Inde,
qu'il avait consacré : Gandhi 44 ", Gandhi dont il nous
dit qu'il redisait " sur un mode plus clair et plus mélodieux,
la grande parole de Tolstoï, le cantique d'espoir d'une nouvelle
humanité 45 ".
Quelques années plus tard, en 1934, Rolland, devenu un compagnon
de route de l'URSS, propose à Guéhenno de commémorer
le dixième anniversaire de la mort de Lénine en lui donnant
un article sur Lénine et Tolstoï, ainsi que la traduction
d'un article de Lénine sur Tolstoï46.
Mais on ne saurait réduire cet hommage à la réinterprétation
par Romain Rolland du tolstoïsme, encore que la collaboration de
Paul Birukov, probablement grâce à Rolland47, puisse y
inviter aussi : celui-ci, par une étude sur l'histoire des Doukhobors,
montre que la doctrine de la non-violence tolstoïenne, enracinée
dans les profondeurs de l'histoire russe, se prolonge jusqu'aujourd'hui.
Se détache, après une réflexion d'Alain sur Anna
Karénine, un texte-témoignage d'une des personnalités
fondatrices d'Europe, Jean-Richard Bloch, " Tolstoï et la
servitude volontaire ", destiné à rappeler l'influence
exercée par Tolstoï sur le petit groupe de jeunes gens auquel
il a appartenu, un peu après 1900, dans leur démarche
vers le socialisme. " Oui, servir a bien été le mot
d'ordre de notre jeunesse. Jaurès, Romain Rolland, Péguy
nous l'ont traduit en français, mais la parole initiale avait
été prononcée par Tolstoï 48 ". Enfin,
par des documents en forme de témoignages, le numéro enrichissait
l'historiographie de la famille de l'écrivain49.
" Numéro spécial consacré
à Goethe à l'occasion du centenaire de sa mort ",
Europe, n° 112, 15 avril 1932
En 1932, la commémoration
de la mort de Goethe s'inscrit dans la vision française traditionnelle
des deux Allemagne, opposant l'Allemagne des poètes et des philosophes
à l'Allemagne militariste, vision qui est aussi celle de Romain
Rolland. D'ailleurs l'idée de ce numéro est venue à
Guéhenno après la lecture du Goethe et Beethoven de Romain
Rolland, paru en 1930 aux éditions du Sablier50. Cependant cette
initiative prend, dans le contexte de la montée du national-socialisme,
le sens d'un hommage aux valeurs humanistes de la culture allemande.
Romain Rolland accepte de " donner le ton " à cet hommage
et autorise Guéhenno à se réclamer de lui auprès
des écrivains étrangers. Ainsi à celui-ci qui le
consulte au sujet de Thomas Mann, il répond : " En Allemagne,
va pour Thomas Mann ! Vous devriez aussi vous adresser à Stefan
Zweig, trop mis à l'écart d'Europe, et qui en a été
froissé : il dégagerait bien le sens européen et
actuel de Goethe dans les pays allemands. Peut-être Herman Hesse.
Je vais le voir aujourd'hui 51 ". Rolland écrit directement
à Katayama qui figurera au sommaire. Si Stefan Zweig refuse finalement
de collaborer au numéro, Thomas Mann accepte de donner le texte
d'un discours à condition qu'il soit publié auparavant
en Allemagne. Hermann Hesse envoie directement son essai, " Dank
an Goethe " à Rolland : il y fait allusion à leur
rapprochement pendant la Première Guerre mondiale et y déplore
que Goethe soit si peu connu de la jeunesse allemande, en un temps où
le grand problème d'aujourd'hui est le " problème
Europe 52 ". Paul Amann, écrivain autrichien avec lequel
Romain Rolland entretient une correspondance, auteur d'une biographie
de Goethe, parue aux éditions Rieder, est également sollicité.
D'autres écrivains dont les noms sont suggérés
par Rolland comme John Galsworthy, Gilbert Murray se disent trop occupés,
mais Benedetto Croce donnera un " Goethe ou la métamorphose
poétique ". Du côté des écrivains français,
Rolland suggère d'écrire à André Suarès,
à Marcel Martinet, à Georges Duhamel (aucun d'eux ne collaboreront),
à Christian Sénéchal et invite personnellement
Charles-Baudouin. Guéhenno reçoit l'assentiment de Jules
Romains et de Luc Durtain, mais, à la grande déception
de Rolland, n'obtient pas que Jean-Richard Bloch écrive un texte
(mais celui-ci donne une traduction de la Dédicace de Faust).
Ayant appris que Paul Valéry préparait un travail sur
Goethe, Guéhenno fait part de ses hésitations à
Romain Rolland : " Je doute, au reste, qu'il consente jamais à
donner quelque chose à Europe 53 ". Romain Rolland réplique
immédiatement qu'" il serait déplorable de confier
à Paul Valéry la tâche de donner le la à
notre équipe ", le traitant de représentant officiel
des lettres françaises54. Romain Rolland, comme l'a bien montré
Bernard Duchatelet, tenait à préserver Europe de l'influence
de La NRF dont il critiquait les conceptions de la littérature
incarnées par un Gide ou un Valéry, et, en outre, accusait
la revue d'ignorer délibérément son uvre
d'écrivain55. Il est d'ailleurs piquant de constater que La NRF
a demandé à Romain Rolland, par l'entremise de Jean Paulhan,
sa collaboration pour son numéro Goethe, dès qu'il fut
envisagé ! _ mais Rolland refusa d'écrire un nouvel article
sur Goethe. Dans l'" Hommage à Goethe " de La NRF,
paru le 1er mars 1932, on pouvait lire des textes particulièrement
brillants, ceux d'Ernst Robert Curtius, de Thomas Mann, de Gide et de
Suarès. Thomas Mann, Jean Prévost, Alain, Pierre Abraham
signent des textes dans les deux numéros d'hommage.
Dans son texte d'ouverture du numéro d'Europe, " Meurs et
deviens ! ", Romain Rolland s'attache à montrer que Goethe
ne peut concevoir l'ordre moral et social que sous le signe du changement
et de la mobilité56. Après la Dédicace de Faust,
trois textes dus à des auteurs de langue allemande, Friedrich
Gundolf, Paul Amann, Max Hecker retracent quelques moments de la biographie
de Goethe. Puis le long texte de Thomas Mann, " Goethe, représentant
de l'âge bourgeois ", est mis à l'honneur. Le caractère
international du numéro se manifeste par la présence d'écrivains
apportant l'hommage de leur culture, Toshihiko Katayama pour le Japon,
Costis Palamas pour la Grèce, Lucien Price pour les États-Unis.
Parmi les écrivains français qui ont écrit dans
ce numéro, le texte d'Alain, " Goethe, le poète comme
penseur ", tranche par sa profondeur de vue ; on peut aussi citer
les pages rapides de Jean Prévost sur les " images "
de Goethe ; en revanche, pour Emmanuel Berl, Goethe est un prétexte
à digression idéologique. Mettons à part Jules
Romains : il est le seul des collaborateurs du numéro à
prendre ses distances avec la commémoration officielle en usant
d'une salubre ironie : " je ne dois pas être le seul à
le remarquer : l'année de Goethe est aussi peu goethéenne
que possible. [...] Les cérémonies se multiplient. [...]
On a l'approbation des États et des pouvoirs. [...] Tout cela
ne manque pas d'amertume comique. J'avoue que pour ma part, et malgré
les raisons que je croyais avoir depuis longtemps d'aimer et de vénérer
Goethe, je me sens peu d'entrain à dire sur lui des choses qu'exprimeront
avec beaucoup plus d'éclat et de bonheur de style, de subtilité,
de rareté, un critique bien pensant, un membre du comité
des forges, un aboyeur hitlérien, un agent du Guépéou
[...] " Évoquant la situation de l'Allemagne actuelle, Romains
parle d'un pays où se répand " l'idée d'une
nation tout entière militarisée, orientée vers
la guerre 57 ". Quant au critique Christian Sénéchal,
faisant allusion à la commémoration en Allemagne, il forme
le vu qu'un jour la glorification d'un grand homme ne servira
pas à flatter l'amour-propre national58.
On pourrait se demander si ce numéro d'Europe a eu un écho
en Allemagne. On sait par une lettre de Romain Rolland à Guéhenno
que des éditeurs et journaux allemands lui ont demandé
de publier en allemand son " Essai sur Goethe " ; il se désole
en même temps du " manque (presque total) de lancement d'Europe
en Allemagne ", ajoutant : " C'est tout de même pitoyable
que nos efforts soient perdus pour les milieux d'Europe qui trouveraient
chez nous le plus de motifs d'espoir en une France qui ne soit ni égoïstement
esthète, ni durement impérialiste ! 59 "
" Numéro spécial consacré
à Victor Hugo à l'occasion du cinquantenaire de sa mort
", Europe, n° 150, 15 juin 1935.
En mai 1935, quand paraît le
numéro consacré à Victor Hugo, le contexte historique
a encore changé. Les espoirs de paix et de rapprochement franco-allemand,
nés dans la foulée des traités de Locarno, sont
définitivement enterrés avec l'avènement de Hitler.
Dirigée par Jean Guéhenno depuis 1929, Europe jouit alors
d'un rayonnement qu'elle n'a pas encore connu, publiant des écrivains
aussi différents que Victor Serge, Giono, Paul Nizan, Emmanuel
Berl, pour ne parler que des écrivains français. Sur le
plan idéologique, Guéhenno maintient l'indépendance
de la revue vis-à-vis des partis. C'est dans le contexte unitaire
qui précède la naissance du Rassemblement populaire en
1935 que Guéhenno prend l'initiative de commémorer le
cinquantenaire de la naissance de Victor Hugo. Rolland, à qui
il en fait part en mars, commence par refuser, puis propose quelques
pages de souvenirs d'adolescence60. " Il semble que vous ayez été
contraint de toutes les manières de transmettre le flambeau "
_ s'en félicite Guéhenno61.
Lors des manifestations du centenaire en 1985, les études parues
dans le catalogue de l'exposition du Grand Palais, celle de Madeleine
Rebérioux sur Hugo et le débat politique, de Marie-Christine
Bellosta sur la critique littéraire, rappellent bien le contexte
de la commémoration de 1935 : attaques venues de l'extrême
droite comme celles de Georges Batault, répercutées dans
Gringoire par Claude Farrère, poursuivies dans Candide, L'Action
Française, par l'entremise de Léon Daudet et Robert Brasillach,
puis succession de manifestations plus favorables comme l'enquête
des Nouvelles littéraires en mars 193562. Quant aux commémorations
officielles, cérémonie au Panthéon, deux expositions
à la Bibliothèque Nationale et à la Maison de Victor
Hugo que Chantal Martinet a étudiées, leur caractère
froid et décevant a bien été perçu par les
contemporains63.
Au moment où Guéhenno prépare le numéro
Hugo, aux premiers mois de 1935, la critique communiste n'a pas encore
récupéré l'écrivain. Comme l'a montré
Jean-Pierre Bernard, on peut dater du printemps 1935 le moment précis
où L'Humanité effectue le tournant à propos de
Hugo ; il cite un article de Jean Fréville, directeur littéraire
de L'Humanité, qui, dans la lignée des critiques formulées
par Paul Lafargue dans les années 1880, publie un article violemment
hostile à Hugo64. Cependant, au lendemain des cérémonies
du cinquantenaire, le 23 mai 1935, L'Humanité décerne
à Hugo le titre de " grand écrivain populaire "
; le 29 mai, Aragon, montrant en quoi les idées de Lafargue sont
dépassées en 1935, revendique, au nom du Parti communiste,
l'héritage de Hugo contre la bourgeoisie. " Victor Hugo
est avec nous contre le fascisme... 65 ". Le processus d'appropriation
va très vite. Commune, revue de l'Association des écrivains
et artistes révolutionnaires, l'AEAR, animée par le Parti
communiste, titre l'article de Vaillant-Couturier, " Oui, avec
Hugo ! 66 ". Le point d'orgue est un hommage à Hugo, organisé
au Trocadéro, principalement par l'AEAR, le 20 juin 1935, à
la veille de l'ouverture du Congrès international des écrivains
pour la défense de la culture. Il n'est pas fortuit qu'Aragon
ait intitulé son discours au Congrès international des
écrivains, " L'actualité de Victor Hugo ".
Ainsi s'explique que cet ensemble préparé par Guéhenno
n'ait fait appel à aucun des grands noms de la littérature
et de la critique communistes, Aragon et Nizan (ce dernier pourtant
publié dans Europe), secrétaires de rédaction de
la revue Commune, qu'on va trouver à partir de mai-juin 1935,
en première ligne pour revendiquer Hugo. Ce numéro d'Europe
est essentiellement composé par Guéhenno de noms qui sont
depuis longtemps des signatures familières de la revue Europe
: en tête, le nom de Romain Rolland, figure tutélaire de
la revue ; puis celui d'Heinrich Mann, collaborateur d'Europe depuis
1923 (prônant dès cette date, une confédération
européenne) dont le texte sur Victor Hugo, fondé sur le
thème de l'exil, peut apparaître comme un hommage à
la littérature allemande antinazie, Alain, qui a partagé
les campagnes pacifistes de la revue, notamment celle contre la loi
Paul-Boncour en 1927, avec un " hommage à Victor Hugo ",
réflexion humaniste plus que socialiste sur l'idée de
république. Les autres collaborateurs : Pierre Abraham, Jean
Cassou, André Chamson, Luc Durtain, Jean Guéhenno, Marcel
Raymond, Denis Saurat, Philippe Soupault, René Lalou, Jean-Richard
Bloch sont tous des habitués de la revue, certains depuis 1923,
comme Lalou ; Marcel Raymond, présent comme spécialiste
de la poésie, publie pour la première fois dans Europe,
Denis Saurat, auteur de La Religion de Victor Hugo, déjà
collaborateur de La NRF, ami de Jean-Richard Bloch, a publié
dans le numéro d'Europe d'avril une étude sur Milton.
Si on veut trouver un sens plus idéologique à cet hommage,
il faut s'attarder sur les textes de Romain Rolland, Guéhenno
et Jean-Richard Bloch, principaux éditorialistes d'Europe. Romain
Rolland donne un texte d'une grande qualité d'écriture,
qui est aussi le plus dense idéologiquement. Cette évocation
d'une rencontre fortuite en Suisse, entre le poète en pleine
gloire et le jeune Rolland, est un témoignage sur l'influence
que put avoir Victor Hugo sur la formation intellectuelle et morale
d'un jeune intellectuel dans les années 1882-1885, à la
suite _ rappelle-t-il _ de ses appels en faveur des victimes de la répression
en Russie ; " nous nous sentions sous sa tutelle " écrit-il.
Cependant, pour le jeune normalien, la lecture de Tolstoï "
emporte tout ". Rolland reconnaît qu'il redécouvrira
Victor Hugo pendant la guerre et l'exil puis au moment des appels humanitaires
de l'après-guerre. Ce témoignage qui rappelle la filiation
Victor Hugo-Tolstoï, filiation qui n'est pas fréquemment
relevée, donne un sens bien particulier à l'hommage rendu
par Europe, dans un contexte, qui est certes celui du rassemblement
de la gauche, mais qui plonge ses racines dans la tradition propre d'Europe.
L'" Appel au poète d'aujourd'hui " de Guéhenno
prend acte de ce que Hugo n'a pas été remplacé
comme " poète complet 67 ", enfin Jean-Richard Bloch,
dans un " Commentaire " placé en fin de numéro,
qui est d'une certaine façon, un commentaire d'humeur, exprime
l'hostilité à toute récupération ou instrumentalisation
politique :
"Il suffit qu'on mène
tapage autour d'un auteur pour que je l'exile en un coin de ma bibliothèque
[...]. J'avais résolu de célébrer le cinquantenaire
de Victor Hugo à ma façon, loin des pompes. Mais ces pompes
officielles ont été si pauvres, guindées, peu inventives,
si évidemment contraintes, honteuses à la fois de ce qu'elles
étaient et de ce qu'elles n'étaient pas, que nous en avons
ressenti l'outrage" 68.
Bloch explique la froideur des commémorations
officielles par le fait qu'on n'a pas su quel Hugo ce cinquantenaire
proposait.
"Tous les Hugo à la fois
appelaient. [...] Il fallait apaiser les républicains, qui ont
leur Hugo, _ complaire aux poètes et aux délicats, qui
ont le leur, _ flatter le peuple et l'école qui s'en sont fait
un à leur façon, _ la Comédie enfin et ses abonnés,
Conservatoire dernier des Hernani et des Marie Tudor. Et, faisant tout
cela, prendre soin de ne pas exciter l'ire toujours dangereuse de M.
Léon Daudet et de ses petits camelots. L'Académie, c'est-à-dire
les salons et le monde bien pensant, venait de consacrer les bêtises
déversées sur Hugo par un écrivain fort ordinaire
en appelant celui-ci dans son sein69.
M. Herriot s'est dressé contre tant de grossièreté
d'âme. Marianne a publié de lui une étude où
le poète lyrique est loué comme il se doit mais l'homme-miroir
de son siècle cavalièrement traité.
Allons-nous nous contenter ? Nous abriter derrière cette couverture
?" 70.
La seule allusion politique a trait,
non à la situation politique intérieure française,
mais à l'ascension de Mussolini, " ce pitre sanglant "
qu'il compare au " César du 2 décembre " et
à Boulanger ou Hitler.
Le Hugo que voudrait commémorer Bloch, c'est celui que n'"
aiment pas nos ministres. Qui ne figure pas dans les manuels de littérature
; qui fait hurler à la mort les chiens de lettres. Par quoi s'accomplit,
se légitime et se couronne la légende du poète.
Qui alimente toutes les uvres ésotériques de Hugo
dans ses vingt dernières années, les uvres qu'on
lit peu aujourd'hui, que peut-être on lira seules dans un siècle
".
Que la prédiction se soit réalisée n'est pas ce
qui importe le plus : mon propos est de rendre sa spécificité
et son originalité à ce numéro d'Europe dont le
contenu dépasse le contexte dans lequel il a paru et s'inscrit
dans la tradition d'ouverture intellectuelle à l'uvre dans
la revue depuis ses origines. Cette tradition, faite d'amour de la littérature
et d'attachement aux valeurs humanistes, s'incarne aussi dans le numéro
d' hommage à Goethe en 1932. Des réalisations comme les
numéros Gobineau et Tolstoï témoignent aussi, à
leur façon, du foisonnement idéologique des années
fondatrices de la revue Europe.
Nicole Racine
Notes
1. Je reprends dans ce texte une part
des analyses parues dans mon étude sur la revue Europe dans Entre
Locarno et Vichy. Les relations culturelles franco-allemandes dans les
années trente, sous la direction de Hans Manfred Bock, Reinhart
Meyer-Kalkus et Michel Trebitsch, Paris, Éditions du CNRS, 1993,
p. 631-651, ainsi que celles consacrées au numéro sur
Gobineau dans la revue franco-allemande Lendemains, Berlin, 86-87, 1997,
p. 110-120.
2. Gobineau, uvres. Édition publiée sous la direction
de Jean Gaulmier, Paris, Gallimard, 3 volumes, 1983-1987 (Bibliothèque
de la Pléiade). Cette édition est une référence
indispensable à toute recherche sur Gobineau. Citons particulièrement
dans uvres I, Jean Gaulmier, " Introduction ", p. IX-LX,
ainsi que la chronologie et la bibliographie qui suivent, Jean Boissel,
" Notice sur l'Essai sur l'inégalité des races humaines
", p. 1216-1278. Voir aussi Jean Gaulmier, Spectre de Gobineau,
Paris, Pauvert, 1965.
3. Jean Boissel, Gobineau, l'Orient et l'Iran, Paris, Klincksieck, 1973.
" En marge du cinquantenaire de Gobineau ", Revue de Littérature
comparée, 53 _ 1979, p. 389-401. Gobineau. Biographie. Mythes
et réalité, Paris, Berg international, 1993.
4. Janine Buenzod, La formation de la pensée de Gobineau et l'
Essai sur l'inégalité des races humaines, Paris, Nizet,
1967.
5. Jean Gaulmier, " Introduction " à Gobineau, uvres
I, op. cit., p. XXV.
6. Jean Boissel, " Notice sur l'Essai sur l'inégalité
des races humaines ", in Gobineau, uvres I, op. cit., p.
1264.
7. Paul Colin se plaint dans sa correspondance du peu d'aide qu'il a
reçu de René Arcos dans la préparation du numéro.
Grâce à l'amitié de Michel Drouin qui m'a communiqué
la reproduction de lettres de René Arcos, je peux faire état
d'au moins une démarche de René Arcos auprès d'André
Suarès : " Romain Rolland pense, et moi aussi, que vous
êtes désigné pour nous faire un portrait lyrique
de l'auteur des Nouvelles Asiatiques " (lettre de René Arcos
à André Suarès, 20 juin 1923).
8. Pierre-André Taguieff, La Couleur et le sang. Doctrines racistes
à la française, Éditions Mille et une nuits, 1998.
9. Michel Lémonon, " À propos de la diffusion du
gobinisme en Allemagne ", Études gobiniennes, 1967, p. 261-267.
10. Jean Boissel, " En marge du cinquantenaire de Gobineau ",
Revue de Littérature comparée, 3, 1979.
11. Jean Boissel souligne le fiasco relatif de cette commémoration,
prévue pour 1932, mais qui ne put avoir lieu que le 17 février
1933, et " l'ambiguïté polie " de l'hommage du
gouvernement et de l'Université, au lendemain de l'avènement
de Hitler (art. cité).
12. Kasimir Edschmid, " Gobineau et la Renaissance ", Europe,
n° 9, 1er octobre 1923, p. 82. " Son livre sur les races, qui
lui valut l'admiration de Richard Wagner, est devenu un de ces documents
sur lesquels s'appuie la sottise des nôtres. Et ce bon Français,
à l'esprit froid mais clair, se reconnaîtrait aussi peu
dans l'antisémite enragé sous les traits duquel tous les
MM. Hitler d'Allemagne, _ qui se proclament ses disciples _ ont l'audace
de le représenter, que dans le portrait qu'il a dressé
de Savonarole. "
13. Comte de Gobineau, " Ce qui est arrivé à la France
en 1870 (Fragments inédits) ", Europe, n° 9, 1er octobre
1923, p. 5-26.
" Ce qui est arrivé à la France en 1870 " a
été publié par Schemann à Strasbourg en
1918 ; une édition critique en a été donnée
par A.-B. Duff dans les Études gobiniennes, 1970, avec une introduction
de Jean Gaulmier, Paris, Klincksieck.
14. Comte de Gobineau, " Ce qui est arrivé à la France
en 1870 ", Europe, n° 1, 15 février 1923, p. 75-87.
15. Paul Colin, id., p. 28.
16.. Paul Colin, id., p. 29.
17. Paul Colin, id., p. 31.
18. " Gobineau et le Gobinisme ", La Nouvelle Revue française,
n° 245, 1er février 1934. Collaborent à ce numéro
Robert Dreyfus, Bernard Faÿ, Abel Bonnard, Daniel Halévy,
Jean Cocteau, Alain, Jean Prévost, Albert Thibaudet, Ernest Seillière,
P. Masson-Oursel, Jean Louverné, H. de Keyserling, Élie
Faure, Clément Serpeille de Gobineau, Warren C. Kincaid. Il n'existe
pas d'analyse détaillée de ce numéro ; voir les
commentaires de Jean Boissel dans sa " Notice à l'Essai
sur l'inégalité des races humaines ", Gobineau, uvres
I, p. 1264-1265.
19. Clément Serpeille de Gobineau, " Le Gobinisme et la
politique moderne ", La Nouvelle Revue française, id., p.
253.
20. Élie Faure, " Gobineau et le problème des races
", Europe, 1er octobre 1923. Ce texte constitue le premier chapitre
(" Réflexions sur le gobinisme ") de l'ouvrage Les
Trois gouttes de sang (Paris, Malfère, 1929) qui figure dans
Élie Faure, uvres complètes . Tome III . Essais.
Correspondance, Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1964. Élie Faure
fait suivre son article d'Europe d'un autre article, paru dans La Grande
Revue en 1926 et également reproduit dans les uvres complètes.
21. Pierre-Louis Rey, " L'enivrante intuition de Gobineau ",
Cahiers Élie Faure, 2, 1983, p. 223-232.
22. Romain Rolland, " Le conflit de deux générations.
Tocqueville et Gobineau ", Europe, 1er octobre 1923, p. 79-80.
23. Jean-Richard Bloch, " Les itinéraires parallèles
: Gobineau et Loti en Perse ", Europe, id., p. 99-115.
24. Pierre-Louis Rey, L'univers romanesque de Gobineau, Paris, Gallimard,
1981.
25. Jacques de Lacretelle, " Gobineau romancier : les Pléiades
", Europe, 1er octobre 1923, p. 94.
26. Jean-Richard Bloch, La Nuit kurde, Paris, Gallimard, 1925.
27. Sur une musique de Daniel Lazarus.
28. Jean Boissel, Gobineau, l'Orient et l'Iran, op. cit., p. 98, p.
396-399. Je renvoie aussi à Michel Trebitsch, " L'image
de l'Orient chez les intellectuels français et allemands au lendemain
de la première guerre mondiale ", in Étienne François,
Reinhart Meyer-Kalkus (dir.), Deutsche-französischer Kulturtransfer
1790-1914, Leipziger Universitäts-Verlag (à paraître
en 1998).
29. Vladimir Minorsky, " Gobineau et la Perse ", Europe, 1er
octobre 1923 p. 125.
30. Romain Rolland, " Contre l'antisémitisme en Allemagne
", in Quinze ans de combat (1919-1934), Rieder, 1935, p. 201-202,
cité par René Cheval, Romain Rolland, l'Allemagne et la
guerre, Paris, Presses universitaires de France, 1963, p. 715. On aimerait
évoquer les réflexions de Pierre-André Taguieff
sur l'évolution sémantico-idéologique qui s'est
produite au tournant des années trente dans l'acception du mot
" race " (La Force du préjugé. Essai sur le
racisme et ses doubles, Paris, La Découverte, 646 p.).
31. Romain Rolland, Vie de Tolstoï, Paris, Hachette, 17e édition,
1947, p. 3-4. Sur l'influence de Tolstoï en France avant 1914,
je renvoie à Thaïs S. Lindstrom, Tolstoï en France
(1896-1914), Paris, Institut d'études slaves, 1952. Rappelons
qu'André Suarès, condisciple de Rolland à l'École
normale supérieure, partage le même culte pour Tolstoï
(voir son Tolstoï, Union pour l'Action morale,1899, réédité
dans les Cahiers de la Quinzaine de Péguy, en 1911, sous le titre
Tolstoï vivant ).
32. Pierre Jean Jouve, Romain Rolland vivant 1914-1919, Paris, Ollendorf,
1920, p. 228.
33. Romain Rolland, Journal des années de guerre (1914-1919),
Paris, Albin Michel, 1952, p. 600, 1113, 1173. Voir également
l'hommage rendu par Paul Birukoff à Romain Rolland dans le Liber
Amicorum Romain Rolland, publié par Maxime Gorki, Georges Duhamel,
Stefan Zweig, Zurich, Leipzig, Rotapfel Verlag, 1926, " Romain
Rolland et Tolstoï ", p. 58-66.
34. René Cheval, Romain Rolland, l'Allemagne et la guerre, Paris,
PUF, 1963, p. 633-634.
35. Romain Rolland, Les Précurseurs, Paris, Librairie de L'Humanité,
1919, p. 39-44. Tandis que la revue Demain, fondée par Henri
Guilbeaux, défend un pacifisme d'inspiration socialiste révolutionnaire
et adhère au bolchevisme, la revue Les Tablettes de Claude Le
Maguet se rattache à un pacifisme d'inspiration anarchiste et
se place sous l'invocation de Tolstoï (un numéro spécial
en juin 1917 est consacré uniquement aux idées de Tolstoï,
avec 9 pages d'extraits de ses principaux ouvrages sociaux et politiques,
présentés et édités par Jouve, ainsi qu'un
essai de Jouve, " Tolstoï vivant en nous ").
36. Pierre Jean Jouve, Le défaitisme contre l'homme libre, La
Chaux-de-Fonds, Édition d'Action sociale, 1918.
37. Marcel Martinet, Les Temps maudits suivi de La Nuit préfacée
par Léon Trotski. Préface de Nicole Racine, Paris, UGE,
1975, p. 51 et 166.
38. On peut citer aussi le cas de Raymond Lefebvre, admirateur de Tolstoï
et de Romain Rolland, membre du parti socialiste, inspirateur de l'ARAC
et de Clarté, rallié au bolchévisme depuis la fin
1919, membre du comité pour l'adhésion à la IIIe
Internationale. A la fin de 1919, il raconta que le soir de la mobilisation,
le 2 août 1914, il alla chercher Guerre et Paix dans sa bibliothèque
: " Nous avons ainsi, d'instinct, rendu hommage au maître
du siècle nouveau, à celui dont la statue devait un jour
dominer la révolution russe, comme celle de Rousseau domine la
Révolution française ", Clarté, 27 décembre
1919.
39. Gandhi et Romain Rolland. Correspondance, extraits du Journal et
textes divers. Paris, Albin Michel, 1969, Cahiers Romain Rolland,19,
p. 174.
40. Maurice Parijanine, écrivain et journaliste slavisant, traducteur
; communiste, en 1928, il est sur le chemin de l'opposition.
41. Stefan Zweig, Tolstoï, Paris, Attinger, 1928.
42. Romain Rolland, " La réponse de l'Asie à Tolstoy
", Europe, n° 67, 15 juillet 1928, p. 338.
43. Romain Rolland publie aussi la lettre écrite par Tolstoï
deux mois avant sa mort, à Gandhi.
44. Romain Rolland, " La réponse de l'Asie à Tolstoy
", Europe, n° 67, 15 juillet 1928, p. 338.
45. Ibid., p. 357.
46. L'indépendance de l'Esprit. Correspondance entre Jean Guéhenno
et Romain Rolland (1919-1944). Préface d'André Malraux,
Paris, Albin Michel, 1975, Cahiers Romain Rolland, 23, (lettres à
Jean Guéhenno, 5 novembre 1933, p. 288, 23 novembre 1933, p.
290-291). " Lénine : L'art et l'action " paraît
dans Europe, n°133, 15 janvier 1934, ainsi que le texte de Lénine,
" Léon Tolstoy, miroir de la révolution russe ".
47. Paul Birukoff participe au Liber Amicorum en 1926 en l'honneur du
60e anniversaire de Romain Rolland, avec un " Romain Rolland et
Tolstoï ".
48. Jean-Richard Bloch, " Tolstoï et la servitude volontaire
", Europe, n° cité, p. 532. Voir Jean-Richard Bloch,
Destin du Siècle. Présentation et notes de Michel Trebitsch,
Paris, PUF, 1996, p. XI, XII.
49. La Nouvelle Revue française avait publié dans son
numéro du 1er mai 1922 des " Documents sur la mort de Tolstoï
", inédits, traduits du russe par Charles Salomon.
50. Sur la naissance et le développement de ce projet, on renvoie
à L'Indépendance de l'esprit. Correspondance entre Jean
Guéhenno et Romain Rolland 1919-1944, op. cit.
51. Romain Rolland à Jean Guéhenno, 26 août 1931,
L'Indépendance de l'esprit..., op. cit., p. 171. Romain Rolland
demande à Guéhenno de ne pas s'adresser à Curtius
: " Il vient de s'attaquer grossièrement à mon ami
Christian Sénéchal, dans la revue de Grautoff, et il l'a
fait d'une façon si révoltante qu'il a suscité,
en Allemagne même, de cinglantes répliques des principaux
romanistes [...] " (lettre à Jean Guéhenno, 26 novembre
1931, L'Indépendance de l'esprit , op. cit., p. 180-181). On
peut s'étonner de la sévérité de Romain
Rolland à l'égard des germanistes français qu'il
qualifie de " sorbonicoles " et qu'il ne juge pas nécessaire
d'inviter, non plus que Giraudoux ou Groethuysen !
52. D'une rive à l'autre. Hermann Hesse et Romain Rolland. Correspondance
et fragments du Journal. Introduction de Pierre Grappin. Cahiers Romain
Rolland, 21, Paris, Albin Michel, 1972, p. 131 et 136. Hermann Hesse,
" Remerciement à Goethe ", Europe, n° 112, 15 mars
1932, p. 254.
53. Jean Guéhenno à Romain Rolland, 12 août 1931,
L'Indépendance de l'esprit..., op. cit., p. 168-169.
54. Romain Rolland à Jean Guéhenno, 26 août 1931,
ibid., p. 170.
55. Bernard Duchatelet, Romain Rolland et La NRF, Paris, Albin Michel,
1989, Cahiers Romain Rolland, 27, p. 48.
56. Romain Rolland, " Meurs et deviens ! ", reproduit dans
Compagnons de route, 1935.
57. Jules Romains, " En pensant à Goethe ", n°
112, Europe, 15 avril 1932, p. 237 et 239. Les deux premiers tomes des
Hommes de bonne volonté paraissent en 1932.
58. Christian Sénéchal, " Lettres sur Goethe ",
ibid., p. 296.
59. Romain Rolland à Jean Guéhenno, 2 février 1932,
L'Indépendance de l'esprit..., op. cit., p. 193.
60. L'Indépendance de l'esprit. Correspondance entre Jean Guéhenno
et Romain Rolland, op. cit., lettre du 26 mars 1935, p. 333-334. "
Pour les écrivains aimant Hugo, adressez-vous de ma part au poète
grec Costis Palamas [...]. Il est un des mieux qualifiés pour
en parler : car il est un Hugo hellénique. Il y aurait aussi,
s'il voulait bien (et s'il pouvait encore ) Gabriele d'Annunzio. Je
l'ai bien connu ; mais il y a des années que je n'ai plus de
relations avec lui. Henry Prunières pourrait vous être
un utile intermédiaire. Je vais m'informer pour l'URSS. "
61. Ibid., p. 335.
62. La Gloire de Victor Hugo. Exposition. Galeries nationales du Grand
Palais, Paris, Réunion des Musées nationaux, 1985.
63. Chantal Martinet, " Les hommages publics ", La Gloire
de Victor Hugo, op. cit.
64. Cité par Jean-Pierre Bernard, Le Parti communiste français
et la question littéraire 1921-1939, Grenoble, Presses universitaires
de Grenoble, 1972, p. 256.
65. Aragon, " L'actualité de Victor Hugo ", L'Humanité,
29 mai 1935. Cité par Jean-Pierre Bernard, op. cit., p. 257.
66. Paul Vaillant-Couturier, " À la veille du congrès
mondial des écrivains. Oui, avec Hugo ! ", Commune, n°22,
juin 1935.
67. Jean Guéhenno, " Appel au poète d'aujourd'hui
", Europe, n° 150, 15 juin 1935, p. 100-113. Repris dans Jean
Guéhenno, Entre le passé et l'avenir. Préface de
Pascal Ory, Paris, Grasset, 1979, p. 247-260.
68. Jean-Richard Bloch, " La part de Hugo ", Europe, n°
150, juin 1935, p. 173-174.
69. Allusion à Claude Farrère.
70. Jean-Richard Bloch, Europe, ibid., p. 173-174.