Pierre-Edmond Robert : Europe 1934-1939 : Les
voyages en U.R.S.S.
Relire, soixante ans après leur parution, les
numéros d'Europe, y retrouver l'écho des débats
idéologiques d'une époque où aux arguments des
démocraties s'opposent ceux de l'Italie fasciste, de l'Allemagne
nazie, de la Russie communiste, et le témoignage de ses acteurs,
écrivains et intellectuels, en particulier celui de ceux qui
ont voyagé en U.R.S.S., ne nous révélera pas une
vérité désormais établie par les historiens
1. Mais la vérité est relative parce que datée.
Si les contemporains étaient déjà à même
de connaître la réalité soviétique 2, la
révéler était un autre enjeu 3.
L'intérêt d'une telle relecture n'est donc plus dans le
débat lui-même, mais dans ses conditions. On a largement
reconstruit l'itinéraire collectif de la revue Europe, fait des
hésitations, des prises de position successives, voire contradictoires,
de ses fondateurs et de ses responsables réagissant aux événements
des années trente 4. Peut-être n'a-t-on pas assez souligné
que les collaborateurs d'Europe, de même que ceux qui écrivaient
alors dans La N.R.F., Marianne, Commune ou d'autres revues, ou communiquaient
de toute autre manière leur expérience de l'U.R.S.S.,
ont en commun d'être romanciers. Il n'est donc pas injustifié
d'observer alors comment leurs écrits sont à la fois le
fruit des circonstances et le produit de traditions ou de remises en
question littéraires, comment ils s'inscrivent dans les diverses
variations des genres romanesques de cette première partie du
vingtième siècle et plus encore dans l'ensemble de leur
uvre 5.
L'U.R.S.S. n'a cessé d'être présente dans Europe
depuis sa fondation en 1923, sous le patronage de Romain Rolland. On
sait que l'auteur d'Au-dessus de la mêlée avait été
réticent devant la révolution russe. Dix ans plus tard,
dans le numéro d'Europe du 15 octobre 1927, il avait exprimé
ses réserves dans " Trois lettres sur la Russie ".
Mais après les journées de février 1934 en France,
l'arrivée au pouvoir d'Hitler en Allemagne, et à la suite
d'une progressive évolution personnelle, dont son second mariage,
il s'est aligné sur les positions soviétiques qu'il a
justifiées dans la conclusion de son second roman, L'Âme
enchantée.
Les années 1934-1938, dont les six premiers mois de 1939 forment
l'épilogue, ne sont pas moins riches en articles et en échos
sur l'Union soviétique. On y trouve des études et des
témoignages de visiteurs français retour de Moscou, des
textes de Trotsky ou de Staline, ou d'auteurs russes impliqués
dans la révolution, tels Maxime Gorki et Alexandre Névérov,
ou encore des correspondances, comme celle de Lénine avec des
membres de sa famille. En l'absence d'articles, des motions officielles
émanant des Congrès des écrivains successifs, des
comptes rendus d'ouvrages consacrés à l'Union soviétique,
voire des encarts publicitaires signalant des parutions aux Éditions
sociales internationales soulignent cette référence permanente.
Pour ce qui est des intellectuels et écrivains français
retour de Moscou, pendant cette période cruciale des années
1934-1938, on trouve donc dans la revue des textes de ses " ténors
" : Romain Rolland, lui-même invité à Moscou
par Gorki en juin-juillet 1935, de Jean-Richard Bloch, l'auteur de ...
& Cie 6, qui tient alors la rubrique " Commentaires ".
Comme Romain Rolland, il a évolué dans un sens favorable
à l'U.R.S.S. 7. En 1934, membre de l'Association des Écrivains
et des Artistes Révolutionnaires, il a été invité
à Moscou, au 1er Congrès des Écrivains soviétiques.
Un autre membre de l'A.É.A.R., Georges Friedmann, et bien qu'il
ait eu des ambitions littéraires 8, s'exprime en revanche dans
Europe comme le spécialiste de la sociologie du travail. Son
enquête dans les usines en France, Angleterre, Tchécoslovaquie,
Pologne, U.R.S.S. a été publiée en 1934 aux Éditions
sociales internationales : Problèmes du machinisme en U.R.S.S.
et dans les pays capitalistes et dans Europe : " Machinisme et
humanisme " (15 juin 1935) ainsi que " Travail et communion
en U.R.S.S. " (15 septembre 1935) 9.
Jean Guéhenno 10, rédacteur en chef et responsable de
l'orientation antifasciste d'Europe, à partir de 1934, se montre
plus discret à l'égard de l'U.R.S.S. Le pacifisme qu'il
partage avec Romain Rolland s'exprime dans le numéro d'Europe
du 15 novembre 1934, consacré à la guerre de 1914. Il
contient notamment un texte d'Alain, " Vingt ans après ou
Mars refroidi ", reprenant le titre de son Mars ou la Guerre jugée,
de 1921, et le " Témoignage d'Eugène Dabit "
où l'auteur de l'Hôtel du Nord, qui tient la rubrique des
expositions dans la revue 11, évoque ses souvenirs de la guerre
et du front pour appeler au refus de toute nouvelle guerre.
Sur l'U.R.S.S., Jean Guéhenno se contente, dans le numéro
du 15 février 1934, d'une note de lecture sur l'ouvrage de Nadiejda
Kroupskaïa, Ma vie avec Lénine, paru chez Payot. Après
son départ en février 1936, lorsque la revue est passée
dans la mouvance communiste, son successeur, Jean Cassou 12, alors "
compagnon de route ", signe un éditorial pro-soviétique
dans le numéro du 15 février 1937 : " Unir ".
Cassou, répondant au courrier de lecteurs critiquant la nouvelle
ligne de la revue, nie tout changement et ajoute : " leur grief
véritable, c'est que l'on n'y fait pas campagne contre l'U.R.S.S.,
et je dois reconnaître que les manifestations et les créations
de celle-ci sont et seront étudiées dans Europe sans complaisance
ni docilité, mais avec une sereine confiance. " Plus loin,
et c'est en effet la nouvelle ligne, il justifie la défense de
l'U.R.S.S. par la lutte contre le fascisme.
Il suffit de dépouiller les sommaires de la revue pour retrouver
le contrepoint de ces différences. Se succèdent ainsi
un article de Romain Rolland, " Lénine : l'art et l'action
", introduisant un texte de Lénine, " Léon Tolstoï,
miroir de la révolution russe " (15 janvier 1934) et, toujours
de Lénine, en juillet de la même année, des "
Lettres de Sibérie ". Dans Europe du 15 mars 1936, on trouve
encore une correspondance de Lénine avec sa famille, due à
Henri Barbusse et Alfred Kurella. Mais dans les numéros des 15
mars et 15 avril 1934 ce sont des fragments de l'Histoire de la révolution
russe de Léon Trotsky.
Dans la rubrique " Chroniques " du numéro du 15 mai
1934, Marc Jaryc fait une étude comparative des moyens d'information
par pays : " Information et déformation ". L'auteur
note l'omniprésence de la propagande en U.R.S.S. Rien de tel
dans " Paroles à un congrès soviétique "
de Jean-Richard Bloch (15 septembre 1934), qui a participé, avec
pour la France Aragon, Malraux et Nizan, au 1er Congrès des Écrivains
soviétiques, qui s'est ouvert le 17 août. Il y parle de
la place de l'écrivain en France et en U.R.S.S. - il reviendra
sur ce Congrès dans le numéro du 15 janvier 1935. Une
motion dithyrambique à l'égard de Romain Rolland, votée
lors de ce même congrès et signée par son président,
Maxime Gorki, est publiée dans Europe du 15 septembre 1934.
Dans une autre de ses " Chroniques ", le 15 décembre
1934, J.-R. Bloch, avec " Commentaires : d'U.R.S.S. ", poursuit
son périple en Géorgie et en Arménie, s'émerveille
des statistiques qui mesurent les progrès de ces régions.
Dans le numéro du 15 mars 1935, son " Mort et résurrection
de Moscou " approuve les transformations qui affectent la capitale
soviétique. J.-R. Bloch revient sur cette question architecturale
dans " Le peuple a droit à des colonnes " (Europe,
15 juin 1937). À l'occasion de l'Exposition de Paris et des critiques
adressées par les visiteurs au pavillon soviétique, il
rappelle un épisode emblématique de son voyage de 1934
: " On venait d'inaugurer, à Moscou, une vaste maison qui
faisait l'objet de tous les commentaires dans les milieux artistiques
de l'U.R.S.S., et bien au-delà de ces milieux. Elle était
déjà célèbre dans le public, sous le nom
de "La Maison à colonnes", et cette expression était
prise volontiers dans un sens ironique. " Il s'agit de la copie
" d'un palais romain du XVIe siècle ", avec "
quatre grandes colonnes ", et elle contraste avec l'avant-gardisme
architectural importé d'Occident qui avait été
le style de la Révolution jusque-là. J.-R. Bloch explique
les échecs ou les retards de l'économie russe, la pénurie,
en rappelant les rigueurs du climat, la formation médiocre des
ouvriers russes, les priorités du plan quinquennal, voire la
perte de la Pologne _ mais souligne la bonne politique de " l'homme
d'acier " du Kremlin. À propos de la maison à colonnes,
il rapporte le mot de Kaganovitch : " Le peuple a droit à
des colonnes ! " Il cite enfin un journaliste soviétique
qui, grâce à la dialectique, apporte sa conclusion à
cette histoire exemplaire : ce goût pour les images du passé
n'est que temporaire, plus tard, le peuple russe " pourra élaborer
un art qui exprime son destin ".
La rubrique nécrologique n'est pas moins intéressante.
Comme ces inscriptions funéraires qui sont tout ce qui subsiste
d'empires disparus, elle nous renseigne sur les murs du temps.
Europe du 15 mai 1935 annonce la mort de Panaït Istrati et le numéro
du 15 octobre celle d'Henri Barbusse (le 30 août à Moscou).
Une " Chroniques du temps _ À la mémoire de Henri
Barbusse " reproduit les hommages déjà publiés
(le numéro de septembre était déjà bouclé)
par J.-R. Bloch et Romain Rolland _ ce dernier dans Regards : "
Il y a un mois, le 23 juillet, je rencontrais Barbusse à Varsovie.
Je revenais de Moscou. Il s'y rendait. Il était plein de joie.
[
] " Voici la conclusion de Rolland : " Il a eu cette
autre joie d'assister, avant de mourir, aux premières assises
du VIIe Congrès du Comintern [sic], où vient de s'affirmer,
avec un éclat triomphal, la victoire de l'Internationale communiste,
dont il était un soldat. Et quelle consécration à
cette vie de combat et de foi, que de tomber au pied de la muraille
du Kremlin, près du maître Lénine, parmi les glorieux
morts qui montent la garde héroïque autour de celui en qui
s'incarne la Révolution mondiale et prolétarienne ! "
La même foi en l'U.R.S.S. s'exprime dans sa " Réponse
à une enquête de Vendémiaire sur "Le déclin
des idées de liberté et de progrès" ",
publiée dans Europe du 15 janvier 1936.
Dans Europe du 15 juillet 1936 figurent les hommages à Gorki
qui vient de mourir : Romain Rolland, " Adieu à Gorki ",
J.-R. Bloch, " Gorki est mort ! ". Dans le numéro du
15 août Romain Rolland a préfacé une lettre de Maxime
Gorki et Aragon a signé " Les jours de Gorki " où
il dépeint avec lyrisme ses funérailles à Moscou,
en présence d'André Gide.
Dans Europe du 15 octobre 1936, un article d'Henri Hertz retrace la
carrière littéraire d'Eugène Dabit, mort deux mois
plus tôt à Sébastopol, lors du voyage officiel où
il accompagnait Gide. Hertz évoque le mouvement populiste, revient
à ce propos sur les romans de Céline qu'il décrit
comme " le monstre, le minotaure, le Gargantua qui, dans un paroxysme
lyrique d'appétit sensuel et de vengeance, fait une gigantesque
bouillie de toute cette humanité infirme, la dévore, puis
la rend, la torture, en jouit, puis l'assassine ". Hertz approuve
l'art de Dabit mais ne donne pas d'informations sur les circonstances
de sa mort 13.
Au cours des années 1935 à 1939, on trouve encore dans
Europe l'écho des événements, des questions du
jour. Le numéro du 15 juillet 1935 reproduit les interventions
de J.-R. Bloch, André Chamson, Georges Friedmann, Jean Guéhenno,
Paul Nizan au Congrès international des Écrivains pour
la défense de la culture qui s'est tenu à Paris du 21
au 25 juin. Dans le numéro du 15 avril 1936, L. Émery
se félicite de la signature du pacte franco-soviétique
14 et une " Chronique ", de M.-R. Charel, " À
propos du stakhanovisme ", signale que ce " mouvement "
est largement débattu dans la presse française. Dans Europe
du 15 juin 1936, Léon Moussinac se range au nouveau mot d'ordre
artistique : " Réalisme socialiste ".
Mais le débat le plus important, celui qui suivit le revirement
d'André Gide dans son Retour de l'U.R.S.S., figure dans Europe
du 15 janvier 1937 avec l'article de Georges Friedmann, " André
Gide et l'U.R.S.S. " Friedmann oppose sa connaissance approfondie
de l'U.R.S.S. à celle de Gide qu'il juge " partielle ".
Il conteste la valeur d'exemple des témoignages cités
par Gide, ses chiffres, mais reconnaît : " Je n'approuve
pas tout ce que j'ai vu en Union soviétique. " Il conclut
en s'adressant à Gide : " Nous sommes quelques-uns à
penser que votre petit livre n'a fait que "blesser", sans
être capable de "guérir". "
Georges Friedmann signe encore, dans Europe du 15 février 1938,
un article, " De la Sainte Russie à l'U.R.S.S. ", où
il fait une synthèse des informations tirées de ses voyages
de 1932 à 1936. L'ensemble a été publié
la même année et sous le même titre aux éditions
Gallimard. Bien que favorable à l'U.R.S.S., Friedmann émet
des réserves sur son système totalitaire, ne nie pas ses
échecs économiques. Pour lui, c'est parce que la Sainte
Russie était un pays arriéré que l'U.R.S.S. n'est
pas encore parvenue à atteindre ses objectifs économiques.
Mais il garde ses critiques les plus graves pour lui, comme en témoignent
" quelques pages écrites en 1943 " et reprises dans
son livre de 1970, La Puissance et la sagesse. Il note sa propre évolution
qu'il fait remonter " au retour de [son] troisième séjour
en U.R.S.S. ". Il se souvient : " Je m'y trouvais, en août
1936, au moment du premier grand "procès de Moscou"
(les principaux accusés étaient Zinoviev et Kamenev) qui
constitua pour moi un choc décisif 15. " Entre-temps, il
y avait eu le pacte germano-soviétique qu'il a condamné
dans son remarquable Journal de guerre, publié posthume, en 1987
16. Malgré le caractère mesuré de son analyse de
1938, Friedmann est alors attaqué dans la presse communiste (par
Nizan dans L'Humanité) à laquelle il avait collaboré
jusque-là, mais non dans Europe où il peut compter sur
le soutien amical de Jean Cassou.
On constate que de tous les témoignages rapportés par
des écrivains et intellectuels français, seuls ceux des
responsables d'Europe et de ses principaux collaborateurs sont mentionnés
dans ses colonnes avec, pour 1936, l'exception du Retour de l'U.R.S.S.
de Gide. Cette même année 1936, dix-neuf ouvrages de ce
type sont publiés et dix-sept pour 1937 17. Mais Europe, dans
son numéro du 15 mars 1937, ne revient sur le livre de Gide qu'à
l'occasion d'un échange de lettres entre l'auteur de l'article
qui en a rendu compte, Friedmann, et un des membres du groupe qui accompagnait
Gide en U.R.S.S., le romancier et militant communiste néerlandais
Jef Last. Cette polémique porte sur la dédicace de Retour
de l'U.R.S.S. à Eugène Dabit, mort au cours du même
voyage. Friedmann reproche à Gide cette dédicace qu'il
juge abusive, tandis que Jef Last invoque la déception de Dabit
devant la réalité soviétique et conclut ainsi sa
lettre : " J'ose dire que le livre qu'a écrit Gide était
bien celui que Dabit attendait et exigeait de lui. " Dans ce même
numéro, on trouve les pages du journal que Dabit a tenu pendant
son voyage en U.R.S.S, du 20 juin au 12 août 1936. Il n'y aborde
pas les questions de fond, évoque des rencontres féminines
et ses propres préoccupations.
Rien sur le Mea culpa de L.-F. Céline, qui avait été
à Leningrad pendant l'été de 1936, bref récit
sur le mode burlesque paru en décembre 1936, rien sur Retouches
à mon retour de l'U.R.S.S. de Gide, ni sur le En U.R.S.S. 1936
de Pierre Herbart, qui y avait accompagné Gide, ni sur Bagatelles
pour un massacre de Céline, où son séjour de 1936
fournit encore la matière de plusieurs séquences, tous
ouvrages parus en 1937.
Il est vrai qu'en 1937 et 1938, la guerre civile en Espagne occupe plus
de place dans la revue que l'U.R.S.S. En 1936, Europe ne parle pas non
plus des procès de Moscou. Enfin, les crises qui jalonnent l'approche
de la guerre inspirent à Georges Friedmann " L'U.R.S.S.
et le drame tchécoslovaque " (Europe, 15 janvier 1939).
L'auteur revient sur les accords de Munich, signés deux mois
plus tôt, évoque la confusion qu'ils ont semée dans
les esprits et se propose d'examiner " l'attitude de l'U.R.S.S.
" qu'il approuve en conclusion. Mais le dernier article consacré
à l'U.R.S.S. dans Europe, avant la suspension de sa publication
à la suite du pacte germano-soviétique, est une "
Chronique " dans le numéro du 15 avril 1939 : " Nouvelles
du vaste monde réunies par l'Association internationale des écrivains
pour la défense de la culture ", une rubrique créée
en juin 1938, et, de P. Pavlenko, " Lettre d'U.R.S.S. " :
" Culture unique et multinationale ".
Un contrepoint : La N.R.F.
C'est la revue, rarement mentionnée dans Europe
mais toujours présente à l'esprit de ses rédacteurs
car elle est le contre-modèle qu'ils ont voulu dépasser
grâce à une revue engagée dans les débats
intellectuels de l'heure et dont le titre est aussi un programme politique.
En réalité, les convergences ne manquent pas ; les textes
que Jacques Rivière, directeur de La N.R.F. de 1919 à
sa mort, en 1925, a écrits de 1916 à 1924, et qui ont
été repris sous le titre Une conscience européenne,
le prouvent 18. Jacques Rivière, associé à La N.R.F.
presque dès sa fondation, fut mobilisé en août 1914.
Fait prisonnier peu après, il fut interné en Suisse en
juin 1917, avant de retrouver la France en 1918. Son témoignage,
dans L'Allemand, paru aux Éditions de La N.R.F. en 1918, est
une tentative honnête pour comprendre l'ennemi. Dans son premier
éditorial, lors de la reparution de La N.R.F., en juin 1919,
Rivière a défendu, contre Henri Ghéon ou Jean Schlumberger,
favorables au nouveau et maurrassien Parti de l'Intelligence, "
une revue désintéressée, une revue où l'on
continuera de juger et de créer en toute liberté d'esprit
". En ce qui concerne la situation européenne de cet après-guerre,
Rivière, dans les Notes de La N.R.F., comme dans les articles
du quotidien Luxemburger Zeitung, s'oppose _ sur la question des réparations
et de l'occupation de la Ruhr notamment _ à la politique de Poincaré,
en proposant, dans La N.R.F. du 1er mai 1923, au lieu de sanctions une
entente économique avec l'Allemagne. On retrouve aussi la signature
de Jean Cassou dans La N.R.F., tandis que Pierre Drieu la Rochelle,
qui la dirigera de 1940 à 1943, signe " Unité française
et unité allemande " dans le numéro du 15 janvier
1934 d'Europe. Autre contact au sommet : Jean Paulhan, dans une lettre
du 11 mars 1942 à Jean Guéhenno affirme (contre ce dernier)
qu'une revue peut " être parfaitement valable sans traiter
le moins du monde de politique ou d'actualité ", et conclut
: " ne réveillons pas la vieille querelle Europe-N.R.F.
19 ".
Dans la période qui nous intéresse ici, les années
1934 à 1939, les mêmes événements trouvent
leur écho aussi bien dans Europe que dans La N.R.F. de Jean Paulhan.
Les événements de février 1934 sont aussitôt
commentés dans La N.R.F. du 1er mars par Benjamin Crémieux.
Il conclut ses " Hypothèses autour du 6 février "
par cette interrogation : " 6 février 1934 : charnière
de l'histoire française ou mauvais cauchemar ? ", avant
de revenir sur les journées de février dans le numéro
du 1er avril. La conversion d'André Gide au communisme est un
autre sujet récurrent. Dans La N.R.F. du 1er avril 1934, Ramon
Fernandez publie une " Lettre ouverte à André Gide
" : " Mon cher ami, vous êtes communiste et je ne le
suis pas encore ; et je persiste à croire que mieux vaut "ne
l'être pas" encore quand on veut servir, de la place où
je suis, les intérêts essentiels du prolétariat.
" Ramon Fernandez reproche à Gide son incompétence
politique et idéologique. Dans ses " Chroniques " de
La N.R.F. du 1er avril et du 1er juin 1934, Albert Thibaudet revient
sur cette conversion d'André Gide au communisme dont on parle
dans les revues, de l'Action française au Mercure de France et
à Europe.
De 1934 à 1936, l'U.R.S.S. est également présente
dans les numéros de La N.R.F. Le 1er novembre 1934, on trouve
un ensemble de documents sur le 1er Congrès des Écrivains
soviétiques, qui s'est tenu à Moscou du 17 au 31 août
1934, et dont Europe a parlé dans son numéro du 15 septembre.
On peut lire dans La N.R.F. le résumé des interventions
d'André Malraux et J.-R. Bloch, pour la France, celles d'une
délégation de l'armée rouge, d'une pionnière
de quatorze ans, des cheminots russes, etc., et le message d'André
Gide, retraduit du russe. Le 1er janvier 1936, un autre ensemble dans
" Textes et documents " aborde un sujet d'actualité
: " Le Mouvement stakhanoviste ". Divers records d'abattage
du charbon sont reproduits à l'intention des lecteurs de La N.R.F.,
ainsi qu'un texte d'Alexis Stakhanov, à l'origine du mouvement.
Des notes sur le Lénine de D. Mirsky, sur Trois Russes, de Maxime
Gorki, ouvrages publiés aux Éditions de La N.R.F., une
lettre ouverte à Julien Benda, de Pierre Herbart (qui affirme
: " Le communisme mise sur l'homme. C'est une entreprise de libération
totale de l'homme. ") complètent le tableau.
Pour les récits des voyageurs de l'U.R.S.S., soixante ans après,
notre religion est faite. Dans les productions de ce genre, celles de
Gide et de Céline tranchent. Non pas parce qu'ils sont les plus
compétents, les mieux informés, mais parce que leur place,
au premier rang de la littérature du vingtième siècle
s'est imposée depuis. Le Mea culpa de Céline 20 ne compte
que vingt pages : un soliloque gouailleur où les exclamations
sont autant de commentaires sur le système soviétique,
comme si les faits déjà connus de tous n'avaient plus
à être exposés mais seulement soulignés.
On peut y ajouter les scènes d'un voyage en U.R.S.S. qui figurent,
mêlées à la scandaleuse diatribe antisémite,
dans Bagatelles pour un massacre. La première séquence
est faite des réactions de Céline aux critiques qui ont
suivi la sortie de Mea culpa et de Retour de l'U.R.S.S. 21. La situation
sanitaire à Leningrad est l'objet d'une première séquence
22, suivie d'une autre, introduite comme par un conteur parodique :
" Il faut d'abord situer les choses, que je vous raconte un petit
peu comment c'est superbe Leningrad... C'est pas eux qui l'ont construit
les "guépouistes" à Staline... Ils peuvent même
pas l'entretenir... 23 " Une nouvelle intervention d'auteur introduit
la séquence suivante : " Peut-être faut-il à
présent, à ce moment du récit, que j'éclaire
un peu ma lanterne...24 " Suivent la rencontre fortuite avec un
personnage qui est un témoin romanesque du passé londonien
de Céline et qui figurera dans Guignol's Band, puis des conversations
avec Nathalie, l'interprète de l'Intourist, qui, avec l'argument
du " Grand Ballet Mime Van Bagaden ", terminent le volume.
Céline est romancier, il s'exprime sous son nom de plume dans
ce registre-là et inscrit son récit de voyage et sa suite
dans l'ensemble de son uvre _ romans, pamphlets, chroniques.
Chez les écrivains contemporains de Céline, seul Gide
lui consacre quelque attention. Dans des feuillets écrits lors
de la parution de Bagatelles, il rappelle ses lectures de Voyage et
de Mort à crédit 25. Il approuve Bagatelles pour un massacre,
ouvrage que la critique n'a, selon lui, pas compris. Dans Retouches
à mon Retour de l'U.R.S.S., paru en juin 1937, Gide a cité
le Mea culpa de L.-F. Céline, paru en décembre 1936, soit
peu après son propre Retour de l'U.R.S.S.
Les " Carnets d'U.R.S.S. ", que Gide avait tenus lors de son
voyage, du 17 juin au 23 août 1936, et qu'il a utilisés
pour Retour de l'U.R.S.S., ont été publiés in extenso
lors de la réédition du Journal en 1997 26. Les réserves
de Gide sur ce qu'il voit du régime communiste s'y expriment
directement. Malgré sa sympathie pour l'U.R.S.S., il avoue son
scepticisme, voire son découragement 27. Journal de voyage ou
journal tout court, tel est un des aspects essentiels de l'uvre
de Gide, même si son Retour de l'U.R.S.S. et Retouches empruntent,
comme son Voyage au Congo, aussi aux moyens du documentaire.
À propos de Retour de l'U.R.S.S. et Retouches, Jean Guéhenno
écrit à la date du 16 août 1937 dans son Journal
d'une " révolution " : " Il n'était pas
besoin d'être grand prophète pour être sûr,
dès il y a trois ans, que le voyage d'André Gide en U.R.S.S.
le décevrait 28. " Les raisons ? Les origines bourgeoises
de Gide, son inexpérience politique, voire sa naïveté...
Un échange public de lettres acides dans Vendredi, en novembre
et décembre 1937, complète ces propos alors privés.
Guéhenno les a republiées en appendice de son volume de
1939. Elles ont trait à la guerre d'Espagne mais elles sont pour
Guéhenno l'occasion de réitérer les réserves
qu'il avait déjà formulées quatre ans plus tôt,
dans un article d'Europe du 15 février 1933, sur la sincérité
de l'engagement de Gide. Gide, exaspéré, lui répond
par une formule qui a fait mouche : Guéhenno parle du cur
comme d'autres parlent du nez.
La N.R.F. n'avait pas à faire de procès d'intention à
Gide pour son Retour de l'U.R.S.S. Le compte rendu de Benjamin Crémieux
dans le numéro du 1er décembre 1936 est nuancé.
Le 1er août 1937, il écrit sur Retouches à mon Retour
de l'U.R.S.S. : " Ces Retouches se présentent non comme
une atténuation, mais comme une confirmation et une aggravation
des réserves formulées par André Gide dans Retour
de l'U.R.S.S. à l'adresse du régime stalinien. "
Crémieux ajoute que le redoublement de la dictature stalinienne
donne " à réfléchir à bon nombre de
communistes et à tous les sympathisants d'Occident ".
La plupart des articles de presse qui rendent compte de Mea culpa le
rapprochent du Retour de l'U.R.S.S. de Gide, parce que Céline
avait jusqu'à cette dénonciation du régime soviétique
une réputation de " sympathisant " communiste, malentendu
qui remontait à Voyage au bout de la nuit 29. Si La N.R.F. n'a
pas parlé de Mea culpa, elle a présenté Bagatelles
pour un massacre à deux reprises : une première fois le
1er février 1938 par la plume de Marcel Arland, et la seconde
le 1er avril 1938 par celle d'André Gide. L'article de ce dernier,
" Les juifs, Céline et Maritain " (auquel Maritain
répondra dans le numéro du 1er juin 1938) ne mentionne
pas les passages qui évoquent la situation en U.R.S.S. et pas
davantage Mea culpa.
L'article de Jacques Soustelle, dans La N.R.F. du 1er octobre 1938,
sur l'ouvrage de Georges Friedmann, De la Sainte Russie à l'U.R.S.S.,
paraît clore l'inventaire : " On remplirait bien des bibliothèques
avec les ouvrages consacrés à l'U.R.S.S. Qui n'a voulu,
après un séjour long ou bref au pays des Soviets, encore
tout palpitant de ses expériences, conter au monde ses étonnements,
son admiration, sa haine, voire sa "saison en Enfer" ? "
Mais, parce qu'il juge que " les études sérieuses
sont plus rares ", Soustelle approuve le livre de Friedmann.
Il n'y a donc pas eu de commentaires dans Europe, ni sur le second ouvrage
de Gide ni sur ceux de Céline. Est-ce parce que, depuis le Retour
de l'U.R.S.S. de Gide, la messe est dite ? On ne croit plus guère
au paradis soviétique, même chez les sympathisants. Mais
la montée des périls _ guerre d'Espagne, crise des Sudètes
_ change le regard que l'on porte sur l'Union soviétique, jusqu'au
pacte germano-soviétique. Aujourd'hui, le recul nous conduit
à redécouvrir deux vérités d'évidence.
La première : avoir raison ou voir les événements
vous donner raison n'est pas indispensable dans un débat intellectuel.
Empêcher l'adversaire de s'exprimer est autrement plus efficace.
Europe, malgré les hautes ambitions et les grandes qualités
de ses collaborateurs, n'échappe pas toujours à cette
tentation. La seconde : la revanche de la littérature sur les
sciences politiques, l'anthropologie, la sociologie, voire les statistiques
économiques ou démographiques, les bilans financiers,
la prospective à moyen ou long terme... Le Retour de l'U.R.S.S.
de Gide, autre fragment de son Journal, le Mea culpa de Céline,
autre chapitre de son uvre romanesque, atteignent, en dépit
de leur documentation incomplète, à une vérité
non seulement confirmée depuis 30, mais essentielle. Une fois
de plus, dans le voyage d'écrivain, en U.R.S.S. ou ailleurs,
c'est l'écrivain qui compte.
Pierre-Edmond Robert
Notes
1. Le plus récemment par Michel
Winock, Le Siècle des intellectuels, Seuil, 1997, chap. 24-31.
2. Notamment par les études de Walter Citrine,
dirigeant syndicaliste britannique (la traduction française de
son ouvrage de 1936 _ le journal de son voyage en U.R.S.S. de septembre-octobre
1935 _ fut publiée en 1937 chez Berger-Levraut sous le titre
: À la recherche de la vérité en Russie) et celles
de Victor Serge, écrivain et militant belge d'origine russe qui
a fait le bilan de son expérience soviétique, de la Révolution
d'Octobre à ses emprisonnements, jusqu'à sa libération
en 1936, dans Destin d'une révolution, U.R.S.S. 1917-1936, Grasset,
1937. Europe a publié Ville conquise, de Victor Serge, dans ses
numéros de mai, juin, juillet, août et septembre 1932 et,
dans son numéro du 15 janvier 1935, " Histoire de Russie
", poème qui tourne en dérision le régime
stalinien. Voir n° 7.
3. En 1946, au lendemain de la guerre et dans un contexte
différent, le Post-scriptum de Victor Kravchenko à son
propre témoignage observé de l'intérieur du système
soviétique, J'ai choisi la liberté !, rappelait l'efficacité
de ses propagandistes extérieurs : " Bien que les chefs
du Kremlin aient refusé d'accorder à leurs sujets les
libertés politiques et économiques les plus élémentaires,
ils essayent, de concert avec leur complices de l'étranger, de
faire croire au reste du monde que le système soviétique
est une forme de la liberté et qu'il représente la démocratie
véritable opposée à la démocratie "vieux
jeu", à la démocratie démodée qui se
pratique dans d'autres pays. ". V.-A. Kravchenko, J'ai choisi la
liberté ! La vie publique et privée d'un haut fonctionnaire
soviétique, traduit de l'américain par Jean de Kerdéland,
Éditions Self, 1947, p. 637.
4. Voir N. Racine, " La revue Europe (1923-1939).
Du pacifisme rollandien à l'antifascisme compagnon de route ",
Matériaux pour l'histoire de notre temps, BDIC, janvier-mars
1993 ; Jacques Julliard et Michel Winock, Dictionnaire des intellectuels
français, Seuil, 1996, articles " Europe ", p. 457,
et " Romain Rolland ", p. 998 ; Stavroula Constantopoulou,
" La fonction de la littérature et le rôle de l'écrivain
selon la revue Europe , de 1923 à 1939 ", thèse de
doctorat, Paris III- Sorbonne Nouvelle, 1996, 2 vol.
5. Outre Barbusse, Aragon et Nizan, familiers de l'U.R.S.S.
en raison de leur engagement, de nombreux écrivains français,
en dehors des collaborateurs habituels d'Europe _ notamment Romain Rolland,
Georges Friedmann, Jean-Richard Bloch _, ont voyagé en U.R.S.S.
depuis les années vingt : Henri Béraud, Georges Duhamel,
André Malraux, Pierre Drieu la Rochelle, Roland Dorgelès
et, en 1936, André Gide, Eugène Dabit, Louis Guilloux,
Louis-Ferdinand Céline, entre autres. Voir Fred Kupferman, Au
pays des soviets. Le voyage français en Union Soviétique,
1917-1939, Gallimard, coll. " Archives ", 1979. Il signale
125 " retours d'U.R.S.S. ".
6. 1884-1947, agrégé d'histoire, ancien
combattant ; ... & Cie avait paru en 1918.
7. C'est ainsi que dans le numéro du 15 novembre
1933 d'Europe, il exprime dans " Le manteau d'Arlequin " sa
crainte qu'en parlant de l'affaire Victor Serge (écrivain et
journaliste de langue française mais d'origine russe, arrêté
en U.R.S.S. pour trotskisme et finalement libéré sous
la pression internationale en 1936, voir n° 2) on se serve de son
cas " pour instruire le procès tout entier de la politique
stalinienne et du destin de la révolution socialiste en Russie
".
8. 1902-1977, agrégé de philosophie. Dans
son diptyque publié aux Éditions de La N.R.F., Jacques
Aron (I : Votre Tour viendra, 1930, et II : L'Adieu, 1932), Friedmann
retrace l'enfance et la jeunesse dorées puis l'engagement militant
d'un héros, Jacques Aron, proche de lui et des modèles
romanesques de Roger Martin du Gard, voire de Proust et de Gide.
9. Sur ces mêmes questions, Georges Friedmann
a publié aux Éditions Gallimard, en 1936, La Crise du
progrès, suivi d'un deuxième volet en 1946 : Problèmes
humains du machinisme industriel. Voir encore Où va le travail
humain ? (1950) et Le Travail en miettes (1956).
10. 1890-1978, agrégé de lettres. Son
Caliban parle a été publié en 1928 (Grasset), année
où, sous l'égide de Romain Rolland, il est devenu secrétaire
de la rédaction d'Europe. Voir P. Ory, " La Revue Europe
à l'époque de Jean Guéhenno (1929-1936) ",
Hommage à Jean Guéhenno, Actes du colloque organisé
sous l'égide de l'Unesco, 1990, et, de Jean Guéhenno,
Dernières lumières, derniers plaisirs, Grasset, 1977.
11. 1898-1936. Son premier roman, L'Hôtel du
Nord, publié en 1929 chez Denoël, avait obtenu le premier
Prix populiste en 1931. De 1930 à 1936, et tout en poursuivant
une carrière de romancier et de nouvelliste, il signe des comptes
rendus littéraires dans Europe et La N.R.F. Outre la critique
artistique publiée durant la même période dans Europe
(et aussi dans la N.R.F., L'Humanité et Regards), il est l'auteur
d'un essai, Les Maîtres de la peinture espagnole, Le Greco _ Velasquez,
paru en 1937 aux Éditions Gallimard.
12. 1897-1986. Poète, romancier et critique
d'art. Son Une vie pour la liberté a été publé
chez Robert Laffont en 1981.
13. Dabit est mort dans un hôpital de Sébastopol,
le 21 août 1936, alors que Gide et les autres membres du groupe
encore présents en U.R.S.S. _ les romanciers Pierre Herbart et
Jef Last _ étaient repartis, deux jours plus tôt, pour
Moscou et Paris. Voir son Journal intime, Gallimard, 1939, nouvelle
éd., P.-E. Robert, 1989.
14. Signé le 2 mai 1935 à Moscou par
Pierre Laval, ministre des Affaires étrangères du cabinet
Flandin, et ratifié en 1936.
15. Georges Friedmann, La Puissance et la sagesse,
Gallimard, 1970, prix " La France et l'Europe ", p. 249.
16. Georges Friedmann, Journal de guerre, 1939-1940,
Préfaces d'Edgar Morin et d'Alain Touraine, Gallimard, 1987.
Voir les entrées du 7 septembre et 15 octobre 1939, p. 42 et
71.
17. Voir Fred Kupferman, Au pays des soviets. Le voyage
français en Union Soviétique, 1917-1939, éd. citée.
Mea culpa de L.-F. Céline y est mentionné pour 1936, mais
Bagatelles pour un massacre n'est pas cité pour 1937, bien qu'appartenant
au moins partiellement à cette catégorie des " retours
d'U.R.S.S. ".
18. Jacques Rivière, Une conscience européenne,
1916-1924, textes présentés et annotés par Yves
Rey-Herme avec la collaboration d'Alain Rivière & Bernard
Melet ; préface de Jean Grosjean, " Les Cahiers de La N.R.F.
", Gallimard, 1992.
19. Jean Paulhan, Choix de lettres II, 1937-1945, Gallimard,
1992, p. 265.
20. L.-F. Céline, Mea culpa suivi de La Vie
et l'uvre de Semmelweis, Denoël et Steele, 1936 ; rééd.
Cahiers Céline 7, Gallimard, 1986 et L'Infini, Automne 1993 (voir
l'article d'Arina Istratova : " Mea culpa pour âmes interdites,
péripéties d'une édition en pays "prolovitch"
", retraçant la première publication de la traduction
russe de Mea culpa en 1991).
21. L.-F. Céline, Bagatelles pour un massacre,
Denoël, 1937, p. 44.
22. Ibid., p. 113-123.
23. Ibid., p. 332.
24. Ibid., p. 335.
25. André Gide, Journal II 1926-1950, éd.
Martine Sagaert, " Bibliothèque de la Pléiade ",
Gallimard, 1997, p. 634, 635.
26. Ibid., p. 523-540 ; voir également l'Introduction
de Martine Sagaert, p. XVI-XIX, pour le voyage en U.R.S.S.
27. " De l'excellent et du pire. " Ibid.,
p. 537.
28. Jean Guéhenno, Journal d'une " révolution
" I 1937-1938 (Cahiers de vacances), Grasset, 1939, p. 48.
29. Voir Le Figaro du 2 janvier 1937 ; Paris Midi du
4 janvier 1937 ; Le Charivari du 16 janvier 1937 ; Gringoire du 29 janvier
1937 ; Commune de mai 1937.
30. Voir V.-A. Kravchenko, J'ai choisi la liberté
!, éd. citée, chap. " Ingénieur à Nikopol
" et " Plus vite, plus vite ! " (sur le stakhanovisme).