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Actes du colloque "Europe, une revue de culture internationale, 1923- 1998"

 


Anne Roche : La critique littéraire & ses présupposés dans Europe pendant les années trente


Europe ne saurait échapper aux grands débats des années vingt et trente sur le rôle des artistes et des intellectuels au sein du mouvement révolutionnaire. C'est surtout à la fin des années vingt que la question de leur spécificité commence à être posée, avec Monde et Barbusse, et elle se transforme selon des étapes bien connues, depuis la fondation de l'AEAR (1932) jusqu'au Congrès pour la défense de la culture (1935) puis au Front populaire (1936). Ce très rapide rappel a pour seul objet de poser la question : par rapport à cet arrière-plan général et international, comment la revue se situe-t-elle ? Y a-t-il une " ligne " dominante, ou n'est-elle pas traversée de contradictions ?
Au Congrès pour la défense de la culture, Jean-Richard Bloch, évoquant l'enquête de Commune " Pour qui écrivez-vous ? ", cite la réponse de Valéry, qu'il résume en " Pour moi-même ". Il simplifie ainsi une position qui n'est certes pas engagée, mais qui n'est pas non plus idéaliste, dans la mesure où elle met en jeu la notion de " travail du texte ", donc de production littéraire. Or, l'implicite de l'analyse de Bloch, c'est qu'il y a une attente sociale, émanant du " peuple muet ", qui peut susciter l'œuvre et obliger l'artiste à se dépasser. " Nous aspirons désormais à une alliance durable et permanente [...] entre le créateur et la masse, [alliance que] une société constituée comme la nôtre ne peut pas nous assurer de façon durable. 1 "
Cette aspiration est rendue plus urgente par l'actualité : " Une menace semblable à celle de l'Affaire Dreyfus, mais [...] qui couvre la terre entière 2 ". La référence à l'affaire Dreyfus n'est pas anodine : il s'agit d'un temps fort de l'engagement, où, la célébration du Centenaire nous le rappelait récemment, le mot intellectuel apparaît comme substantif, et ceux qu'il désigne comme agents de changement social, pas seulement culturel. Dans la même période, les différents écrivains qui collaborent régulièrement à Europe se sentent particulièrement requis par l'actualité, au détriment parfois de leur œuvre : " Impossible, ce mois-ci, d'écrire sur autre chose que sur l'événement. Je n'ai rien lu que des journaux qui, pour la plupart, sans vergogne comme sans risque, mentaient " note Guéhenno dans son Journal.3

La mission de l'écrivain, et du critique littéraire, est donc de s'allier aux masses, mais selon plusieurs modalités. L'écrivain doit les décrire _ description qui sera redondante si elle s'adresse aux masses elles-mêmes, mais utile si elle s'adresse à la bourgeoisie _ et éventuellement orienter la description dans un sens politique, ce qui peut l'amener à proposer des directions, utopiques ou non. Le critique littéraire doit, en décrivant l'œuvre, l'évaluer selon des critères complexes, à la fois esthétiques, mais surtout sociaux et politiques : il contribue parfois à révéler une dimension politique restée cachée ou latente pour l'auteur lui-même : c'est l'exemple célèbre de la lettre d'Engels à miss Harkness sur Balzac.
La revue manifeste parfois la volonté de fonder une science du littéraire : c'est ainsi qu'en janvier 1934, est publiée la première partie du texte de Lénine, Léon Tolstoy, miroir de la révolution russe, qui ne date jamais que de 1908, avec une présentation de Romain Rolland 4. Un an plus tard, un article d'H. Baymford-Parkes sur " Les limites du marxisme " déplore que les critiques marxistes américains ne voient qu'idéologie chez Bach et Shakespeare, leur reproche leur incapacité à juger sur le plan esthétique, et affirme enfin que Marx, Lénine et Trotsky 5 n'ont pas voulu détruire la culture traditionnelle, mais " la rendre profitable aux masses 6 ". Mais le plus souvent, cela reste dans l'implicite : s'il y a une discussion du marxisme, elle se situe au plan de l'économique (par exemple la controverse sur Henri de Man). C'est donc dans les choix des textes publiés, et dans les critiques et recensions, qu'on peut tenter d'apercevoir une ligne d'Europe.
Je commencerai par un exemple isolé, dont on peut hésiter à décider s'il est significatif d'une volonté d'ouvrir la littérature à des non-écrivains : sur le modèle des rabkors soviétiques, L'Humanité avait ouvert un concours littéraire dont les résultats furent publiés dans le recueil Des ouvriers écrivent, recensé par Dabit. Celui-ci demande au lecteur de " rejeter toute préoccupation esthétique, ne pas sourire de quelques gaucheries, [ne pas] s'attarder à découvrir des fautes ", souligne la valeur des témoignages, qui ciblent aussi bien les autres ouvriers, qui s'y reconnaîtront, que " tous ceux qui ne les connaissent qu'à travers des romans pitoyablement réalistes, [...] des reportages mensongers et faciles, des films et des couplets faubouriens 7 ". Mais le plus original de sa recension réside dans l'analyse qu'il fait du statut de ces écrivains occasionnels, dont certains peut-être feront œuvre par la suite, mais " il n'importe ". Cette volonté de donner l'initiative au " peuple " est à rapprocher du compte rendu que, dans le même numéro, Pierre Gérôme fait des journées de février 1934 8. Mais peut-être le mot " peuple " n'a-t-il pas le même sens chez les deux auteurs : sa polysémie reflète les ambiguïtés, les tiraillements perceptibles chez les collaborateurs de la revue. Quelques années après, Marcel Aymé, faisant la satire du Front populaire dans Travelingue, épinglera férocement la mode des écrivains prolétariens avec la figure de Milou : " C'est plat, inepte, vulgaire et ennuyeux au possible. Mais littérairement, c'est une chose très curieuse, très forte, très belle.9 "
Au-delà de cet exemple sans doute trop particulier, quand il s'agit d'ouvrages contemporains dont les auteurs sont de " vrais " écrivains, les recensions comportent parfois des analyses formelles qui ne manquent pas de pertinence. Ainsi la recension du Berlin Alexanderplatz d'Alfred Döblin commence-t-elle par une référence à Brecht, et aux procédés du cinéma : " épisodes présentés comme par la voix compatissante et impuissante qui contemplerait le jeu humain d'un autre monde, rues bariolées d'enseignes qui défilent comme le personnage avance [...] et, doublant le récit pour lui donner la puissance de suggestion qu'a la précision de l'image, des monologues, courts monologues hachés qui suivent la pensée errante de malheureux qui ne pensent pas...10 ". Mais après une description juste de l'intrigue et des personnages, le critique reproche au romancier son attitude de " naturaliste ", et conclut sévèrement : " peinture vraie qui révolte, mais qui porte en soi une résignation peut-être plus révoltante encore : de la misère de l'Alexanderplatz, il n'a tiré qu'une œuvre d'art [...] L'art de Döblin manque du même courage que celui de Céline : tous deux sont des professionnels du désespoir.11 " À comparer avec la recension que Georges Bataille, l'année précédente, consacre au Voyage au bout de la nuit dans la revue de Souvarine, La Critique sociale 12. Mais, au sein même d'Europe, l'unanimité n'était pas faite sur le cas Céline, puisque, dans le même numéro, rendant compte d'un autre roman, Dabit reconnaît : " Dans l'œuvre de L.-F.Céline on découvre une vraie grandeur, une révolte et une misère véritablement payées par un homme.13 "
Même type de critique sous la plume de Philippe Soupault, rendant compte d'Un mort tout neuf de Dabit : " Les "héros" de M. Dabit sont désespérants [...] médiocres, mesquins [...] Leur vie est une impasse et leur mort une décomposition. [...] on souhaite que cette race disparaisse le plus vite possible.14 " Au moins loue-t-il Dabit de cette peinture lucide et réaliste ? Non : " je n'ai pu [...] m'empêcher de regretter l'impartialité de l'auteur. [...] Il constate et enregistre. [...] Son silence nous fait croire qu'il généralise et qu'il considère que l'espèce humaine tout entière est composée d'individus de cette sorte 15 ". Or c'est là que le bât blesse : si l'on veut qu'après la disparition de cette bourgeoisie " désespérante " puisse se construire l'homme nouveau, il faut que, même dans l'Occident bourgeois _ où la littérature ne peut avoir qu'une tâche critique _ soit préservée la possibilité de l'émergence d'un homme positif. Ce que peut-être Döblin et Dabit ne font pas _ ce que Céline fermera brutalement avec un texte comme Mea culpa où, plus qu'une critique de l'Union soviétique, c'est une critique radicale de la foi en l'homme, de la croyance que l'homme peut être (ou devenir) bon, qui est développée : " Étouffer la dure vérité : que ça ne colle pas les "hommes nouveaux" ! Qu'ils sont tous fumiers comme devant ! 16 "
On pourrait multiplier les exemples du même type. Mais à côté de ces recensions dont la conclusion à tout le moins est orthodoxe, on en trouve d'autres plus nuancées, plus souples, dont on peut se demander si les œuvres elles-mêmes n'appellent pas leur type de lecture : citons rapidement celle que Dabit consacre à Sanctuaire 17, à Tandis que j'agonise 18, l'analyse par Jean Cassou du roman de Matvéev, Les Traqués 19, ou les pages que Dabit consacre aux Cloches de Bâle, qu'il préfère largement aux Hommes de bonne volonté, ce qui ne l'empêche pas d'exprimer un petit regret _ que le lecteur d'aujourd'hui peut volontiers partager _ pour Le Paysan de Paris et Le Libertinage 20.
Enfin, paradoxe ou contre-emploi, la recension par Philippe Soupault de L'Afrique fantôme de Leiris : on s'attendrait, vu le lieu de parution, à ce que Soupault souligne les aspects de critique anti-colonialiste qui sont incontestablement présents dans le journal de voyage de Leiris. Mais, bizarrement, il choisit de ne voir dans l'Afrique qu'un " prétexte ", un " fantôme " : il analyse avec finesse les aspects du journal intime, " les errements de ce voyageur pour qui le plus grand mystère reste le sien ", " la terrible et merveilleuse décomposition qui corrode l'homme d'action ", mais conclut que " l'Afrique qu'il nous découvre est celle, plus vraie sans doute que les livres dits de voyage nous la présentait (sic), d'un homme qui se déplace dans son propre univers 21 ". Peu de mois après, E.-F. Léopold dans son compte-rendu de Negro donne un rare exemple d'une réflexion anti-impérialiste 22, alors que le numéro suivant, avec Chefs noirs, offre un extrait accablant de niaiserie paternaliste 23. C'est dire que la revue, ici, ne semble pas briller par sa cohérence.
Aussi peut-être faut-il se demander s'il n'y a pas contradiction entre les textes publiés et les critiques, d'une part, et d'autre part s'il y a unanimité au sein de la revue. On a noté qu'Europe a ouvert ses colonnes à Drieu la Rochelle, qui pourtant y défendait déjà des idées que ne pouvaient que rejeter les autres collaborateurs 24 ; ou à Henri de Man, l'initiateur du planisme, auquel la revue a fait une large place dans deux numéros 25 avant de l'attaquer quelques mois après 26.
Pour la première question, il faudrait procéder à un dépouillement systématique : nous nous contentons ici d'esquisser un début de réponse par un exemple de contradiction interne : dans un même numéro, on trouve des poèmes d'André Spire, un feuilleton de Philippe Soupault, et une critique par Guéhenno de De Baudelaire au surréalisme de Marcel Raymond, critique qui est une condamnation sans appel de l'aventure surréaliste : " La révolte n'est jamais qu'une fantaisie individuelle. La révolution, qui intéresse tous les hommes, seule importe. Et la révolution poétique, comme l'autre, ne se fera qu'à l'intérieur de la prison, là où sont tous les autres, tous ceux qui ne sont pas poètes.27 " Langue de bois, et qui peut s'appliquer à peu près à n'importe quoi. Ce qui est reproché aux surréalistes, c'est autant leur rejet de l'esthétique réaliste que leurs critiques vis-à-vis du communisme et de l'Union soviétique. Dabit, sévère aussi pour les surréalistes, sauve tout de même leurs précurseurs : " divagations auxquelles nous ont accoutumés les surréalistes, et jamais aucun de ces cris déchirants et nécessaires que poussèrent Lautréamont ou Rimbaud 28 ".
Quant au choix de textes, toujours marqué par des préoccupations sociales et historiques, il fait une large place aux littératures étrangères, et les extraits choisis, souvent intéressants, finalement tiennent le choc des années. La forte présence d'auteurs étrangers témoigne de la vocation internationaliste de la revue. Sont proposés au lecteur des extraits de Fontamara d'Ignazio Silone 29, des Somnambules d'Hermann Broch 30, des Irresponsables du même 31, de La Vie de Klim Samguine de Gorki 32, de Faulkner 33, etc. Côté français ou francophone, des textes de Romain Rolland, de Jean-Richard Bloch, de Jean Grenier, de Marcel Arland, d'Alain, de Giono, de Victor Serge... mais aussi des textes d'auteurs oubliés, parfois injustement, comme Louis Chauvet ou Jean Ceyzériat. Dans une présentation par Soupault de la littérature américaine, figurent les noms de Sherwood Anderson, Dos Passos, Hemingway, e.e. cummings, William Carlos Williams, Faulkner, Erskine Caldwell, Willa Cather, etc.34
Certains de ces textes comportent une information sociale, politique, historique. Mais pas forcément. Par exemple, le second texte d'Hermann Broch (la rencontre de Melitta et d'Andreas), très beau, très énigmatique (surtout privé de tout contexte), semble relever d'une esthétique intimiste _ impression qui ne résiste pas à l'analyse quand on connaît l'ensemble de l'œuvre, mais précisément le lecteur d'Europe n'y a pas accès, fût-ce par un résumé.
Autre exemple un peu dans le même sens : le Journal intime d'Eugène Dabit, du 20 juin 1936 au 12 août 1936 (on sait qu'il meurt neuf jours après) : du dédicataire de Retour de l'URSS, on attendrait quelques remarques bien senties sur ce qu'il a vu dans la patrie du socialisme, en bien ou en mal. Or ce journal, touchant certes, est surtout anecdotique, apolitique, et témoigne avant tout d'un désir de vivre qui allait être cruellement démenti par l'issue.35
Quant à la question de l'unanimité au sein de la revue, d'autres ici même apportent des réponses : Marie-Cécile Bouju a étudié la crise qui s'ouvre en 1936, et le moment où la revue passe des éditions Rieder (1923-1938) aux éditions Denoël, à l'initiative d'Aragon. Jean-Yves Guérin, dans " Les années Cassou ", étudie la période qui va du remplacement de Guéhenno par Cassou en 1936 à la reparution de la revue en 1946 et jusqu'en 1949 où Cassou reste rédacteur en chef. À ces analyses détaillées, j'ajouterai seulement quelques remarques centrées sur l'année 1936.36
Les numéros de mars et avril 1936 sont des numéros " de transition " : entre la démission de Guéhenno et la constitution d'une Association des Amis d'Europe, dont le conseil d'administration comprend Romain Rolland, Pierre Abraham, Jean-Richard Bloch, Jean Cassou, Aragon, André Chamson, Luc Durtain, Georges Friedmann, Camille Maublanc. Officiellement, la séparation se fait à l'amiable, et Guéhenno quitte Europe surtout pour se consacrer à Vendredi, fondé quatre mois auparavant. En fait son départ signe la montée en puissance des éléments pro-soviétiques au sein de la revue. Qui n'est pas pour autant entièrement homogène. Ainsi, la présence de Chamson au sein du comité de rédaction, par exemple, peut frapper par son incongruité, car Chamson n'est pas communiste, tant s'en faut. Certes, il a lui aussi voyagé en URSS, en 1936, et en a retiré une vive admiration qui se résume dans une anecdote : visitant un château aux environs de Moscou, il fut reçu par le Conservateur du château, un homme d'une grande distinction et érudition. Comme Chamson faisait l'éloge de sa documentation, le Conservateur lui répond : " Vous savez, je n'y ai pas grand mérite, mon grand-père était serf ici.37 " Gide lui lit son Retour de l'URSS, dont Chamson décide de publier l'avant-propos en première page de Vendredi, sachant qu'il va provoquer un scandale. Tollé des lecteurs communistes ou proches du PCF. Vendredi fait marche arrière et publie une critique violente par Nizan du livre de Gide. C'était perdre des lecteurs dans les deux camps. En 1937, Chamson et Guéhenno refusèrent de publier la réponse de Gide aux Izvestia concernant la liquidation par les staliniens des anarchistes espagnols 38. De telles hésitations marquent assez l'incertitude des " compagnons de route ", mais signalent aussi le caractère encore relativement " divers " du comité de rédaction.
Toutefois Cassou, devenu rédacteur en chef, va imprimer une direction précise à la revue. Dès le numéro suivant, s'adressant " Aux lecteurs d'Europe ", après avoir rendu un hommage discret à Guéhenno, il amorce le virage : si la critique de l'injustice a d'abord emprunté les allures de la fantaisie, de la juvénilité, de l'impertinence, le temps est maintenant venu de la maturité, cela en raison du fascisme qui a durci les conflits et contraint chacun à s'engager. D'où une prise de conscience du caractère révolutionnaire de la culture, du patrimoine culturel : il s'agit désormais de " reconstituer ce qui est ainsi nôtre et qu'on avait cherché à nous faire oublier, à cause de toutes les virtualités du changement.39 "
Pourquoi pas ? mais ce projet de reconstitution du patrimoine culturel signifie la liquidation du surréalisme, du formalisme (condamnation qui, en URSS, prenait des tours autres que symboliques), bref de toutes les recherches novatrices dans le domaine esthétique, donc un alignement, qui aura pour corollaire la " main tendue " à des écrivains conservateurs mais dont l'œuvre posséderait une charge critique, exemple Montherlant 40. C'est ainsi que le succès de La Guerre de Troie n'aura pas lieu réjouit J.-R.Bloch, qui se félicite curieusement de voir applaudir " des spectateurs que leurs propos et les journaux qu'ils tenaient ostensiblement en main ne classaient point parmi nos camarades.41 " Et le tournant se manifeste entre autres dans la rubrique consacrée aux Arts, où apparaît une double stratégie, revendication du patrimoine et ouverture du champ social, qui module à sa manière les mots d'ordre du Front populaire, dans leur force et leur fragilité.42
Parler d'alignement est sans doute trop abrupt. La revue reste toujours travaillée de contradictions, comme en témoignent certaines présences dans la rédaction, ou comme on le verra au moment de Munich. Le pacifisme fortement affirmé dans le numéro spécial de 1934, commémorant la guerre de 1914, avec l'intervention notamment de Giono 43, va se trouver contredit par la position du PCF vis-à-vis de Munich . Certes, on sort là de la critique littéraire. Mais celle-ci, avec des nuances, s'est toujours considérée comme " au service de la révolution ". Reste à se demander si, de 1936 à août 1939 où la revue se saborde, Europe a réussi véritablement à concilier modernité esthétique et progressisme.

Anne Roche

1. Jean-Richard Bloch, Discours au Congrès International des Écrivains pour la défense de la culture (21-25 juin 1935), Europe n° 151, 15 juillet 1935, p. 424-431.
2. Ibid. p. 430.
3. Jean Guéhenno, Notes de lecture. Journal, Europe n° 135, 15 mars 1934, p. 417.
4. Europe n° 133, 15 janvier 1934.
5. souligné par nous. Notons que Trotsky, dont Europe a publié des extraits d'Histoire de la révolution russe (n° 135, 15 mars 1934, et 136, 15 avril 1934), est à cette date en exil : à Alma-Ata depuis 1927, puis expulsé d'Union soviétique en 1928. Mais il faut se garder de voir dans cette publication un signe de " trotskysme " ou de communisme oppositionnel de la part de la revue : à l'époque, cet ouvrage de Trotsky était encore considéré comme un texte quasi-officiel.
6. H. Baymford-Parkes, " Les limites du marxisme " (traduit de l'anglais), Europe n° 146, 15 février 1935, p. 195-213.
7. Eugène Dabit, " Des ouvriers écrivent ", Europe n° 133, 15 mars 1934.
8. Pour une analyse plus détaillée de l'article de Gérôme, et en général des positions d'Europe en 1934-1936, cf. notre chapitre " Sympathies critiques. Europe ", in G. Leroy et A. Roche, Les écrivains et le front populaire, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1986, p.129-142.
9. Marcel Aymé, Travelingue (1941), Folio 1973, p. 228.
10. Jean Pérus, " Alfred Döblin, Berlin Alexanderplatz ", Europe n° 133, 15 janvier 1934, p. 150-151.
11. Ibid., p. 151.
12. Georges Bataille, " Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit ", la Critique sociale, n° 7, janvier 1933, p. 47.
13. Eugène Dabit, " Pierre Neyrac, L'indifférence perdue ", Europe n° 133, 15 janvier 1934, p. 146-7.
14. Philippe Soupault, " Eugène Dabit, Un mort tout neuf ", Europe n° 135, 15 mars 1934, p. 448.
15. Ibid., p. 448.
16. L.-F.Céline, Mea Culpa, Denoël 1937, réédition Edizione del Sole Nero, sans nom de lieu, imprimé à Amsterdam, 1981, p. 40.
17. Eugène Dabit, " William Faulkner, Sanctuaire ", Europe n° 136, 15 avril 1934, p. 599-600.
18. Eugène Dabit, " William Faulkner, Tandis que j'agonise ", Europe n° 142, 15 octobre 1934, p. 294-296 (recension plus longue qu'il n'est habituel).
19. Jean Cassou, " Michel Matvéev, Les Traqués ", Europe n° 136, 15 avril 1934, p. 600-601.
20. Eugène Dabit, " Aragon, Les Cloches de Bâle ", Europe n° 146, 15 février 1935, p. 297-299.
21. Philippe Soupault, " Michel Leiris, L'Afrique fantôme ", Europe, 15 octobre 1934, p. 299-301.
22. E.-F. Léopold, " Negro, an anthology made by Nancy Cunard ", Europe n° 146, 15 février 1935, p. 301-4.
23. Robert Delavignette, Chefs noirs, Europe n° 147, 15 mars 1935, p. 364-373.
24. Il se déclarait notamment " pas effrayé du tout par la tendance pangermaniste ", favorable à l'Anschluß " et, au besoin, [à] la suppression de la Belgique et de la Suisse ", ainsi qu'à un " vernis fasciste " pour les " vieilles démocraties ". (Drieu la Rochelle, " Unité française et unité allemande ", Europe n° 133, 15 janvier 1934.)
25. En septembre et octobre 1934.
26. Pierre Gérôme, " Henri de Man, L'idée socialiste " , Europe, 15 juillet 1935.
27. Jean Guéhenno, " Marcel Raymond, De Baudelaire au surréalisme ", Europe n° 133, 15 janvier 1934.
28. Eugène Dabit, " Pierre Neyrac, L'indifférence perdue ", art. cit., p. 146.
29. Europe n° 136, 15 avril 1934, p. 526-552.
30. Un court extrait, intitulé " Une évasion ", du roman Huguenau, ainsi qu'une brève présentation de la trilogie Les somnambules dont il forme le troisième volet : Europe n° 142, 15 octobre 1934, p. 175-181.
31. Contrairement à l'extrait cité précédemment, ce texte, intitulé " Une déception passagère ", est un extrait du roman Les Irresponsables (c'est la rencontre de Melitta et d'Andreas), mais rien ne l'annonce comme tel. Europe n° 144, 15 décembre 1934.
32. Europe n° 144, 15 décembre 1934, p. 546-581 et 145, 15 janvier 1935, p. 63-97.
33. William Faulkner, " Soleil couchant " (extrait de Le Bruit et la fureur), Europe n° 145, 15 janvier 1935, p. 37-60.
34. Philippe Soupault, " La nouvelle littérature américaine ", Europe n° 142, 15 octobre 1934.
35. Eugène Dabit, " Journal intime ", Europe n° 171, 15 mars 1937.
36. Cf. également G. Leroy et A. Roche, op. cit.
37. André Chamson, Il faut vivre vieux, Grasset 1984, p. 96. Cf. Micheline Gelly-Cellier, André Chamson et le cycle des camisards, thèse de doctorat, Montpellier III, mars 1998.
38. Jeanyves Guérin rappelle dans sa communication que la liquidation du POUM est passée sous silence dans Europe.
39. Jean Cassou, " Aux lecteurs d'Europe ", Europe n° 161, 15 mai 1936, p. 97-100.
40. Dès octobre 1934, toutefois, la revue avait consacré une recension sympathique aux Célibataires : Jean Blanzat, " Henry de Montherlant, Les Célibataires ", Europe n° 142, 15 octobre 1934, p. 293-294. Blanzat critique le choix des héros et certains procédés d'écriture, mais rend hommage à l'" angoisse complète d'homme " de Montherlant et à son " sentiment de la grandeur ".
41. Jean-Richard Bloch, " Après une première victoire : conséquences et responsabilités ", Europe n° 162, 15 juin 1936, p. 220.
42. Cf. Anne Roche, " Les comptes rendus d'expositions de peinture dans Europe dans la période 1934-1936 ", in Nottingham French Studies, vol. 31, n° 2, automne 1992, p. 16-24.
43. Intervention qu'il remaniera entre 1934 et 1937 (Refus d'obéissance) dans un sens de prise de distance vis-à-vis du communisme : pour une analyse de cette réécriture, cf. G. Leroy et A. Roche, op.cit. p. 174-175.

 

 

 

 

 

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